Vincent Cassel pour "L'Empereur de Paris" : "C'est un peu un western dans le Paris post-révolutionnaire"

Vincent Cassel sera mercredi à l'affiche de "L'Empereur de Paris"
Vincent Cassel sera mercredi à l'affiche de "L'Empereur de Paris" - © Courtesy of Microfilms/Gaumont Distribution

Il fait partie des légendes du cinéma français. Dans "L'Empereur de Paris", Vincent Cassel incarne une autre légende de l'Histoire de France, celle de François Vidocq, le bagnard devenu chef de la sûreté sous l'Empire. Un nouveau long-métrage qui signe la quatrième collaboration entre l'acteur et le réalisateur Jean-François Richet. A l'occasion de la sortie du film le 19 décembre, Vincent Cassel s'est confié à Relaxnews sur sa passion pour ce personnage et ses relations avec les acteurs et le réalisateur.

"L'Empereur de Paris" marque votre quatrième film avec Jean-François Richet. Qu'est-ce qui vous attire dans son travail ?

C'est un metteur en scène solide avec des références de cinéma très classiques, Einsenstein, John Ford... le cinéma formateur je dirais, mais en même temps qui a beaucoup de souplesse. C'est le mec de "Ma 6-T va crack-er", de "Etat des lieux", avec une espèce de culture assez urbaine aussi. Il y a ce mélange des deux choses et il y a aussi un autre truc. On a quand même fait les deux films sur Mesrine. C'était un an de boulot ensemble et on ne s'est jamais engueulés. Et ça, ça n'a l'air de rien mais ça a quand même sa valeur. Je crois qu'on se complète assez bien. Je sais que je n'ai pas besoin de penser à ce qu'il fait et lui n'a pas trop besoin de penser à ce que je fais. Quand on est sur le plateau, ça va vite.

A la lecture du scénario, qu'est-ce qui vous a poussé à accepter ce rôle de Vidocq ?

Le fait que ce soit un personnage un petit peu à la frange de la société, qui questionne un peu la société du moment. Est-ce que c'est un méchant ? Est-ce que c'est un gentil ? Est-ce qu'il a raison de faire ce qu'il fait ? Est-ce que c'est une balance ? Est-ce que c'est juste un mec qui refuse qu'on l'enferme pour un truc qu'il ne mérite pas et qui essaye désespérément de retrouver sa liberté ? C'est un peu un western, quand on y pense. Un western dans le Paris de l'époque, post-révolutionnaire. Ce n'est pas "Le Bon, la Brute et le Truand" mais il y a un peu ces codes-là dans la narration. C'est le mec en quête de liberté qui se retrouve obligé de s'évader de prison, de se battre contre les méchants mais tout ça s'inscrit dans un contexte politique réel de l'époque, après la révolution. Ce mec a existé en plus, donc tout ce qu'on met en scène dans le film, finalement c'est les prémisses de la police telle qu'elle existe aujourd'hui.

Avant Vidocq, il n'y avait pas de police en civil à proprement dit. A l'époque, Paris n'était pas facile. Pas d'empreintes digitales, pas de photos, pas d'ADN évidemment. Comment arrêter et comment calmer Paris à l'époque ? Il fallait les connaître et pour cela, il fallait les connaître de l'intérieur. Vidocq ayant passé pratiquement 20 ans à rentrer et sortir de prison, il les connaissait tous et a mis son savoir au service de la justice. 

Gérard Depardieu a déjà incarné le rôle de Vidocq dans le film de Pitof en 2001. Comment vous êtes-vous préparé pour ce rôle en ajoutant votre propre patte ?

Je me dis que si c'est moi qui joue, de toute façon la patte y sera. J'ai lu, j'ai regardé... Il a quand même écrit ses mémoires de façon assez détaillée, et puis il y a tout ce qu'on a pu en dire aussi parce que c'était une figure très importante à son époque. Un bagnard qui devient chef de la sûreté, ce n'est pas commun. Il s'est évadé 27 ou 28 fois du bagne, à l'époque c'était le mec qui défrayait la chronique. C'était l'évadé perpétuel, le type qui repart et qui revient. Les gens suivaient les aventures de Vidocq à travers les rumeurs populaires. Il est devenu une espèce de symbole de liberté, à tel point que et Balzac et Victor Hugo s'en sont inspiré pour écrire l'un Vautrin, l'autre Jean Valjean dans "Les Misérables".

Quand il est né, on disait qu'il avait cinq ans, c'était une force de la nature. C'était un homme qui adorait les femmes. Peut-être trop d'ailleurs parce que la première fois qu'il est parti au bagne, c'est parce qu'il avait couché avec une femme qui n'était pas la sienne. C'était un homme du peuple, un mec qui se bagarrait énormément. Il adorait se battre pour la justice. On l'a envoyé à l'armée parce qu'on ne savait plus quoi en foutre, il n'arrêtait pas de faire des conneries. Et quand il est allé à l'armée, tout de suite il a commencé à devenir un soldat valeureux. C'était un mec qui ne pouvait pas tenir en place. Il était d'une énergie débordante et d'ailleurs jusqu'au point d'écrire aussi ses mémoires. Il avait beaucoup de qualité pour devenir cette espèce de figure populaire et on peut dire pratiquement aujourd'hui, légendaire.

Après Mesrine et maintenant Vidocq, quel autre personnage historique aimeriez-vous incarner et avec quel réalisateur ?

Honnêtement, je ne pense pas du tout comme ça. Je n'ai pas du tout de plan de carrière. Des metteurs en scène avec qui j'aimerais travailler, il y en a plein et des personnages il y en a énormément aussi mais moi ce qui m'intéresse finalement c'est qu'on me propose un truc auquel je n'ai pas pensé. Par exemple, je suis arrivé hier matin, j'étais en Chine. Pratiquement en une semaine, on m'a dit qu'il y avait un énorme film chinois avec un metteur en scène qui s'appelle Peter Chen, qui est de Hong-Kong, et il me propose de jouer là-bas. Je me retrouve en Chine à tourner, ça vous voyez ça me fait marrer, ça m'excite. Je me dis, c'est incroyable je pars tout seul en Chine tourner un film avec des Chinois. Ce métier m'intéresse et m'excite encore aujourd'hui, justement parce qu'on ne sait jamais ce qu'il va se passer.

Vous avez tourné sur une ancienne base aérienne dans l'Essonne où le Paris de 1810 a été reconstitué. Comme s'est déroulé le tournage avec les autres acteurs tels que Fabrice Luchini et Patrick Chesnais ?

Très bien. Il n'y a aucune raison pour que cela se passe mal sur un film, ni avec les acteurs, ni avec qui que ce soit. Quand quelque chose se passe mal sur un plateau, c'est qu'il y a quelque chose dans l'ADN du projet qui est un peu tordu. Là, je me sentais un peu comme sur le tournage de "L'ennemi public n°1", comme j'étais là tout le temps et les autres passaient, je me sentais un peu comme le taulier d'une auberge. Je tenais à ce que les gens qui viennent sur le plateau, pour passer un moment avec moi, se sentent à l'aise. Je me sentais responsable des autres acteurs et des autres actrices qui venaient.

Il y avait plein de gens avec qui j'étais ravi de travailler. James Thierrée, je connaissais ses spectacles, j'étais super excité de le rencontrer. [Fabrice] Luchini, je n'avais jamais travaillé avec lui mais je l'avais vu plein de fois au théâtre. Je me rappelle la première fois que j'ai vu Luchini sur scène, j'ai halluciné, je me suis dit, mais qui c'est ce mec ! Freya [Mavor], je ne la connaissais pas mais je suis complètement fan de ce qu'elle fait. Elle est Écossaise et elle parle français comme moi. Elle a une espèce de facilité pour jouer dans l'autre langue et puis elle est charmante, elle arrive à faire exister notre histoire d'amour d'une manière tellement douce et sans effort. Denis Ménochet, plaisir absolu. C'est vachement agréable de rencontrer des acteurs comme ça, avec qui on avait envie de travailler ou alors qu'on découvre tout simplement. Moi j'aime bien les acteurs, les actrices en fait. Je ne suis pas impressionné parce que ça fait tellement longtemps que je fais ça, je ne suis plus fan de personne puisque je sais comment ça se fabrique. Par contre, de voir comment les mecs se comportent sur un plateau, comment ils arrivent à obtenir quelque chose dans l'émotion, ça m'intéresse. Je m'intéresse à regarder les autres acteurs travailler.

"L'Empereur de Paris", c'est finalement l'histoire d'un homme qui se bat pour sa liberté. Est-ce que vous pensez que cette histoire a une résonance particulière en France en ce moment ?

C'est évident que cette partie de l'Histoire de France raconte beaucoup sur là où nous en sommes aujourd'hui. Il y a plein de parallèles que l'on pourrait observer. Maintenant, l'homme qui se bat pour sa liberté face à un système, ça marche à n'importe quelle époque et dans n'importe quel pays pratiquement. Oui, j'espère qu'il y a une résonance avec ce qu'il se passe en ce moment, ce qu'il s'est passé il y a 15 jours, ce qu'il s'est passé il y a un an et ce qu'il se passera, j'espère aussi, dans dix ans. Quand un film est réussi, ça parle à tout le monde, à chaque époque. Sinon, ça devient une espèce de pamphlet révolutionnaire du moment et ça, en général, ça prend assez vite un coup de vieux.