L'interview de Roger Michell, le réalisateur de "My cousin Rachel"

Vous dirigez ce film, mais vous avez aussi écrit le scénario et vous le coproduisez, est-ce que ça veut dire que ce projet personnel est un vieux rêve ?

Roger Michell : c’était un projet très personnel, ça m’a surpris parce que je ne connaissais pas le livre. J’avais entendu parler de Daphné du Maurier qui, vous le savez, a écrit les romans à la base des films comme " Les Oiseaux ", " L’auberge de la Jamaïque ", et " Rebecca ". Et j’ai un exemplaire de ce bouquin, tout au-dessus de ma bibliothèque à la maison, un vieux livre de poche qui devait appartenir à ma mère. Et je me suis dit, je vais lire ce bouquin, ça va me changer les idées, et je n’en ferai sûrement jamais un film.. Et au bout de quelques pages, ce que je pensais être un roman à l’eau de rose des années cinquante, s’est avéré un extraordinaire roman, excitant, complexe, sombre, et plein de rebondissements, et j’ai décidé d’en faire un film.

Dans le livre, il y a un narrateur, Philip, et vous auriez pu choisir de le faire intervenir en voix off  - ce qui n’est jamais la meilleure solution – vous avez évité cela, mais est-ce que ça a été difficile de faire ce film, avec le regard de Philip ?

Oui, Philip est un narrateur intéressant dans le livre, parce qu’il n’est pas fiable comme narrateur. Vous commencez à ne plus lui faire confiance, à ne plus croire qu’il va vous dire toute la vérité dans le livre. Et je voulais trouver une manière équivalente de rendre cette sensation dans le film. Il y a un peu de voix off, au tout début du film, et tout à la fin. Mais je trouve que vous avez raison, la voix off est le plus dernier des trucages. C’est ce qu’on fait quand on n’a plus aucune autre possibilité. Mais je devais compresser un maximum d’informations dans les premières minutes du film, pour que tout le monde connaisse le contexte, et puisse ensuite apprécier l’histoire. Dans le livre, comme vous savez, Rachel n’apparaît pas avant 60 ou 70 pages.. j’ai resserré tout ça dans le film, mais il y a un incroyable sentiment d’anticipation, comme un roulement de tambour, si vous voulez, jusqu’à sa première apparition, qui est excitant.

Le personnage de Rachel est ambigu, plein de mystères, était-il évident que c’était un rôle pour Rachel Weisz ?

Oui, j’ai pensé qu’elle serait parfaite pour le rôle. Elle possède cette qualité, comme Mona Lisa, d’être énigmatique, et en même temps, comme interprète, pleine de vie, pleine de spontanéité, et de talents. Elle a aussi la possibilité, non pas de dissimuler, mais d’être pleine de mystère comme la Mona Lisa : si vous cachez de la main, la moitié du visage de la Mona Lisa, elle semble exprimer un certain sentiment, mais si vous cachez l’autre partie, un autre sentiment apparaît, et c’est une qualité que possède Rachel.

Dernière chose, ce que j’apprécie dans le cinéma et le divertissement britanniques, c’est qu’ils aiment revenir aux classiques. Jane Eyre, Thomas Hardy, et ce livre-ci.. Comment peut-on filmer un film d’époque de nos jours, comment trouver un style pour ce genre de films ?

Je pense que n’importe quel film d’époque reflétera, qu’on le veuille ou non, l’époque où on fera le film. Donc, dans 20 ans, les gens diront c’est un film d’époque, mais c’est un film qui parle de 2017.