L'interview de Martin McDonagh pour "Three Billboards outside Ebbing Missouri"

Martin McDonagh récompensé par le prix du Meilleur film et le prix du Meilleur scénario aux Golden Globes
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Martin McDonagh récompensé par le prix du Meilleur film et le prix du Meilleur scénario aux Golden Globes - © Greg Doherty - AFP

Quatre Golden Globes, et non des moindres, ont couronné "Three billboards" ce dimanche à Hollywood : meilleur film dans la catégorie dramatique, meilleur scénario, meilleur second rôle masculin (Sam Rockwell), meilleure actrice (Frances McDormand)… 

A travers ce faux polar, le scénariste et réalisateur anglais Martin McDonagh ("In Bruges") dresse le portrait d’un patelin de l’Amérique profonde dans toutes ses facettes, en ce compris les moins reluisantes. Son écriture, qui évite tout manichéisme, est brillante: tous les personnages, même les plus secondaires, sont passionnants, et les dialogues sont empreints d’un humour noir d’une férocité réjouissante. 

L'interview intégrale

Hugues Dayez : Puisque vous êtes le scénariste du film, une question très simple pour commencer, quel était le point de départ de l'écriture, une image, un personnage, une idée ?

Martin McDonagh : Deux choses, c'était l'idée de créer un personnage principal féminin très fort parce que dans les deux premiers films que j'ai fait, c'était des personnages principaux masculins, et je voulais explorer une histoire où une femme forte, et pluridimensionnelle avait le rôle principal dans l'histoire. Et aussi, il y a 20 ans, j'ai vu des panneaux alors que je faisais un tour des Etats-Unis en bus, panneaux pas tellement différents : il y avait eu un crime, et la personne qui les avait payés interpellait la police en leur demandant pourquoi ils n'en avaient pas fait assez. Donc, j'ai mis les deux idées ensemble, et une fois que j'ai décidé que quelque chose de ce genre avait été fait par une femme, une mère, cela m'a permis de sauter dans l'histoire, de la suivre, et de suivre sa rage.

Au début, cela ressemble à un film de genre, un film de détective, mais très insidieusement, cela se transforme en un autre film… est-ce que vous aimez pervertir, divertir les genres ?

C'est subversif plutôt que pervers... j'aime bien pervertir, mais c'est un autre sujet ! oui, j'aime toujours bien l'idée d'établir une intrigue ou une idée, et en faire quelque chose qui n'est pas la vérité. Dans "In Bruges", ça a l'air d'être une comédie, avec deux types, dont un aime la ville, et l'autre pas, mais quand vous faites arriver le garçon mort, ça devient une histoire beaucoup plus grave. C'était une décision inconsciente à ce moment-là, je pense. Mais si vous commencez sur la route, il y a eu un crime, et il n'a pas été résolu, le public va penser : c'est une histoire criminelle, un mystère... mais c'est en fait exactement le contraire. C'est l'histoire de la souffrance de quelqu'un qui a subi une perte... Ses efforts pour trouver une réponse, là où il est possible qu'il n'y en ait pas. Des thèmes qui sont plus universels ou durables qu'une intrigue dans un film policier. C'est ce que j'aime bien, et j'espère que vous pouvez le regarder plus d'une fois et c'est plus émouvant. Car une fois que vous avez vu un film policier, et que l'intrigue est résolue, qui s'en soucie à la fin ? ce n'est pas du tout le sujet, c'est plus un film autour de sa douleur et ses efforts pour s'en sortir, ce qui rend l'histoire plus universelle et plus humaine que l'histoire d'un crime.

En tant que scénariste anglais, comment réussissez-vous à écrire des dialogues drôles et intelligents en américain ? parce que ce n'est pas la même chose…

Je pense que c'est la même chose, ce serait injuste de juger les américains de cette manière. J'ai des origines ouvrières, londoniennes, irlandaises... il est évident qu'on dit qu'il y a une poésie dans la langue irlandaise mais je la retrouve aussi dans la langue américaine, une de mes auteurs préférées Flannery O'Connor l'a trouvée, elle est peut-être difficile à trouver mais elle y est. Et c'est aussi une histoire de la classe ouvrière en Amérique.. et n ne voulait surtout pas avoir un discours paternaliste, ou les regarder de haut ou les juger…

Le sens de ma question concernait plutôt le langage. Comment arrivez-vous à écrire…

Oh, désolé, je ne sais pas, j'ai toujours eu une bonne oreille, et j'ai passé beaucoup de temps en Amérique. J'aime beaucoup de films américains des années 70's, donc probablement c'est la raison... j'ai dû piquer des choses dans les films de Scorsese ! mais j'aime bien être là, j'aime bien la langue américaine, ça doit être ça.

Finalement, dans cette histoire, il n'y a ni bon, ni méchant, c'est intéressant aussi, n'est-ce pas ?

Oui, oui, même Mildred a également des problèmes et le pire des personnages – enfin celui qu'on pourrait considérer comme le pire, subit un grand changement dans l'histoire, avec le plus grand espoir. Tout ça parle de l'humanité, et du fait qu'on peut trouver de l'espoir en chacun de nous.