24 ans après sa sortie, le sulfureux "Crash" revient dans les salles

24 ans après sa sortie, le sulfureux “Crash” de David Cronenberg revient dans les salles
24 ans après sa sortie, le sulfureux “Crash” de David Cronenberg revient dans les salles - © Imagine

De retour dans les salles belges dans une version restaurée, "Crash", le cauchemar enfiévré de David Cronenberg n’a rien perdu de son pouvoir transgressif.

De tous les films du réalisateur canadien David Cronenberg ("La Mouche", "Vidéodrome"), "Crash" est peut-être le plus dérangeant - un exploit dans une carrière qui déborde d’œuvres provocantes. Dès sa première projection au Festival de Cannes en 1996, le film fait sensation, divisant profondément le jury mené par Francis Ford Coppola, qui lui remet à contrecœur un prix spécial.

Sa sortie en salles n’arrange rien, engendrant controverses et polémiques auprès des critiques et du grand public, choqués par son étalage déstabilisant de sexualité et de violence. Il faut dire que le film, adapté du roman choc de J.G. Ballard, ne cherche pas à se "faire aimer". Cru, répétitif et malsain, "Crash" transgresse ce qu’on a l’habitude de voir au cinéma, tant sur le plan de l’érotisme que sur le plan narratif.

C’est dans un univers aliénant et froid que le film nous plonge : celui d’une poignée de personnages réunis par une obsession commune pour les accidents de voiture. Menés par des désirs morbides, ces êtres égarés (portés par de prestigieux acteurs comme James Spader, Holly Hunter, Elias Koteas, Deborah Kara Unger ou encore Rosanna Arquette) enchaînent les jeux dangereux où se mêlent carrosseries et sexualité. Le spectacle qu’ils offrent est aussi fascinant que repoussant : surfaces métalliques et corps libidineux se confondent, jambes meurtries et jantes endommagées se frottent sous l’œil glacial et rigoureux de la caméra qui saisit leurs pratiques pour le moins déviantes.

Si le film est obnubilé par la sexualité, il n’en est pas pour autant érotique au sens propre : les scènes que nous propose Cronenberg sont souvent plus perturbantes que stimulantes, nous dévoilant des actes charnels qui défient la raison. La petite mort est inextricablement liée à la grande pour ces personnages qui sont prêts à tout pour trouver l’extase à toute vitesse, quitte à rencontrer un destin funeste. Leurs désirs morbides semblent d’ailleurs être leur seul moteur. Au-delà, leurs vies existent à peine, et ils font preuve d’une apathie souvent saisissante.

Ce détachement est fréquemment aliénant pour le spectateur, mais il est aussi une invitation. Tenter de comprendre les actes mystérieux des personnages, c’est quelque part faire un travail introspectif sur ses propres désirs. Pourquoi leur comportement exerce-t-il un tel pouvoir de fascination ? Quelle part d’eux sommeille en nous ? Ce sont sur des routes dangereuses que Cronenberg nous entraîne, et l’expérience est aussi dérangeante que troublante.