Richard Linklater, cinéaste du temps qui passe, ancré loin de Hollywood

Le Centre Pompidou consacre une rétrospective et une exposition à Richard Linklater jusqu'au 6 janvier.
Le Centre Pompidou consacre une rétrospective et une exposition à Richard Linklater jusqu'au 6 janvier. - © Martin BUREAU / AFP

Il est une voix inclassable du cinéma américain. Célèbre pour son film "Boyhood", tourné pendant 12 ans, le réalisateur Richard Linklater, à qui une rétrospective est consacrée à Paris, revendique un parcours atypique, mené depuis son Texas natal, "au plus près de ses racines". "Je pense que c’est à chacun de trouver le bon endroit où votre cerveau et votre âme fonctionnent le mieux. Pour moi, c’était Austin", explique le cinéaste de 59 ans, lors d’un entretien à Paris, à l’occasion de la rétrospective et l’exposition "Richard Linklater : le cinéma, matière-temps", que lui consacre le Centre Pompidou jusqu’au 6 janvier.

"Je n’ai jamais décidé de façon consciente d’être à l’écart de l’industrie. C’est juste que je me sentais mal à l’aise", a-t-il ajouté, assurant qu’il existe une forme de "pression" pour aller vivre à Hollywood. "Ce sont les choses que l’on rate, les gens avec qui on ne joue pas au golf, les fêtes et tous les événements auxquels on ne participe pas… Rien de tout ça ne me manque, mais vous en payez un peu le prix. Ça vous maintient à l’écart", poursuit le réalisateur indépendant, pour qui "la culture cinématographique vient en premier, l’industrie après". "J’ai trop de choses qui me retiennent chez moi", dit-il.

Un cinéaste du temps qui passe

Né à Houston, au Texas, Rinchard Linklater s’est installé à Austin, où il a créé en 1985 l’Austin Film Society (AFS) pour pouvoir montrer des films, devenue depuis une structure conséquente avec deux salles de cinéma, trois chaînes de télévision et des programmes éducatifs. C’est depuis Austin que le réalisateur imagine ses films, entre expérimentation et cinéma plus classique, souvent salués par la critique, de "Slacker" à "Boyhood" – récompensé par trois Golden Globe, un Oscar et l’Ours d’argent du meilleur réalisateur à Berlin –, en passant par la trilogie "Before Sunrise" / "Before Sunset" / "Before Midnight", avec son acteur fétiche Ethan Hawke, ainsi que Julie Delpy. Tournée entre 1995 et 2013, cette trilogie qui suit un couple sur une période de près de vingt ans, chaque film se déroulant sur une journée, pourrait connaître un quatrième volet, glisse le cinéaste.

Mais il faut trouver "la bonne idée, qui n’est pas encore vraiment apparue", ajoute-t-il, soulignant que le troisième volet, où les deux personnages sont quadragénaires, a été "beaucoup plus difficile" à faire, car "le milieu de vie, c’est moins sexy et amusant". Avec ces films ou avec "Boyhood" (2014) – prototype inédit pour lequel il a suivi les mêmes acteurs par intermittence sur une période de douze ans, racontant l’enfance puis l’adolescence d’un jeune garçon et de ses parents –, Richard Linklater s’est affirmé petit à petit comme un cinéaste du temps qui passe. "Ce n’est pas quelque chose que vous intellectualisez", estime-t-il. Mais "je dirais que j’utilise souvent le temps pour structurer le film, là où d’autres œuvres utilisent l’intrigue".

Un nouveau projet ambitieux

Le cinéaste, qui se réjouit d’avoir "eu la chance de pouvoir faire ce qu’il voulait" dans son travail, s’est lancé cet été dans un nouveau défi de taille : un film dont le tournage s’étendra sur une période de vingt ans, adaptation de la comédie musicale de Stephen Sondheim, "Merrily We Roll Along". "J’ai déjà fait la fin de mon film", qui remonte dans le temps, raconte-t-il. "On provoque clairement le destin, parce que c’est beaucoup d’années et que je commence ce film en étant plus âgé" que les précédents.

Parallèlement, ce réalisateur cinéphile dit regarder un tout autre spectacle : les auditions publiques dans l’enquête en destitution visant Donald Trump, "la meilleure émission de téléréalité en ville", lance-t-il. "C’est assez triste", poursuit le cinéaste, qui estime cependant que Donald Trump "est clairement la pire personne à avoir été à ce poste, mais pas le pire président" américain, car "au moins, il n’a pas déclenché de guerre". "La seule chose qui nous préserve des guerres, c’est son narcissisme", juge-t-il. "Je pense qu’il est instinctivement contre la guerre, parce que ça porterait l’attention ailleurs, sur la guerre et pas sur lui".

L’exposition "Richard Linklater : le cinéma, matière-temps" peut être visitée au Centre Pompidou à Paris jusqu’au 6 janvier.