Les films de Chantal Akerman font leur apparition en ligne

Chantal Akerman
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Chantal Akerman - © 1976 Babette Mangolte - Collection CINEMATEK -Chantal Akerman Foundation.

Longtemps inaccessible en ligne, l'œuvre de la cinéaste belge Chantal Akerman commence à se dévoiler sur plusieurs plateformes.

Mais où sont les films de Chantal Akerman ? C'est la question que se posait il y a quelques semaines l'actrice Noémie Merlant ("Portrait de la jeune fille en feu"), déplorant sur Twitter le manque d'accès aux films de la réalisatrice belge.

Une telle absence est en effet assez regrettable, d'autant plus lorsqu’on prend en considération la place importante qu'occupe la réalisatrice dans le panthéon du septième art. Il est donc tout à fait légitime de se demander pourquoi elle n'est pas mieux représentée sur les plateformes SVOD, VOD, ou même en vidéo.

Fort heureusement, la situation est en train de changer. Depuis avril 2020, on peut regarder le plus célèbre film de Chantal Akerman, “Jeanne Dielman, 23 quai du commerce, 1080 Bruxelles” sur plusieurs plateformes VOD comme Avila Film, Cinema chez vous  ou Sooner. Le long-métrage y est présenté dans une version restaurée par la Cinematek qui rend justice à l'exigeant travail cinématographique d'Akerman et de son équipe.

Par sa durée et par son sujet, "Jeanne Dielman" peut effrayer de nombreux cinéphiles. Pendant 3h20, la cinéaste filme avec rigueur le morne quotidien de sa protagoniste (Delphine Seyrig), une mère au foyer qui se prostitue. Lent et méticuleux, le film est cadenassé par la vie de cette femme dont les journées sont réglées par des tâches domestiques répétitives. Le résultat pourrait être d'un ennui profond, mais il est captivant : en s'attardant sur le moindre détail (des pommes de terre trop cuites, une lumière qui s'éteint, un regard qui défaille), Akerman fait de l'aliénant quotidien de sa protagoniste un spectacle hypnotisant, et terrifiant.

Une filmographie éclectique

À cette œuvre-clé, désormais assez accessible en ligne (au même titre que "La folie Almayer"), se sont ajoutées il y a peu les documentaires "Sud” et “De l'autre côté”, tous les deux disponibles gratuitement sur Arte. Le premier prend place dans une petite ville du Texas, où un homme noir a été lynché par 3 jeunes Blancs. Rugueux et contemplatif, le film nous plonge dans le sud de l'Amérique pour mieux en révéler les vices. C'est également le cas de "De l'autre côté", qui accompagne plusieurs Mexicains qui tentent de travers la frontière des États-Unis en quête d'une vie meilleure.

À cela vient de s'ajouter une rétrospective proposée par la plateforme Cinetek, dans le cadre dans le cadre de l’hommage rendu à Chantal Akerman par le Festival Premiers Plans d’Angers au Forum des images. Du 25 janvier jusqu'au 15 mars, dix films de la cinéaste sont présentés dans des versions restaurées.

La sélection témoigne de l'éclectisme de cette cinéaste radicale. On y retrouve de nouveau "Jeanne Dielman", mais aussi d'autres portraits de femmes très contemplatifs, comme "Je, tu, il, elle" et "Les rendez-vous d'Anna". Quelques documentaires comptent évidemment au programme  : ce sont les carnets de voyage "News from Home" et "D'est" qui sont mis à l'honneur. Le mélodrame proustien "La Captive  " et la comédie musicale "Golden Eighties" font partie de la sélection, ainsi que le tout premier film d'Akerman, un court-métrage sous influence godardienne intitulé "Saute ma ville". Deux œuvres pour la télévision complètent enfin le programme : le téléfilm "L’Homme à la valise" et le court-métrage de 1985 réalisé pour l’émission Cinéma Cinémas "Lettre d’une cinéaste".

Bien d'autres œuvres manquent encore à l'appel bien sûr, comme son ultime film, le documentaire très personnel "No home movie", ou l'excellent film à sketches "Histoires d'Amérique". Croisons les doigts pour qu'eux aussi aient bientôt la possibilité de trouver leur public.