L'interview de Greta Gerwig pour "Lady Bird"

Greta Gerwig
Greta Gerwig - © Theo Wargo - AFP

Rencontre avec l'actrice, auteure et réalisatrice Greta Gerwig qui signe et réalise le film "Lady Bird", sorti en salles le 4 avril.

Le portrait d’une adolescente rebelle est, a priori, un thème usé jusqu’à la corde au cinéma. Greta Gerwig, compagne et actrice de Noah Baumbach, réussit la prouesse de le renouveler avec un talent fou dans "Lady Bird", son premier film derrière la caméra. Plus que de développer une intrigue, "Lady Bird" est une collection de moments, d’instantanés sur une jeune fille à la croisée des chemins.   Avec un sens aigu de l’ellipse, Greta Gerwig enchaîne des scènes brèves qui, toutes, se révèlent signifiantes et essentielles pour construire un portrait riche et nuancé de ce personnage et de son monde. En ce sens, la réalisatrice a réussi avec "Lady Bird" un film parfait, avec des êtres de fiction si touchants qu’ils accompagnent longtemps le spectateur, bien après le générique de fin…

L'interview intégrale en version originale

Traduction

Quand on jette un œil à votre biographie, on peut voir des liens entre votre parcours et celui du personnage de "Ladybird", qu'avez-vous pris dans votre vie personnelle pour construire cette histoire ?

Greta Gerwig : Je viens de Sacramento, en Californie, et j'ai été dans un collège catholique pour filles, donc cette situation, c'est le lien avec ma vie. Et je savais que je voulais placer cette histoire à Sacramento, parce que j'aime cette ville, et qu'il n'y a pas assez de films qui en parlent. En ce qui concerne le personnage de "Ladybird", d'une certaine manière, elle est à l'opposé de ce que j'étais, je suivais plutôt les règles, en essayant de faire plaisir à tout le monde, je n'ai jamais teint mes cheveux en rouge, je restais plutôt dans les lignes. Mais quand j'ai pensé au personnage, je l'ai créée comme une personnalité qui me plaisait, et quand Saoirse a commencé à jouer le rôle, j'allais enfin rencontrer cette personnalité que j'admirais tellement, que j'aimais et que je venais d'imaginer..

J'ai vu ce film comme une collection de moments, plus qu'une histoire traditionnelle, et durant le processus d'écriture, quand avez-vous pu ressentir qu'un moment était intéressant plutôt qu'un autre, dans le but d'écrire votre histoire ?

C'est un long processus d'écriture pour moi, je n'aime pas une intrigue qui se présente elle-même comme une intrigue, j'aime les moments qui se dévoilent devant vous, et dont on réalise a posteriori qu'ils faisaient partie de l'intrigue, j'aime les détails qui deviennent des histoires à part entière, et des choses qui ne sont pas trop balisées... Pour expliquer ce que je veux dire, il y a une maison que Ladybird et ses amis aiment, la maison bleue où ils rêveraient d'habiter, et puis ce moment passe... Et quelques scènes plus tard, vous vous rendez compte que ce type qu'elle aime, c'est la maison de sa grand-mère, et plus tard, elle ment en prétendant qu'elle vit dans cette maison, .. et donc, vous regardez ces scènes, et cela devient un fil qui se déroule durant tout le film. Et donc, cela prend beaucoup de temps, parce que je construis cette histoire à partir des détails de la vie, et pas à partir d'une sorte de grande structure en 3 actes, d'une certaine manière.

Vous avez une carrière d'actrice très intéressante, quelle était l'urgence d'écrite une telle histoire et de devenir réalisatrice ?

Ça fait très longtemps que je veux faire de la réalisation, et le temps que j'ai passé à travailler comme actrice m'a permis d'absorber autant que possible des informations sur la construction des films et ce qui permet de faire un film à partir de la page écrite jusqu'à sa sortie dans le monde. Et j'écrivais aussi beaucoup, j'ai écrit deux films avec Noah Baumbach qu'il a réalisés, "Frances Ha" et "Mistress America", et quand nous avons terminé "Mistress America", j'ai commencé à écrire ce scénario. Et dès que j'ai senti que j'avais un scénario qui était bien écrit, je me suis dit : tu as toujours eu envie de faire ça, je pense que maintenant c'est le bon moment... tu as travaillé pendant 10 ans sur des films, et tu n'apprendras rien de plus sans le faire toi-même. Tu dois le faire, et tu apprendras plus.

Avec votre nomination aux Oscars, vous avez principalement travaillé dans le domaine du cinéma indépendant, avec la liberté artistique que ça implique, est-ce que vous pensez que le succès du film va changer quelque chose pour vous ? avez-vous aussi envie de travailler à Hollywood ?

J'aimerais travailler à Hollywood ! pour moi en tant qu'actrice et aussi en tant qu'auteur et réalisatrice, ça a toujours été : est-ce que je suis capable de raconter une histoire qui m'intéresse avec les gens avec lesquels j'ai envie de travailler ? donc c'est une question de liberté, d'avoir la possibilité de faire ce que je veux faire dans le contexte du système d'un studio.