Rencontre avec Agathe Rousselle, l’actrice de Titane, palme d’or du meilleur film cette année

À l’occasion de la sortie en salle cette semaine du film Titane, nous avons rencontré Agathe Rousselle, l’actrice principale du film à la palme d’or cette année. Elle se confie sur son parcours, ses rêves, son expérience à Cannes mais aussi sur ses impressions autour du film, son tournage et sa rencontre avec Vincent Lindon, avec qui elle partage l’affiche.

C’était votre premier rôle au cinéma ! Parlez-moi de votre parcours, comment êtes-vous arrivé dans ce film ?

J’ai voulu faire ce métier très jeune, j’ai toujours voulu faire ça, j’ai pris des cours, mais un moment je me suis rendu compte que je pouvais faire plein d’autres choses, alors j'ai préféré utiliser ma vingtaine pour les faire. Après cet écart, j’ai eu la chance énorme que cela revienne à moi, tout seul. J’ai été trouvé de manière sauvage par une directrice de casting, qui m’a ensuite fait passer les quatre auditions pour ce rôle.

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La réalisatrice française Julia Ducournau (C), l’acteur français Vincent Lindon (G) et l’actrice française Agathe Rousselle. © Xinhua News Agency. All Rights Reserved

Si c’était un rêve, Correspond-il à vos attentes aujourd'hui?

Oui… (rire) c’était mon rêve, le réaliser est quelque chose de particulier, mais le réaliser à ce point… Là j’attends encore qu’on me réveille… Ce n’est pas encore très clair, je suis hyper heureuse comme sur un nuage.

Premier film, premier rôle dans un film radical à Cannes, avec tout ce que cela représente comme cirque médiatique, comment est ce que vous gérez la pression ?

En fait, je ne me sens pas sous pression, ça va. Je suis très bien entouré, quand je suis arrivé ici, j’ai compris que ça allait aller très vite et très fort, je suis monté dans le train et maintenant j’ai plus envie d’en redescendre. Je trouve ça génial, je suis très contente !

Quel effet ça vous à fait de voir le film pour la première fois ?

J’ai très peu d’expérience, j’en ai parlé avec d’autres acteurs et quand on voit un film dans lequel on est et qu’on joue pour la première fois au cinéma, on ne voit pas vraiment le film. C’est-à-dire qu’on voit les scènes coupées, on voit sa tête, on ne s’aime pas trop, on se souvient du tournage… Mais on ne profite pas vraiment du film. Et là ce qui était génial, c’était avoir eu la chance de le voir une fois avant et de pouvoir le revoir à Cannes dans l’énorme salle du théâtre Lumière, avec un son immense et 2200 personnes. C’est à ce moment-là que j’ai vraiment vu le film et compris ce qu’on avait fait. Ça m’a rendue très fière.

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Scène du film avec Agathe Rousselle. © O Brother Distribution, Carole Bethuel

Est-ce que vous pouvez nous expliquer l’arc émotionnel que traverse votre personnage ?

Alors mon personnage au départ, c’est un personnage qui n’a pas d’émotion. C’est une psychopathe, au sens clinique du terme, c’est-à-dire quelqu’un qui ne ressent rien, qui ressent à peine la douleur, qui est capable de s’en infliger sans que cela lui pose problème. Mais en rencontrant Vincent joué par Vincent Lindon et en rentrant dans sa vie, elle va acquérir une forme d’humanité et commencer à ressentir des choses très fortes. L’amour va lui permettre de redevenir humaine.

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Affiche du film. © O’Brother Distribution – Carole Bethuel

Est-ce que le film de Julia Ducournau est le cinéma que vous aimez en tant que spectatrice ?

Pas du tout… Non. Le cinéma de genre, c’est quelque chose dont j’ai très peur, dans le sens où payer une place de cinéma pour avoir peur me dépasse encore un peu. En revanche j’aime les bons thrillers, je suis une grande fan de David Fincher, qui n’est pas un réalisateur de film de genre certes, mais qui n’hésite pas à montrer des choses difficiles à regarder. Sinon je ne regarde jamais films d’horreur.

Après, le fait d’avoir fait ce film attise ma curiosité pour ce genre. Dans une conférence de presse, notre producteur a dit à juste titre que bien qu’il s’agit d’un film de genre, c’est avant tout un film fait pour le cinéma. C’est une expérience et bien que je ne vais pas voir de film de genre au cinéma, je pense que j’aurais tout de même été voir ce film. Sa bande-annonce, Son affiche, tout donne envie, l’équipe a vraiment fait un travail génial pour ça. Je trouve que c’est à la fois un très grand film de cinéma, tout en étant très pop par son accessibilité ou sa musique. Il parle à tout le monde, Il ne se veut pas élitiste. Après si l’on veut chercher des couches de compréhensions, on peut y aller parce que Julia est un gros cerveau qui ne laisse rien au hasard.

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Quel est votre ressenti de tournage par rapport à Vincent Lindon ?

C’était un grand cadeau. C’est quelqu’un qui m’a traité d’égale à égal pendant tout le tournage alors que j’étais prête à être traitée comme une débutante, ce qui était le cas. Il a été extrêmement généreux, en le regardant jouer avec sa puissance, son instinctivité, sa part animale mais aussi sa précision et sa technique, on apprend énormément. C’était un rêve de tourner avec lui, une leçon de jeu, j’ai beaucoup appris.