"Cendres et Diamant", un joyau du cinéma polonais

“Cendres et Diamant”, un joyau du cinéma polonais
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“Cendres et Diamant”, un joyau du cinéma polonais - © Malavida

Réalisé en 1958, le long-métrage d'Andrzej Wajda fait un tableau sombre et poétique de la Pologne d'après-guerre. Le film sort ce mois-ci en vidéo dans une version restaurée.

Certains réalisateurs sont indissociables de leur nationalité, tellement ancrés dans l'histoire et la culture de leur pays que l'on ne peut pas parler de l'un sans l'autre. C'est le cas du cinéaste polonais Andrzej Wajda. Fidèle à ses origines, malgré le succès international de ses films, il a consacré toute sa carrière à dessiner l'histoire de son pays natal.

"Cendres et Diamant", peut-être le plus connu de ses films, se déroule à une période charnière : les jours qui succèdent la fin de la Seconde Guerre mondiale. Loin d'être paisible, l'armistice polonais voit encore les uns se battre contre les autres pour l'avenir de la nation. Suivant les pas de quelques résistants anti-communistes, qui viennent de commettre un double assassinat, le récit nous entraîne dans une Pologne traversée par des luttes fraternelles.

Vu son sujet, et le contexte de sa création, les prises de position du long-métrage auraient pu laisser craindre le pire. Adapté d'un roman fermement pro-régime, et réalisé avec l'approbation (relative) des pouvoirs en place, "Cendres et Diamant" échappe fort heureusement au statut d'œuvre de propagande qui aurait pu être le sien. Sans être ouvertement contestataire, le film nous livre un tableau sombre de cette époque, dépeignant avec poésie et empathie une jeunesse qui a vécu à travers la guerre, et ne sait comment en sortir.

"Cendres et Diamant" s'attarde plus particulièrement sur un jeune homme frondeur et taquin, Chełmicki (incarné avec bagou par Zbigniew Cybulski), qui à la suite d'un coup de foudre hésite entre son amour naissant pour une jeune femme et son devoir meurtrier. Avec ses lunettes teintées, sa veste sur les épaules et ses manières démonstratives, il semble s'être échappé de films américains des années 50 comme "La Fureur de vivre" ou "L'équipée sauvage" (Cybulsky est d'ailleurs souvent surnommé le "James Dean polonais".) C'est là l'une des audaces de ce film ancré dans l'Histoire de son pays, mais qui lorgne ailleurs pour ses inspirations artistiques.

Au-delà de ses influences américaines, le film marque par sa poésie hantée, nous laissant à l'esprit quelques images à la beauté insolite, telles qu'une figure de Christ renversé ou un meurtre qui s'accomplit avec en fond un feu d'artifice. Une œuvre à voir, et à revoir.