Le cinéma de Brian De Palma en 5 grands films

Le cinéma de Brian De Palma en 5 grands films
Le cinéma de Brian De Palma en 5 grands films - © John Lamparski - AFP

Pulsions meurtrières, voyeurisme à tous les étages, suspense à l’ampleur baroque, split-screens et jeux sur le point de vue. En plus de quarante années de carrière, Brian De Palma a développé un style cinématographique qui lui est propre, dont les tics (cadrages en biais, contre-plongées, etc.) sont devenus aisément reconnaissables.

Parmi ceux-ci, son goût pour la citation est peut-être le plus connu. On pensera bien sûr à Alfred Hitchcock, dont l’ombre plane sur la grande majorité de ses films (“Obsession” et “Body Double” ont une large dette envers “Sueurs Froides” et “Fenêtre sur Cour”), mais la filmographie de De Palma est remplie de remakes, d’adaptations, de pastiches et de réinterprétations d’autres œuvres. Des débuts de sa carrière à son dernier film en date, “Passion”, Brian De Palma s’est imposé comme cinéaste de l’intertextualité, destiné à se réapproprier le panthéon du septième art pour mieux y exprimer ses propres obsessions cinématographiques.

Si ces deux dernières décennies ont été plutôt avares en excellentes productions
de palmienne (quoique certains fans affirment le contraire), la tendance pourrait changer puisque le cinéaste américain est de retour dans l’actualité : un film en post-production, deux autres en préparation (dont un sur Harvey Weinstein), mais aussi un premier roman (co-écrit avec son épouse la journaliste Susan Lehman), et une rétrospective à la cinémathèque française. Bref, un programme chargé, et l’occasion parfaite pour revenir sur la filmographie foisonnante de ce réalisateur remarquable, avec une sélection de cinq de ses meilleurs films.

Phantom of the Paradise

Après une série de pamphlets (plutôt potaches) très influencés par la Nouvelle Vague ("Greetings", "Hi, Mom !"), et un thriller aux accents hitchcockiens ("Sœurs de sang"), Brian de Palma réalise en 1974 sa première œuvre culte : "Phantom of the Paradise". S’inspirant du "Fantôme de l’opéra", du “Portrait de Dorian Gray” et de "Faust", il livre une satire mordante de l’industrie musicale aussi baroque que dantesque, porté par les chansons inoubliables de Paul Williams. Film grandiloquent, “Phantom of the Paradise” tient en lui nombre des excès qui font qu’on aime ou qu’on déteste le cinéaste.

Blow Out

Mais peut-être aucun film n’incarne-t-il mieux le cinéma de De Palma que “Blow Out”. Remake de "Conversation secrète" de Francis Ford Coppola (lui-même très inspiré du "Blow-up" d’Antonioni), ce film ne reprend son intrigue que dans ses grandes lignes : une tentative meurtre enregistrée par inadvertance par un ingénieur de son (John Travolta). De là, De Palma réalise un long-métrage sordide et palpitant qui porte en lui toutes les éléments majeurs de son œuvre : film dans le film, obsession morbide, images ralenties, voyeurisme, etc. Grand thriller désabusé sur une Amérique corrompue, "Blow Out" marque aussi un des derniers souffles du Nouvel Hollywood.

Scarface

Remake du film d’Howard Hawks de 1932, le “Scarface” de Brian De Palma a fini, les années faisant, par éclipser son prédécesseur dans la pop-culture. Ironie du sort, sa place dans l’inconscient collectif est pour le moins curieuse : si l’intention du film est d’éviscérer le mythe du gangster invincible (du cynique "The World is Yours" à la représentation d’une masculinité absolument toxique), le message ne semble pas avoir convaincu tous les spectateurs, puisqu’un grand nombre d’entre eux vouent un culte à son antihéros, Tony Montana.

Les Incorruptibles

Les protagonistes des films de De Palma sont rarement de braves gens — ceux qui ne sont pas de dangereux gangsters ou de tueurs à gages sont souvent à la merci de leur libido —, mais les héros des “Incorruptibles” constitue peut-être l’exception. Adaptation de la série du même nom, le film oppose Eliot Ness (Kevin Costner), policier idéaliste et homme de famille respectable, et ses incorruptibles (Sean Connery, Andy Garcia et Charles Martin Smith), face à un Al Capone particulièrement diabolique (Robert de Niro). De Palma ne résiste cependant pas à introduire quelques zones d’ombre dans la personnalité de son personnage principal, et à truffer son film de références, comme dans cette séquence d’anthologie dans les escaliers de Grand Central Station qui évoque “Le Cuirassé Potemkine”.

L'Impasse

Marquant les retrouvailles de De Palma et Al Pacino, “L’Impasse” (adapté du livre “After Hours” d’Edwin Torres) suit les pas de Carlito Brigante, un repris de justice qui tente de retrouver le droit chemin, et de s’échapper de l’univers criminel dans lequel il a toujours vécu. Accueilli tièdement à sa sortie, le film est devenu une des fictions les plus admirés du réalisateur, tant pour ses ébouriffantes scènes d’actions filmées en plan-séquence, que pour son inattendue (mais bienvenue) tendresse.