L'interview de Richard Loncraine pour "Finding your feet"

Richard Loncraine
Richard Loncraine - © Cindy Ord - AFP

Peut-on changer de vie à soixante ans ? C’est le thème central de "Finding your feet", délicieuse comédie aigre-douce. On y danse, on y chante, mais on aborde aussi des thèmes plus graves : la vieillesse, la maladie, la mort. Devant la caméra malicieuse de Richard Loncraine, un casting de haut vol : Imelda Staunton ("Vera Drake", "Harry Potter", "Pride"), Celia Imrie ("Indian Palace") mais aussi Joanna Lumley ("Absolutely Fabulous") et Timothy Spall ("Turner", "Secret and Lies"). Tous ces fabuleux acteurs de composition s’amusent, et leur plaisir est terriblement communicatif.

L'interview de Richard Loncraine

Je vois cette histoire telle une comédie douce-amère qui traite, bien entendu, d’amour et de romance, mais aussi de mort et de la maladie d’Alzheimer. Etiez-vous attiré par ce mélange ?

Richard  Loncraine : Oui, tout à fait. Je pense que quand les gens vont au cinéma, ils veulent assister à une montagne russe, ils veulent ressentir des émotions dans tous les sens. Il faut un contrepoint : si vous faites un film d’horreur, il faut de la comédie ; pour une comédie, il faut de la tragédie. C’est ce que nous a appris Shakespeare. Donc, ça c’était important. C’était aussi important de traiter cette histoire de manière adulte. Quand on atteint mon âge ou l’âge des personnages du film qui sont plus jeunes que moi, j’ai 71 ans et eux sont en fin de cinquantaine, début de la soixantaine… La dernière période de votre vie peut se vivre de deux manières : vous pouvez prendre votre retraite, vous laisser aller jusqu’à la mort ou la maladie, ou alors, vous pouvez prendre les rênes, et avoir à votre manière, la même énergie dans vos dernières années, que celle que vous aviez étant adolescent. Donc pour moi, c’est un film sur passage à l’âge adulte mais pas sous sa forme traditionnelle au moment de l'adolescence. J’espère que ce film montrera aux gens qu’être vieux peut être amusant et qu’il n’y a pas d’âge pour profiter de la vie, il faut juste continuer.

D’un point de vue de la production, pensez-vous que l'énorme succès des films comme les 2 Best Exotic Marigold Hotel facilite la production de comédies avec des personnes âgées maintenant ?

Ces films, surtout le premier, ont clairement ouvert le marché, le marché "gris", pour les acteurs plus âgés à partir de 40-50 ans et plus. Et l’espoir pour ce film était de toucher le même public que celui de ces films-là. Et vous savez, avec les avancées en matière de soins de santé et des conditions de vie certainement en Occident, les gens vivent plus longtemps. Je suis né en 1946, je suis un enfant de l'après-guerre. Donc, ce marché européen s’est élargi. Et à un certain âge, homme ou femme, je pense que les gens en ont marre de voir des gens se tirer dessus et je pense qu’il existe un vrai marché pour les films traitant d’espoir et d’optimisme. Et je pense que les Européens en font plus que nous en Angleterre, car notre public cible à nous est principalement américain. Et les Etats-Unis ont un certain goût pour un cinéma plus impressionnant. Je pense qu’aujourd’hui, la France réussit mieux l’exercice de faire des films pour ses seniors que notre pays.  

Un autre aspect qui m’a beaucoup plu, c’est toutes les scènes dans le cours de danse. Je suis toujours impressionné par la comédie musicale qui fait partie de la culture et du patrimoine britannique, beaucoup plus qu’en France ou en Belgique. Comment expliquez-vous que vos acteurs aiment tous danser, chanter, que ça fasse partie d’eux ?

Je viens d’une famille du théâtre, mon père était acteur dans des comédies musicales. Je pense qu’ici, les acteurs se forment aux différentes compétences. Je ne m’y connais pas assez dans les écoles de théâtres européennes, je ne sais pas si la formation est fort diversifiée. Dans les écoles de théâtre anglaises, on apprend le combat d’épées, la danse, le chant, tout. Avez-vous du théâtre de répertoire en Europe ? Disons que dans une petite ville rurale , à Lyon par exemple, il y aurait un théâtre de répertoire qui présenterait une pièce différente chaque semaine pendant 3 semaines, il y aurait un changement continu. Donc, les jeunes acteurs formés en théâtre de répertoire en Angleterre, doivent savoir tout faire, sans quoi ils ne trouveraient pas de travail. Je ne sais pas si c’est toujours d’actualité ici, la tradition évolue peut-être, mais dans le cas de mes acteurs, ils ont tous eu cette formation.

Le casting est fabuleux. Avez-vous tenté diverses combinaisons ou bien était-ce clair depuis le début qu’Imelda jouerait Sarah ou pas ?

Bonne question. Alors, Celia fut la première choisie, je ne sais plus pourquoi, mais je ne savais pas tout de suite pour quel rôle et quand finalement, je me suis dit qu’elle incarnerait bien Biff, alors j’ai demandé à Imelda de venir lui donner la réplique (pour le rôle de Sarah). Une fois qu’Imelda a intégré le projet, il était évident qu’elle jouerait Sarah et je ne pourrais pas imaginer une autre actrice maintenant qu’elle est là. Mais au début, il faut essayer de rester ouvert d’esprit.