Danny Boyle : c'était le bon moment pour faire Trainspotting 2

Danny Boyle
Danny Boyle - © GERARD JULIEN - AFP

En 1996, déboulait sur les écrans "Trainspotting" de Danny Boyle. Ce portrait de groupe d’une bande de jeunes écossais qui trompaient leur ennui en s’adonnant aux drogues dures, filmé dans un style nerveux, dominé par le charisme d’Ewan Mc Gregor, et rythmé par une B.O comprenant les groupes les plus en vogue de la pop anglaise, remporta un succès phénoménal et devint rapidement un film-culte pour toute une génération… Vingt ans plus tard, avec "T2 Trainspotting" on retrouve à l’écran le quatuor d’origine, avec les mêmes acteurs. La tentation était forte pour Danny Boyle de retravailler avec la dream team qui lui a valu son premier hit international : les quatre acteurs, le romancier Irvine Welsh, le scénariste John Hodge.

Interview

Etiez-vous tout de suite convaincu qu’il fallait faire cette suite 20 ans plus tard ?

Oui, enfin… il y a 10 ans, on avait déjà essayé. Irvine Welsh, l’auteur du livre sur lequel est basé le film, avait publié son propre roman, Porno, qui était la suite du film. On a voulu adapté ce livre-là mais ça n’a pas donné un bon résultat ; le scénario n’était pas satisfaisant. Et puis, il y a 1 an et demi, on s’est rencontré à Edimbourg, on a parlé du scénario et John Hodge, le scénariste du premier et du second film, a écrit un scénario génial du coup, je savais qu’on allait le réaliser. Et rien n’aurait pu m’arrêter dans mon projet car je savais que c’était la bonne chose à faire, que c’était le bon moment pour le faire, que nous avions vraiment quelque chose à raconter et que ce serait intéressant pour le public de le voir aussi bien en tant que film à part entière mais aussi en le comparant avec l’original.

Le premier film, c’est un peu le journal d’un accro à la drogue mais dans le sequel, il n’y a plus de voix off, ce sont 4 destins séparés, la structure est un peu différente. Quelle facette vouliez-vous explorer ?

Dans cette structure, ils vivent tous les quatre des vies différentes jusqu’à ce que l’un deux décide de rassembler le groupe ; c’est pour cela que Renton revient. Les trois autres sont donc restés là sans jamais prendre contact l’un avec l’autre et ce, pendant 20 ans. Puis, tout d’un coup, ils sont rassemblés et ils essayent, et c’est bien triste, de recréer leur passé car ils espèrent, comme tous les hommes, qu’ils vont réussir à revivre ce passé. Ils veulent bien sûr retrouver les bons moments mais ils veulent aussi prendre une revanche sur leur passé, exorciser les vieux démons. Donc, c’est vraiment un film sur la vie adulte et sur la confrontation entre l’âge adulte et l’enfance. En essayant de recréer leur enfance, ils déçoivent beaucoup de personnes. Leurs femmes et leurs enfants les observent retomber dans leurs travers. On voit l’intelligence de ces femmes qui doivent accepter cette absurdité tout en élevant leurs enfants. On explore donc cet aspect-là aussi. C’est aussi un film qui parle du temps qui passe, des ravages du temps. Les acteurs peuvent vraiment s’identifier aux personnages dans le sens où ce ne sont plus des grandes stars comme lors du premier film. Mais ils grandissent, ils vieillissent, la fin est proche. Dans le télescope du temps, un coup, tu la vois, un coup, tu ne la vois plus, elle est trop loin, on ne peut plus l’atteindre. C’est une difficulté que nous connaissons tous donc je pense que le film s’adresse vraiment à tout le monde.

Vous avez donc le même casting, ce qui est très important, mais les personnages vivent des vies vraiment très différentes, et les acteurs ont eu des carrières différentes également. De fait, comment avez-vous vécu ces retrouvailles ?

C’était extraordinaire car, quand vous êtes réalisateur, votre tâche principale est d’établir une relation entre des acteurs qui sont sûrs de ce qu’ils font. Ensuite, on peut combiner ses différentes personnalités et les encourager. Avec cette équipe, on n’a pas eu ce problème. Après, ils étaient quelque peu inquiets que le film soit merdique ; ils ne voulaient pas être liés à un projet qui ne soit pas bien d’autant plus qu’on était tous vraiment content du premier film. Mais, une fois qu’ils avaient dit ce qu’ils ressentaient, ils étaient vraiment certains de pouvoir reprendre leur personnage parce que, avec tout ce qu’ils avaient vécu durant ces 20 ans, ils savaient comment incarner à nouveau ces personnages. Ils étaient donc plein d’assurance et c’est vraiment génial pour un réalisateur d’avoir des acteurs prêts à partir et à qui il faut juste donner le départ au bon moment.

Pour terminer, êtes-vous stressé quant à la réception du film ou êtes-vous plutôt confiant ?

On est toujours un peu stressé, ça fait partie du boulot. Cependant, dans un sens, je crois en ce film. Je m’en surprends moi-même car, quand on réalise un film, on ne sait jamais ce que ça va donner jusqu’à ce qu’on arrive au bout. Et, je suis étonné de voir à quel point ce film est riche dans ce sens où il est vraiment honnête avec lui-même et il a vraiment quelque chose à raconter sur la vie des gens ordinaires. Ce sont des personnages extraordinaires dans le sens où ils vivent dans un monde extraordinaire, surréaliste. Mais je pense qu’ils peuvent vraiment parler à tout le monde.

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