L'interview de James Kent, pour "The Aftermath"

James Kent
James Kent - © RTBF

Le contexte qu’explore "The Aftermath" - l’immédiat après-guerre, l’Allemagne en ruines, la difficulté de la reconstruction – est rarement exploité dans le cinéma anglo-saxon ; c’est un aspect intéressant du film, et la reconstitution d’époque est convaincante. Ce qui est nettement plus attendu et conventionnel par contre, c’est le triangle sentimental qui se crée dans la maison Lubert. Keira Knightley apporte son élégance naturelle au personnage de Rachel mais, à force d’être abonnée aux films d’époque, elle semble se répéter. Porté par l’habituelle "qualité anglaise", "The Aftermath" se regarde sans déplaisir, mais aussi sans surprise.

L'interview intégrale en V.O. de James Kent

La traduction

Il y a bien sûr premièrement le roman et le succès du roman. En tant que réalisateur, que trouviez-vous intéressant dans ce sujet et dans ce livre ?

James Kent : Quand j’ai lu le roman "The Aftermath" (Dans la maison de l’autre), je l’ai adoré. J’adorais cette sorte de solitude du personnage principal, Rachel. Elle arrive en Allemagne, elle ne connaît pas la langue, elle vit dans une maison plus riche qu’elle n’a jamais vu et elle a un mari qui ne la comprend pas. Et puis, elle doit faire face à cette famille allemande. Et je pense que cette aventure que Rachel traverse est une telle inspiration pour moi en termes de parcours vers le pardon et la réconciliation. Ça parle à notre ère, comme nous pouvons en être conscients, la Grande-Bretagne spécialement est en train de faire face à probablement son plus grand défi depuis la deuxième Guerre Mondiale. J’avais la sensation que c’était un message que je voulais faire passer aux gens.

Un film d’époque est toujours un challenge car il faut récréer un univers d’une façon juste et crédible. Quel était le plus grand défi pour cette histoire ?

James Kent : La réponse est facile. Hambourg était apocalyptique. La ville était détruite et ressemblait à une autre planète. Avec les ressources limitées pour un film, comment recrée-t-on l’ampleur des dégâts ? On a regardé beaucoup de films d’actualités de l'époque où on peut voir l’ampleur de la chose. C’était dix fois pire que la Syrie. Construire cet univers pour que le public comprenne que tout était en ruine, c’était notre plus gros défi.

Il faut bien sûr recréer le contexte historique, mais il fallait aussi se concentrer sur le triangle. Est-ce difficile de faire les deux à la fois ?

James Kent : C’est vraiment difficile, aussi parce qu’il y a l’histoire au second plan de cette jeune fille qui sort dans les ruines pour rencontrer ce jeune garçon. Il y a cette histoire aussi. Donc, comment crée-t-on un équilibre entre cette histoire et la première ? Mais d’une certaine façon, j’étais aidé par le fait que la première histoire des trois se passe toujours dans la maison. Ça ne déborde pas vraiment dans le paysage. Ils sont en quelque sorte abrités dans cette maison silencieuse, un peu en dehors de Hambourg. Et puis, on passe au vrai Hambourg, l’univers plus grand pour montrer le monde où Lewis se rend tous les jours en tant que soldat. C’était possible de créer ces deux univers sans qu’ils soient en conflit.

Dans votre carrière, vous avez travaillé pour le grand écran mais aussi sur des séries télévisées. Aujourd’hui, on peut voir le grand succès et la qualité des séries télé. Quels sont les grandes différences, en tant que réalisateur, quand on travaille pour la télé ou pour le cinéma de nos jours ?

James Kent : C’est une très bonne question. Je pense qu’il faut se rappeler que le réalisateur en télé n’est pas exactement la même rôle qu’en cinéma. Le réalisateur en télé fait partie du triangle sacré composé du scénariste, producteur, réalisateur. Ils sont presque au même niveau pour créer une série télé. Au cinéma, le directeur est le principal chef de création. Donc, je suis ici en train de donner des interviews, mais en télé, ça pourrait être le scénariste en train de faire les interviews. C’est une équation légèrement différente. Au quotidien, c’est très semblable par contre. On tourne, on choisit les sites, mais le film requiert un montage beaucoup plus long. On essaye de parvenir à cette qualité paroxystique, puis on le lâche dans le monde et on espère que les gens iront le voir. La télévision a des délais beaucoup plus courts. On doit tout donner d’un coup, et puis c’est dehors. C’est sur Netflix, ou à la BBC. Le rythme est légèrement différent en télévision et en cinéma.

Ce que j’adore dans le cinéma anglais, c’est qu’il y a toujours du respect pour le public et un certain niveau de qualité. Du point de vue technique, le son est très bon, la lumière, etc. Mais d’un autre côté, il y a peut-être un style anglais et pas toujours des auteurs anglais, vous voyez ce que je veux dire ? Il y a une sorte de style classique. Comment expliquez-vous cela ?

James Kent : Nous avons eu des réalisateurs titanesques par le passé, d’une certaine tradition d’époque, comme David Lean qui a fait "Brève Rencontre", "Laurence d’Arabie". Et leur ombre plane au-dessus du paysage britannique. Donc, cette tradition classique de raconter des histoires d’époque est quelque chose dont on est très fier et que le public adore. Le public anglais aime aller voir ces films parce que c’est une façon de s’échapper de la réalité. J’imagine que chaque pays à un style cinématographique qui les fait rêver. On n’a jamais… je pense que ce qu’il y a par exemple dans les films français et belges, particulièrement français, je m’y connais mieux en cinéma français - le cinéma français est très à l’aise dans l’exploration de la classe moyenne contemporaine. La classe moyenne d’aujourd’hui. Les histoires d’amour, les scandales, ils sont à Bordeaux et ils ont une discussion autour d’une table. On est mal à l’aise de montrer notre classe moyenne d’aujourd’hui. Peut-être qu’on est plus une société de classes. Un bon nombre de ces films d’époque parlent de la haute bourgeoisie. On est plus heureux de regarder des films à propos d’eux que de notre propre classe moyenne. On trouve ça un peu gênant, un peu embarrassant. C’est quelque chose de culturel par rapport aux classes sociales. Vous êtes d’accord ?

Absolument. Et je préfère que vous nous l'expliquiez vous-même !