Denis Villeneuve : "Je n'ai pas essayé de jouer le rôle de Ridley Scott"

Denis Villeneuve
2 images
Denis Villeneuve - © RTBF / Tellement Ciné

Déjà salué pour son approche novatrice de la science-fiction avec "Arrival", Denis Villeneuve vient de succéder à Ridley Scott en réalisant la suite du film culte "Blade Runner". Nous l’avons rencontré quelques jours avant la sortie du film en salle.

Gorian Delpâture : Denis Villeneuve, merci de passer un peu de temps avec les téléspectateurs belges. Comment vous sentez-vous à quelques jours de la sortie du film, l’un des plus attendus de l’année ? Un peu de pression ?

Denis Villeneuve : Je me sens en paix. Le film est terminé depuis quelques semaines. En le réalisant, j’avais des objectifs précis et je sais que je les ai atteints. Là, je n’ai aucune idée de la réaction du public face au film. Je sais qu’il va être comparé au chef-d’œuvre de Ridley Scott ("Blade Runner", sorti en 1982, NDLR) et c’est un fait avec lequel je suis en paix depuis que j’ai entrepris le projet. C’était nécessaire, sinon je n’aurais pas été capable de faire le film : je devais accepter cette pression et en faire un geste artistique pur, une lettre d’amour au premier film. Et je dois dire que le fait que Ridley Scott et Harrison Ford aient beaucoup aimé le film m’a énormément soulagé.

 

Vous étiez déjà rassuré.

Voilà.

Il s’agit de la suite d’un film de Ridley Scott, qui est ici votre producteur exécutif. Son fils, Luke Scott, a réalisé des courts-métrages qui présentent ce qu’il se passe entre les deux films. Êtes-vous parvenu à faire un film de Denis Villeneuve malgré tout ?

Quand j’ai accepté de faire le projet, j’ai rencontré Ridley Scott. Ma priorité était d’avoir sa bénédiction. Dès le départ, il m’a dit ce que je voulais entendre, à savoir que j’allais être complètement libre, que ce serait mon film, que j’en aurais l’entière responsabilité et qu’il serait là dès que j’aurai besoin de lui. Il m’a dit "c’est ton film, c’est toi, vas-y" et je lui en suis très reconnaissant. C’était la seule manière de travailler : j’aurais été incapable de travailler avec Ridley Scott par-dessus mon épaule. Je ne l’aurais pas fait.

 

Justement, comment êtes-vous parvenu à vous approprier la matière originale pour en faire un film nouveau, un univers qui ressemble au premier, mais qui est quand même le vôtre ?

Avant de réaliser un film, il faut que je ressente un lien intime avec les histoires. Il faut que l’histoire ait une résonnance personnelle avec moi, que j’y trouve une porte d’entrée. En lisant le scénario (rédigé par Hampton Fancher et Michael Green, NDLR), j’ai senti que je pouvais me l’approprier. Il s’agit d’un long processus. Un processus de réflexion esthétique. Il faut rester en contact avec le premier film, tout en évitant d’être nostalgique. Je n’ai pas essayé de jouer le rôle de Ridley Scott, je suis un cinéaste extrêmement différent de lui. Je dirai que c’est un film qui est terriblement "Denis Villeneuve".

J’aime beaucoup être en relation avec les limites de la connaissance

En regardant le film de Ridley Scott, vous êtes-vous dit : "Tiens, ça, il faut que je garde, mais ça par contre je pourrais l’améliorer" ?

Non, je n’ai jamais osé penser comme ça. Au départ, il y avait un scénario écrit par Ridley, Hampton Francher et Michael Green. Il y avait donc un plan, que je me suis approprié. Mais je n’ai jamais approché le film en me disant que je pourrais faire mieux. C’était plus "comment je peux faire moi ?".

 

Il y a eu "Arrival", il y aura "Dune" et maintenant il y a "Blade Runner". Qu’est-ce qui vous plait tant dans la science-fiction ? La science-fiction vous permet-elle de dire plus facilement des choses sur notre époque, même si ça se passe dans le futur ?

Il y a une distance poétique nécessaire. Obligatoirement, la science-fiction crée une distance avec le sujet. Cela permet de prendre des libertés, on peut dire des choses, on peut approcher des sujets qui sont plus abstraits ou plus difficiles, qui sont plus abrasifs parfois, de manière plus dynamique. Par exemple "Dune" et la religion. J’aime beaucoup être en relation avec les limites de la connaissance… En fait, ce sont les films que j’aime aussi, ceux qui créent un vertige, parce qu’ils sont en relation avec l’inconnu. Des films plus existentiels, qui parlent de la condition humaine. Il y a quelque chose qui me touche dans ces films.

 

Merci beaucoup Denis Villeneuve.

Retrouvez la vidéo de l'interview intégrale :