Gaspar Noé sort une version inversée de son sulfureux "Irréversible"

Le cinéaste Gaspar Noé a présenté à la Mostra de Venise une nouvelle version "inversée" de son sulfureux "Irréversible", qui a fait scandale il y a 17 ans, un film que "plus personne aujourd'hui n'oserait financer" aujourd'hui, selon lui. En 2002, il avait choqué le Festival de Cannes avec ce film très dérangeant dans lequel jouent Monica Bellucci, Vincent Cassel et Albert Dupontel, qui commençait par la fin et racontait une vengeance consécutive à une scène de viol insoutenable durant dix minutes. Lors de la projection à Cannes, une vingtaine de spectateurs avaient eu des malaises.

"Plus personne aujourd'hui n'oserait ni financer, ni peut-être même jouer dans un film comme ça", a estimé le réalisateur argentin, dans un entretien avec l'AFP. La nouvelle version présentée hors compétition à la Mostra, intitulée "Irréversible inversion intégrale", remet la narration du film dans l'ordre chronologique, mais n'enlève rien aux scènes les plus brutales.

"La performance de Monica Bellucci est d'une audace incroyable" (Gaspar Noé)

"Quand Gaspar Noé m'a appelée pour me dire de regarder le film, qu'il avait remonté dans l'ordre chronologique, j'étais vraiment curieuse", a raconté Monica Bellucci à l'AFP. "Et quand je l'ai vu, je me suis rendu compte que le film n'avait absolument pas vieilli, que c'était resté un film très fort. Et peut-être que cette nouvelle version du montage met encore plus en évidence cette dualité entre beauté et violence", a-t-elle ajouté. L'actrice italienne a reconnu cependant que "cela reste un film violent, c'est sûr". Mais "on voit aussi toute la beauté et la poésie du rapport de couple, l'envie d'avoir un enfant, l'amitié, la complicité, l'intimité. Et en même temps, on voit la partie la plus dégradante de la violence, l'abus sexuel, la domination, le crime sexuel, l'instinct de meurtre", a-t-elle poursuivi.

Gaspar Noé a loué la performance de son actrice principale dans ce film, soulignant "n'avoir jamais vu une actrice aussi charismatique, avec autant de couilles". "C'est horrible de dire qu'elle a des couilles, surtout par rapport au sujet, mais avec autant de tripes, les Américains disent "She has guts". Mais sa performance est d'une audace incroyable", a-t-il dit.

La sélection de cette nouvelle version du film à la Mostra cette année a suscité des critiques, dans le contexte post #MeToo et en pleine polémique sur la présence en compétition de Roman Polanski, toujours poursuivi par la justice américaine pour le viol d'une adolescente en 1977, ainsi que sur la sélection, hors compétition, du réalisateur américain Nate Parker, acquitté en 2011 du viol d'une étudiante.

Des féministes ont également regretté le faible nombre de réalisatrices en compétition cette année, seulement deux sur 21 films en lice, reprochant au Festival de ne pas évoluer.