Présélectionné pour les Oscars 2020, le réalisateur César Diaz reste réaliste

"Ce qui est compliqué avec les Oscars, c'est qu'il faut parler de plein de choses : de comment faire venir les gens de l'Académie, d'organiser des dîners, mais pas du sujet du film. J'espère que cela viendra", a commenté jeudi le réalisateur César Diaz, dont le premier long-métrage "Nuestras Madres" a été choisi pour représenter la Belgique dans la course à la nomination comme meilleur film étranger. "C'est un monde à part qui s'ouvre tout d'un coup et qu'il faut comprendre", explique le réalisateur belgo-guatémaltèque, déjà lauréat de la Caméra d'Or à Cannes en mai dernier. "Mais il faut rester réaliste et garder les pieds sur terre par rapport aux chances qu'on a. Il y a 93 pays, des grands noms et de très bons films cette année".

César Diaz court actuellement les festivals et revient rarement les mains vides. "Cannes, le FIFF récemment, la Chine cette semaine... Je n'arrive toujours pas à y croire. On a de la chance que le film touche les gens et trouve un public." "Nuestras Madres" se penche sur la douloureuse histoire du pays d'origine du réalisateur, aux mains d'un régime dictatorial qui a fait des dizaines de milliers de morts entre 1960 et 1996 dans une indifférence quasi générale. César Diaz, qui a tourné sur place avec de nombreux acteurs non-professionnels et eux-mêmes victimes du conflit, espère que son œuvre permettra de parler du passé dans son pays, où elle sortira en salle en mars prochain.

"J'espère que le film sera vu et qu'il pourra poser un débat. Le problème, c'est qu'on ne parle pas de la manière de soigner et de vivre avec ces blessures (...). Pour le gouvernement, c'est comme si ce génocide n'avait pas existé. Il n'y a que la société civile qui mène un travail de mémoire, de réconciliation et de reconstruction. Les Mayas, qui ont été les principales victimes du conflit et sont encore aujourd'hui les plus démunis, ne sont toujours pas considérés comme des citoyens au Guatemala. C'est aussi pour cela que ce génocide est si peu connu".

Le film sortira en Belgique le 13 novembre. "Je suis impatient de voir la réaction du public et de le rencontrer", s'enthousiasme César Diaz, dont le prochain projet – lorsque son agenda se sera un peu allégé – est de tourner en français à Bruxelles.