Rachel Weisz, l'interview de la cousine Rachel

Rachel Weisz
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Rachel Weisz - © JUSTIN TALLIS - AFP

Rencontre avec l'actrice britannique, Rachel Weisz, qui incarne la cousine Rachel, dans le remake du film éponyme, tiré du roman de Daphné du Maurier.

Comment expliquez-vous que la magie du roman de Daphné du Maurier reste aussi attractive aujourd’hui ?

Rachel Weisz : Elle écrivait au milieu du 20e siècle à propos du 19e siècle, donc, elle avait une conception moderne de la femme vivant au 19e siècle. Donc, mon personnage n’est pas l’héroïne traditionnelle du 19e, elle croit en la liberté sexuelle, la liberté financière, elle ne veut pas être la possession d’un homme, et donc, elle est provocatrice, nerveuse, ambiguë, mystérieuse, et oui, elle est très moderne à cause de l’époque où Daphné a écrit son roman.

Ambiguïté, c’est la clef de cette histoire, comment joue-t-on le mystère de manière naturelle ?

Je ne sais pas comment jouer le mystère, c'est l’histoire qui est mystérieuse, mon personnage passe d’un moment à l’autre, et selon la construction de l’intrigue, les gens l’interprètent différemment, le public aussi, certains la voient coupable, et d’autres la voient innocente, ou ambivalente, ils n’arrivent pas à se décider, donc, il y a une sorte de non-définition de cette femme.

Je suis toujours étonné de voir comment le cinéma et la télévision britannique adorent revenir aux sources, et filmer de nouvelles versions de grands classiques, c’est une vraie tradition, ici, comment l’expliquez-vous ?

Je ne sais pas.. est-ce vraiment une tradition ?

Nous avons vu tellement de versions de Jane Eyre, ou d'autres classiques, ce qui n’est pas tellement le cas dans le cinéma français.

Vous ne faites pas de nouvelles versions de Madame Bovary ?

Pas tellement..

Ah, parce que j’en connais au moins deux ! Isabelle Adjani, et plus récemment, Mia Wasikowska.. Oh, je ne savais pas que c’était une habitude britannique, je suppose  que nous aimons nos grands romans classiques, "Jane Eyre" est vraiment un très bon livre, vraiment original, avec des personnages vraiment hors du commun, Jane est vraiment une création littéraire exceptionnelle, et je pense que ça vaut la peine de revenir à cette histoire. "My cousin Rachel" avait été tourné une fois, dans les années 50, et maintenant, nous vivons dans une période tout à fait différente, je n’ai pas vraiment regardé le film précédent parce que je ne voulais pas être influencée, mais cette version est beaucoup plus nerveuse, plus provocatrice, que l’originale.

Cette année, on vous a vu dans le drame très fort "Denial", et ici, dans un autre personnage féminin très intéressant, est-ce que c’est difficile de trouver des personnages féminins "forts" et intéressants dans le cinéma actuel ?

Je pense que c’est dû à mon sexe, je suis une femme donc je joue des rôles féminins, on ne m’offre pas des rôles masculins !

Non, mais des personnages intéressants, et forts ou complexes.. que vous ne trouvez pas dans les productions hollywoodiennes, par exemple.

Vous voulez dire qu’en Belgique, il y a des rôles ou des histoires plus intéressantes pour les personnages féminins ?

Et en Europe..

Je suis européenne, je viens d’Angleterre, donc.. c’est un débat auquel j’ai déjà participé et je n’ai rien à dire de nouveau sur le sujet, oui, il y a une disproportion entre les réalisateurs, masculins, les écrivains, et les histoires centrées sur les hommes, .. mais cela n’a pas toujours été le cas, avant le féminisme, dans les années 30, 40 ou 50, à Hollywood, pensez à Barbara Stanwyck, Betty Davis, Elizabeth Taylor, Katharine Hepburn, elles étaient dans des films complexes, qui parlaient des femmes. Donc, je ne sais pas, je ne sais pas pourquoi le féminisme a ruiné ça ! peut-être que les femmes sont devenues trop effrayantes dans la vraie vie, donc, il a fallu les retirer des films et des histoires..

 

L'interview intégrale en version originale