À (re)découvrir : "Quand je serai dictateur", un essai cinématographique envoûtant

À (re)découvrir : “Quand je serai dictateur”, un essai cinématographique envoûtant
À (re)découvrir : “Quand je serai dictateur”, un essai cinématographique envoûtant - © Morituri

Récompensé en 2015 par un Magritte, le “documentaire de science-fiction” de Yaël André, réalisé à partir de films amateurs, sera projeté gratuitement au Cinéma Aventure le 17 février.


Quiconque a déjà vu des images tournées en Super 8 pourra en attester : elles recèlent quelque chose de magique. Qu'il s'agisse de films familiaux personnels ou de réalisations de complets inconnus, il est presque impossible de ne pas regarder avec une certaine fascination ces témoignages du passé. Exhumés de poussiéreux greniers et dépourvus de sons, ces films stimulent l'imagination et suscitent une ribambelle de questions : qu'ont pu être les vies des personnes qui s'animent devant nous ? Où sont-elles maintenant ? Ce moment de bonheur capturé par une caméra était-il rare, ou fréquent ? Il y a, dans les malles de nombreuses familles, des trésors de ce genre qui ne demandent qu'à être découverts, récupérés, utilisés et projetés.

C'est exactement ce que la cinéaste belge Yaël André a entrepris avec “Quand je serai dictateur”. À partir de centaines de bobines amateurs 8 mm et Super 8 des années 40 à aujourd’hui, qui lui ont été données ou prêtées par diverses personnes, elle a construit un film qui libère tout le potentiel imaginaire que recèlent ces images. De prime abord, c'est sa propre histoire qu'elle nous raconte, appuyée par des extraits de la vie d'inconnus. Ou plus exactement c'est celle de Georges, son ami de toujours, avec qui elle a partagé une jeunesse tranquille à Woluwe, à tromper l'ennui avec des jeux fantaisistes. “Enfants, nous nous imaginions d'autres vies possibles. Adultes, nous les vivrons.” déclare la narratrice comme une promesse.

Lorsque plus tard, leur histoire vient à être marquée par la tragédie, c'est justement la fiction qui prend le pas sur l'autobiographie. Le récit, tour à tour drôle, poétique, émouvant et piquant, se réinvente à tout bout de champ, ouvrant sans cesse d'autres mondes, dans lesquels la narratrice serait devenue aventurière, psychopathe, mère exemplaire ou chef comptable. Dans lesquels elle pourrait arrêter le temps, ou mieux encore, le faire revenir en arrière.

L'effet est magique. Porté par la voix sans âge de Laurence Vielle, “Quand je serai dictateur” a tout de l'exercice de spiritisme, convoquant à partir de la pellicule des multiples fantômes : ceux de gens anonymes, ceux d'êtres chers et ceux de personnages imaginaires, mais aussi les fantômes des personnes que nous aurions pu être et des personnes que nous avons été. Un essai de cinéma envoûtant.
 

La Scam organise une projection gratuite du film le lundi 17 février à 20h au Cinéma Aventure, en présence de la réalisatrice. Réservation obligatoire :  actionculturelle@sacd-scam.be.