Ces films maudits qui n'ont jamais été réalisés

Ces films maudits qui n'ont jamais été réalisés
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Ces films maudits qui n'ont jamais été réalisés - © Lobster

Le miracle devrait finalement avoir lieu : après un premier tournage catastrophique (documenté dans " Lost in la Mancha"), de nombreuses tentatives de relancer la production et des poursuites judiciaires de dernière minute, le projet maudit de Terry Gilliam "L'Homme qui tua Don Quichotte" sera finalement montré au public à Cannes, 20 ans après avoir été lancé. On a encore du mal à y croire, et à vrai dire, on ne sera convaincu que lorsque le générique de fin se déroulera sous nos yeux. Au fil des années et des ennuis, le projet de Don Quichotte est presque devenu une plaisanterie dans l’industrie cinématographique, un projet tellement malchanceux qu’il semblait impossible qu’il voit le jour. Sa projection à Cannes cette année est, on peut le dire, inespérée.

Tous les grands cinéastes ne peuvent pas se vanter d’avoir réussi à triompher face à l’adversité. L'histoire du cinéma est jonchée de projets inaboutis, de grands films en devenir qui laisse rêveur à ce qu’il aurait pu être. La preuve en 3 exemples :

"Napoléon" de Stanley Kubrick

Après avoir réalisé "2001, l'odyssée de l’espace", le cinéaste de "Docteur Folamour" et "Lolita" se lance en 1968 dans une entreprise toute aussi gigantesque : raconter la vie de l'empereur français, de sa jeunesse en Corse à sa mort sur l’île de Sainte-Hélène. Rassemblant pour ce faire une documentation titanesque, il travaille avec acharnement pendant plus d’un an sur ce projet. Mais face à l'échec commercial d’un autre film consacré à Napoléon, Kubrick est forcé de mettre ses rêves de grandeur de côté. Un livre édité chez Taschen fait cependant état du travail colossal accompli par le réalisateur et son épique : fiches détaillés, costumes pour des milliers de figurants, et un scénario, qui nous laisse imaginer le drame intime et film historique épiques qui aurait pu être. Il réutilisera plusieurs des éléments développés pour "Napoléon" sur son film d’époque suivant, "Barry Lyndon".

"Dune" de Alejandro Jodorowsky

Avant d’être porté à l’écran par David Lynch, le roman de science-fiction culte de Frank Herbert est d’abord passé entre les mains d’Alejandro Jodorowsky ("El Topo", "La montagne sacrée"). Entreprenant d’en faire un film de plus de dix heures, le cinéaste chilien se lance en 1975 dans la pré-production de son "Dune ". HR Giger et Moebius sont recruté pour développer, les Pink Floyd pour la bande-son. Au casting ? Rien de moins qu’Orson Welles, Mick Jagger, David Carradine et Salvador. Evidemment, ce projet pharamineux n’aboutira pas, faute de financement suffisant. En reste un univers visuel fascinant qui a, selon le documentaire " Jodorwsky’s Dune", influencé "Matrix", "Star Wars" et "Alien".

"L'enfer" d'Henri-Georges Clouzot

Serge Reggiani en homme succombant à une extrême jalousie, Romy Schneider dans le rôle de son épouse. Un film tourné en noir et blanc et en couleur avec des techniques de photographie jamais vues auparavant. Les images qui subsistent de "L'enfer" d'Henri-Georges Clouzot ("Le Corbeau", "Le Salaire de la Peur") sont fascinantes, suggérant un film moderniste qui aurait fait l’effet d’un choc dans le cinéma français des années 60. Mais "L’enfer" porte bien son titre : Reggiani tombe malade, la canicule frappe l’équipe technique et le lac artificiel sur lequel le film est filmé, lieu essentiel du récit, va être vidé. Le tournage prend finalement fin de manière dramatique : Henri-Georges Clouzot est victime d’une crise cardiaque. Il y survit, mais pas le film, qui est rangé dans les tiroirs jusqu’à ce que Serge Bromberg et Ruxandra Medrea utilisent les pellicules pour leur documentaire "L’enfer d’Henri-Georges Clouzot". Claude Chabrol en réalisera aussi une adaptation, avec François Cluzet et Emmanuelle Béart en 1994, mais ne tenta pas d’en adopter l’audace visuelle.