L'interview de Julie Bertuccelli pour "Dernières nouvelles du cosmos"

Julie Bertuccelli
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Julie Bertuccelli - © GUILLAUME HORCAJUELO - BELGAIMAGE

La force de notre mental et les méandres de l’esprit sont au cœur d’un documentaire passionnant : "Dernières nouvelles du cosmos", le portrait d’une jeune poétesse française. Elle s’appelle Hélène Nicolas, "Babouillec Sans Parole" de son nom de plume. Elle a trente ans et a déjà publié plusieurs recueils de poésie transposés au théâtre. Petit signe particulier : Hélène est autiste et n’a jamais parlé. Elle s’exprime en disposant des lettres une à une sur une feuille de papier.

Rencontre avec la réalisatrice Julie Bertuccelli qui se penche sur cet incroyable récit.

Julie, je viens de découvrir votre dernier documentaire, "Dernières nouvelles du cosmos" qui est l’histoire d’une femme totalement incroyable. Comment est-ce que vous l’avez rencontrée et pouvez-vous nous la décrire ?

Julie Bertuccelli : J’ai eu beaucoup de chance de rencontrer Hélène dont le nom d’artiste est Babouillec SP, SP pour "sans parole". Il se trouve que c’est une jeune artiste, poète, un écrivain, qui est autiste mais bon ce n’est pas comme ça qu’il faut la définir, c’est surtout une grande poète mais il se trouve qu’elle ne parle pas, d’où le "sans parole". Après 20 ans de silence où elle était vraiment un peu enfermée dans son corps, où elle n’était pas encore en contact avec nous, elle a réussi, grâce à une mère qui a fait un travail exceptionnel, de patience et d’intelligence, à trouver un contact. C’est vrai qu’on ne pouvait pas la toucher, elle ne touchait rien elle-même, elle était vraiment dans sa bulle et sa mère a découvert par hasard un jour qu’en fait elle savait lire et écrire, qu’elle avait appris toute seule. Elle ne lit pas de livres mais elle sait lire et elle a un monde intérieur d’une profondeur, d’une intelligence et d’un humour éblouissant.  Et donc, maintenant elle écrit des livres qui sont édités et j’ai eu la chance de la rencontrer grâce à un metteur en scène de théâtre qui s’appelle Pierre Meunier que je connais bien. Il a été ébloui par ses textes et par sa rencontre avec elle et ils ont décidé de faire un spectacle ensemble. Pierre a décidé de s’inspirer d’un de ses livres pour faire un nouveau spectacle, et là, je me suis dit que ça serait l’occasion inespérée, une vraie histoire à raconter pour faire son portrait. J’ai été bouleversée par cette rencontre et j’ai passé deux années à la suivre comme ça, autour de ce spectacle, mais aussi un peu dans sa vie avec sa mère, dans tout ce qu’ouvrait aussi son écriture comme rencontres.

C’est une personne incroyable, d’une intelligence ultime, je voulais savoir ce que vous aviez eu envie de provoquer sur la question du handicap chez le spectateur ? 

Je n’ai pas voulu faire un film sur l’autisme, mais je voulais quand même confronter un peu les spectateurs, comme moi-même, à nos a priori, à notre première impression sur le corps de l’autre, sur l’enveloppe, sur un corps maladroit, sur quelque chose qui ne rentre pas dans nos cadres, dans nos normes, et elle, elle bouleverse tout ça parce qu’évidemment elle est d’une grande liberté, elle assume totalement que justement, elle va plus loin que nous. Elle a mis beaucoup de temps à rentrer, à accepter d’être en communication avec nous parce qu’elle avait très peur que cette liberté qu’elle a et cette liberté de penser, on essaie de les faire rentrer dans nos limites. Le film, au début en tout cas, nous pousse un peu à la regarder, on est confrontés à nos a priori. Au début, on n’y croit pas, on se dit qu’il y a un truc, qu’il y a une triche derrière et puis, finalement, on se rend compte qu’en fait, elle a une intelligence dingue alors qu’effectivement elle a été regardée pendant des années comme l’idiote du village. Elle le dit elle-même, je ne me permettrais pas.  Elle va complètement au-delà de toutes nos habitudes, nos idées, nos formes de penser parce qu’elle a vraiment une autre manière de penser le monde aussi.  On dit que l’autisme est un handicap ; pour moi, c’est juste une différence, une autre manière d’être au monde, une autre manière de concevoir le monde parce que le handicap physique, une maîtrise pas totale de tous ses gestes fait qu’elle a été et elle est toujours en train de bouillonner, de penser, de percevoir… elle a un sens très différent de nous pour avoir les informations, pour sentir le monde donc, elle est tout le temps en train de penser et elle écrit des poèmes extraordinaires, des textes, des errements et des pièces de théâtre.  Là, elle est en train d’écrire un livre d’opéra, elle fait des milliards de choses avec un style très à elle, avec un amour des mots éblouissant et elle a vraiment un vocabulaire génial, elle ne fait pas une faute d’orthographe, tout ça sans être allée à l’école.  Elle a capté, elle a appris toute seule, elle a entendu la radio et la télé mais avec une mémoire dingue.  C’est vrai qu’on peut dire que c’est un cas exceptionnel et en même temps je ne crois pas que ce soit un cas, je suis sûre qu’il y a plein d’autres personnes comme ça qui sont juste enfermées dans leur corps et on en a pas idée. On devrait être beaucoup plus respectueux et beaucoup plus ouverts à l’autre parce qu’on ne sait pas qui se cache derrière l’autre. 

Elle est totalement connectée au cosmos.  Ça peut paraître totalement new age …

Elle a vraiment cette sorte d’animisme, comment on est tous reliés.  Elle dit qu’elle cherche les étoiles qui brillent dans sa tête et qu’en même temps, elle a un va-et-vient incroyable de voyage avec le cosmos, comme on devrait tous l’avoir, comme d’ailleurs des sociétés, des traditions, des cultures l’ont.  Mais elle se laisse cette liberté. La nature est un tout et elle voyage dedans avec une grande poésie, une grande liberté.  Donc, elle nous ouvre des portes et elle donne beaucoup de leçons qui m’ont chamboulée.  Puis, je vois que les spectateurs le sont aussi.  C’est un voyage incroyable de la rencontrer. 

Alors quand on a une héroïne telle que celle-là, comment rester pudique et ne pas tomber dans le voyeurisme ? 

C’est vrai que je ne pense pas que ce soit du tout un film voyeuriste parce que c’est aussi ma rencontre avec elle que je filme.  D’ailleurs, elle me regarde autant que je la regarde.  Je lui pose des questions aussi sur la caméra, le fait d’être filmée et elle répond avec une telle intelligence et un tel humour que chaque fois on est totalement retournés ; enfin moi, elle me retourne le cœur complètement. Alors c’est vrai que quand on lui parle, parfois elle ne regarde pas mais en fait, elle est totalement là, son esprit est là complètement mais il faut le temps de s’approcher d’elle et de, même si on ne sait pas exactement comment ça se passe à l’intérieur ou ce qu’elle est en train de penser, savoir qu’elle pense tout le temps et qu’elle est en connexion tout le temps.  Il faut s’approcher d’elle et si c’est fait avec passion, amour, tendresse et respect, il n’y a pas de voyeurisme.  Elle a tout à fait accepté, elle est tout à fait heureuse d’ailleurs de ce regard posé sur elle, de cette caméra posée sur elle, elle en parle beaucoup pendant le film, parce que c’est enfin un moment d’échange et de reconnaissance alors qu’elle a été si longtemps mise de côté. 

Ça a été comme une délivrance pour elle d’arriver à ce système de communication ?

Je ne sais pas si c’est une délivrance parce qu’elle n’était pas non plus dans une douleur inouïe.  Elle était très riche, son être intérieur était très riche, il lui suffisait.  Simplement c’est vrai que c’est violent quand on est dans un monde qui veut vous faire rentrer dans des cases, dans un rythme, dans un son, dans des lieux, dans des activités qui ne vous correspondent pas, donc il y a beaucoup de souffrance chez beaucoup d’autistes et c’est pour ça qu’il y a souvent des crises, ils se font mal, ils peuvent taper les autres aussi parce que tout d’un coup en fait, on ne les comprend pas, on leur impose des choses qui ne leur correspondent pas.  Et vu que Véronique, sa mère, a fait tout un travail un peu à l’envers, d’essayer de s’approcher d’elle, d’aller à son rythme, de vraiment s’adapter à elle plutôt que de lui demander à elle de s’adapter à nous, là évidemment il y a une sorte d’envie finalement de venir nous parler et de vivre des choses nouvelles. Maintenant, elle peut toucher l’autre, elle peut nous embrasser, elle peut avoir un rapport beaucoup plus charnel alors que son corps était complètement fermé mais maintenant qu’on a accepté qu’elle le fasse quand elle le sent, quand elle veut et que petit à petit, ça se fasse en douceur et en respect, elle découvre effectivement de nouvelles choses. Elle n’était pas non plus en souffrance d’elle-même, c’était juste ce rapport à nous qui était douloureux.  Donc voilà, maintenant ça se passe bien. Elle a été éditée, elle joue au théâtre, c’est vraiment une reconnaissance, pas dans le sens où nous l’entendons mais c’est qu’enfin on sait où elle est et on l’aime pour qui elle est et pas pour l’image qu’on avait d’elle.

Elle a l’air d’avoir beaucoup d’humour ?

Beaucoup d’humour.  Chaque fois, on le voit dans le film, elle a une manière de croquer, d’utiliser les mots avec métaphore, un mille-feuilles, quand elle fait une phrase il y a chaque fois une multitude de sens, elle sait très bien nous regarder, c’est une intelligence incroyable.  Déjà, quand elle regarde les gens on a l’impression qu’elle scanne, elle se dit télépathe, elle a une puissance incroyable.  Et c’est vrai qu’elle a un humour ravageur.

Ça a bouleversé quelque chose chez vous du point de vue de l’intime ?

Oui, parce qu’évidemment, comme pour je l’espère tout spectateur, ça nous bouleverse de se dire qu’il faut regarder les autres autrement et que le cerveau humain est d’une puissance incroyable et qu’on a accès à tellement peu. Ça retourne un peu sur le sens de l’humanité et puis, elle m’a aussi questionnée beaucoup sur ce que c’est qu’être artiste parce que c’est vrai qu’elle nous met face aussi au mystère de ce que c’est qu’être un artiste, de ce que c’est qu’être un poète qui tout d’un coup décide d’assembler des mots, de nous dire quel est son regard sur le monde et d’où ça vient, comment ça naît.  Vu qu’elle, elle vient en plus de quelque chose qui nous paraît très loin et qu’en fait pour moi ça serait peut-être une des plus grandes poétesses du 21ème siècle, elle nous met face à qu’est-ce que c’est génial l’homme quand il est artiste aussi, quand il va plus loin, quand il nous ouvre des perspectives qui nous chamboulent.  Ça m’a beaucoup retournée vraiment.  Et puis, d’avoir ce rapport… Alors, j’étais beaucoup dans le silence parce que moi, je filmais donc même si je posais quelques questions, je suis quand même plutôt observatrice et la caméra était un lien, un trait d’union entre nous et ça m’a quand même aussi, d’un point de vue cinéaste, beaucoup questionnée sur quel est le rapport à la personne qu’on filme, comment ça se passe et là c’était dans le rapport essentiel. Elle dit des phrases très drôles, elle m’appelle souvent "l’œil goguenard de la caméra" parce que c’est vrai que j’étais subjuguée, très souriante souvent parce que je vois comment elle regarde les autres aussi, je commence à bien la connaître, donc je commence à pouvoir imaginer un peu de temps en temps comment elle vit la situation, ce qu’elle sent et donc on était en connexion ultra-sensible, vachement fort, comment les choses se passent en dehors des mots, des regards, dans les silences. Et ça, puisque j’essaie dans mes documentaires de capter les moments de silence aussi et de montrer comment ils sont très parlants, avec elle, c’était un bonheur total évidemment.

Ce qui m’a bouleversée aussi, c’est la maman. Comment est-ce qu’elle a vécu le tournage, le documentaire ?

Très bien, parce que c’est vrai que souvent on lui demande :  est-ce que c’est un sacrifice ? parce qu’elle a arrêté son métier. Mais en fait, c’est un grand bonheur d’avoir évidemment aussi découvert tout ça, puis d’enfin avoir dit bon à 14 ans c’est pas possible, on a diagnostiqué sa fille vraiment définitivement comme déficitaire très grave et elle s’est dit non c’est pas possible que dans ce corps il n’y ait personne, c’est ma fille, c’est un être humain, je veux voir s’il n’y a pas un moyen quand même et elle ne savait évidemment pas qu’elle allait découvrir cette puissance mais quand c’est arrivé, après 5, 6 ans de travail dingue pour arriver juste à toucher son corps, à faire qu’elle réussisse à ce que son corps s’ouvre parce qu’elle avait vraiment des problèmes aussi psychomoteurs compliqués et de voir que petit à petit, dans ses progrès quelque chose allait se dénouer, c’est un grand bonheur . Elle est en total plaisir et ça la rend évidemment de plus en plus imaginative, intelligente, de chercher, de continuer à toujours se dire on espère qu’elle va parler par exemple, c’est son projet, elle commence à dire des mots, de plus en plus, mais c’est encore en projet, et elle est tout le temps comme ça à repousser les limites, à chercher, donc elle est très active, et dans un bonheur de partager aussi avec sa fille tout ce qui se passe.  Tous ses spectacles, ses bouquins, cette intelligence qu’a Hélène, Véronique est à côté. En fait, elle lui a trouvé un système où Hélène écrit avec une sorte d’alphabet de petites lettres cartonnées et plastifiées qu’elle prend une par une pour faire les mots. Elle est à côté pour un peu l’aider à se concentrer parce que vu qu’elle pense très vite il faut le temps d’écrire donc c’est un peu long mais elle préfère ça qu’un ordinateur parce qu’elle n’en est pas capable avec un clavier et puis c’est de la matière. Ces lettres sont une matière qui a fait qu’elle a enfin réussi à faire en sorte que sa pensée devienne matière alors qu’elle n’était pas du tout dans la matière.  Enfant, elle n’a jamais pris les choses dans sa bouche, elle n’a jamais marché à quatre pattes, elle n’a jamais été comme ça dans l’apprentissage de la matière.  C’est ce qui lui manquait en fait aussi dans son parcours pour pouvoir peut-être parler un jour.  Donc, c’est très important tout ça et Véronique est constamment en train de s’intéresser à tout cet ensemble du corps et comment le corps est inscrit aussi, et comment le langage s’inscrit dans le corps, et comment la pensée s’inscrit dans le corps, et comment le corps limite et en même temps va peut-être ouvrir quelque chose de la pensée. Donc c’est très puissant tout ce qu’elle vit.  Et évidemment, le tournage ça a été un moment intéressant parce que c’était aussi dans un projet théâtral, mais elle a été très émue de voir le film et de voir les progrès qu’a fait sa fille. Il y a beaucoup de gardes-chapelles dans l’autisme, entre les comportementalistes, les psychanalystes, enfin il y a plein d’histoires, plein de tensions. Elle est totalement en dehors de tout ça, elle a pris une autre voie, où elle se sert un peu de tout, elle picore un peu, parfois il y a des choses qui sont intéressantes dans l’un et dans l’autre mais c’est une nouvelle voie qu’elle ouvre et que je trouve passionnante. Maintenant beaucoup de professionnels s’intéressent petit à petit quand même à ce cas parce que c’est peut-être encore une nouvelle manière peut-être d’ouvrir la porte aux autistes et qu’on puisse enfin les entendre. 

C’est la question que j’allais vous poser. Comment cela se fait que personne n’ait encore empruntée cette voie ? 

Quand Véronique a découvert cette chose d’une manière très empirique et très personnelle, elle n’était pas du tout professionnelle, elle était cavalière alors elle s’est un peu inspirée du travail qu’elle faisait avec les chevaux. Il y avait dans ce monde du silence et d’intelligence, des choses qu’elle retrouvait par rapport au corps et aux difficultés des chevaux qui sont souvent en difficultés motrices, qu’on dit rétifs, qui ne veulent pas avancer ou qui n’acceptent pas les ordres, souvent quand on les remet dans leur corps avec de l’ostéopathie chevaline, on les remet bien en place, et là du coup ils sont des chevaux… ce sont des chevaux géniaux. Elle a donc reconnu comme ça des trucs qui l’ont beaucoup inspirée pour chercher, mais elle a suivi effectivement une voie qui contredisait pas mal de choses du métier donc elle n’a pas été très acceptée au début. Enfin, elle a plutôt beaucoup questionné, même tous les gens qui avaient diagnostiquée Hélène comme définitivement déficitaire. Forcément, ils ont été un peu mis à mal par cette expérience qu’elle a fait et donc maintenant, enfin, après 10 ans, peut-être grâce au film aussi, et puis grâce quand même maintenant à la notoriété qu’elle a par ses écrits, on ne peut plus dire que c’est faux. Les gens vont enfin s’intéresser, mais c’est long, c’est comme dans tout métier, c’est des ruptures, et puis il faut dire aussi que la recherche avance, que maintenant on commence à peut-être mieux comprendre certaines choses du point de vue neuropsychologique, neurologique, et donc petit à petit elle commence à être une voix qui semble " entendable " pour des gens qui avaient d’autres théories et dans lesquelles elle ne rentrait pas.

C’est beaucoup d’espoir aussi ?

Oui.  Il faut vraiment le voir comme ça. C’est un cas parmi d’autres mais elle ne correspond peut-être à personne d’autre. Il ne faut vraiment pas se sentir coupable de ne pas avoir fait ce travail parce que c’est un travail difficile, et qu’il est toujours à faire. Mais voilà, elle ouvre une porte, un petit espoir.  Évidemment, chaque cas est différent et en France, il y a beaucoup de retard encore dans les institutions.  C’est une grosse lutte pour les parents de trouver des endroits, d’être entendus, de faire que leurs enfants puissent aller à l’école.  Même si ça avance un peu, il faut vraiment savoir que pour les parents c’est très violent tellement il y a peu de moyens, peu d’intérêt ou pas assez en fait pour ouvrir des nouvelles voies.  D’ailleurs, je crois que pas mal de gens vont en Belgique parce qu’il y a des lieux mais je ne sais pas à quel point c’est des lieux qui font avancer les enfants et les jeunes dans cette ouverture.  Je pense qu’il y a encore tout à découvrir en fait.  C’est un monde qu’on découvre à peine.

Une dernière question, j’ai été très intéressée par la rencontre avec le mathématicien. Je voudrais que vous nous expliquiez un peu ce moment du film ?

Oui, il se trouve que le hasard a fait qu’étant à Avignon avec le spectacle, un mathématicien qui s’appelle Laurent Derobert, chercheur au CNRS, qui a inventé les mathématiques existentielles, qui est un peu au carrefour de la métaphysique, de la philosophie et des maths a entendu parler du spectacle, de ses textes, les a lus et a voulu la rencontrer.  Alors moi évidemment j’étais là, et c’est une rencontre assez fabuleuse à la fin du film, parce qu’enfin elle rencontre aussi quelqu’un qui est à son niveau d’intelligence, de recherche, de conception du monde, justement de ce rapport au cosmos aussi, à nos êtres, à nos couches d’êtres et donc c’est un vrai moment de poésie, très puissant. Je ne vais pas vous en raconter plus, il faut voir la scène, mais c’est vrai que ça a été une sorte d’apothéose à la fin de toutes ces rencontres fabuleuses qu’elle a provoquées pendant le film.  C’est un moment où on se rend compte que parfois on peut croire que sa poésie est un peu ésotérique alors qu’en fait non elle parle de choses très claires, très simples, qui parlent à tous et surtout à quelqu’un, un chercheur qui voit très bien de quoi elle veut parler et ce n’est pas juste de la poésie.  Donc, on peut la prendre à plein de niveaux Babouillec, c’est ça qui est génial avec elle.