L'interview de Sally Hawkins et Octavia Spencer pour The Shape of Water

Sally Hawkins
Sally Hawkins - © RTBF

"The Shape of water" est un film inclassable, dans lequel Guillermo Del Toro mélange audacieusement les genres. C’est à la fois un conte de fée - une variation sur le thème de la Belle et la Bête -, un hommage aux vieux films d’horreur – la créature ressemble à celle du classique "Lac noir" de Jack Arnold - , et une allégorie politique sur la peur de l’autre et le refus de l’étranger - Del Toro, cinéaste mexicain, travaille dans l’Amérique de Donald Trump - son message n’a rien d’innocent.

Ce mélange de genres pourrait se révéler disparate, il n’en est rien, parce que le cinéaste effectue une synthèse harmonieuse grâce à un extraordinaire brio formel : les décors rétro sophistiqués, la direction photo, la musique envoûtante d’Alexandre Desplat… Tout concours à faire de "La forme de l’eau" un enchantement et une véritable partie de plaisir pour les cinéphiles.

L'interview de Sally Hawkins et Octavia Spencer

Sally Hawkins, première question, est-ce que c'est plus difficile, est-ce que ça demande plus de travail de jouer un personnage muet que d'apprendre des dialogues ?

Sally Hawkins : c'est la même chose, c'est intéressant, parce que quand je pense à Elisa, il y avait tellement de dialogues intérieurs, je n'ai ressenti qu'elle était muette. Et au début, quand j'ai reçu le scénario et que j'ai appris qu'elle était muette, je n'avais plus de mots, rien à tester, mais ses dialogues sont tellement riches même si elle n'utilise pas la parole, elle a son propre langage, sa manière de communiquer, elle a tellement de manières de communiquer, avec ses mains, un langage corporel, qu'elle crée elle-même sa propre expression. Il y avait un énorme défi, apprendre le langage des signes de cette époque, c'était un amalgame de choses qu'elle avait plus ou moins appris par elle-même, dans des livres, ou qu'elle avait imaginé elle-même, ce que j'ai aimé parce que c'était son propre langage.

Octavia, l'intrigue se passe en Amérique, durant la guerre froide, pouvons-nous voir dans ce film, qui est bien entendu une histoire d'amour, une parabole de la peur de l'étranger ?

Octavia Spencer : absolument, c'est un des thèmes.. les personnes que nous incarnons dans le film sont des gens privés de leurs droits, des gens invisibles, des gens qui facilitent la vie des autres.. c'est une des belles choses que fait Guillermo, créer des personnages avec autant de richesse et d'épaisseur, et ils vous font réfléchir. Cela passera sans doute au-dessus de la tête de certaines personnes, parce qu'ils seront fascinés par l'histoire d'amour, et qu'ils ne verront pas ces parallèles, mais je pense qu'il sera difficile de ne pas voir ces allusions.

Sally Hawkins : j'aime bien la construction de la menace, et la peur de l'inconnu, c'est tellement bien fait, et c'est tellement d'actualité.

D'un point de vue esthétique, le film est superbe, mais j'imagine que sa manière de travailler est très précise, très scénarisée, quelle liberté aviez-vous sur le plateau ?

Sally Hawkins : il sait exactement ce qu'il veut, ce que j'apprécie.. il a cette vision incroyable, il la connaît, il la voit, il en a rêvé, et nous nous insérons juste dedans, et à l'intérieur de cette vision, il sait ce qu'il veut mais nous devons vivre dedans. Il l'a "vu", et nous devons nous imaginer exactement le ton, pour être sur la même longueur d'onde et lui apporter ce qu'il veut. Quand les paramètres sont établis, cela entraîne la créativité, on a les outils et avec eux, on sait ce qu'on peut faire. C'est vraiment un processus de collaboration qui permet de créer le monde intérieur de son personnage.

Octavia Spencer : je suis d'accord.

L'interview intégrale en vidéo, et en version originale