BRIFF  : "Aren't you happy?", l'audace cinématographique

D'emblée, “Aren't you happy?”, le premier long-métrage de Susanne Heinrich, annonce au spectateur son originalité : plans hyper symétriques, couleurs pastels et décor factice. Impossible de prendre ce film-là pour un autre, et l'impression se confirme lorsque son héroïne ouvre la bouche. Le visage inexpressif et la voix monocorde, elle se lance dans une des nombreuses envolées verbales qui parcourent le film. Se décrivant elle-même comme comme une “fille mélancolique”, cette écrivaine en panne d'inspiration et sans logement traverse le film habillée d'un simple manteau, passant de lieu en lieu, de rencontre en rencontre. C'est là le seul fil du récit.

Découpant la vie de son anti-héroïne en 14 chapitres, “Aren't you happy?” utilise chacun d'eux pour analyser et déconstruire des sujets de sociétés tels que le féminisme, la sexualité, le capitalisme ou la maternité, avec un ton qu'on pourrait qualifier de sérieux, cynique et pince-sans-rire. Dépourvu de toute prétention commerciale, le long-métrage ressemble donc plus à un essai d'art contemporain qu'à un film de fiction. En ce sens, sa place est peut-être plus dans un musée que dans une salle de cinéma. Provocateur tant dans sa forme que dans son fond, “Aren't you happy?” a le chic pour agacer et fasciner son spectateur, au risque de le perdre en chemin à force d'élucubrations philosophiques. Une œuvre irritante, saisissante, et indéniablement audacieuse.

 

“Aren't you happy?” est présenté ce mercredi 26 juin à Flagey à 15h30.