L'interview de Pierre Richard pour "Mme Mills"

Pierre Richard dans "Mme Mills, une voisine si parfaite"
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Pierre Richard dans "Mme Mills, une voisine si parfaite" - © Tous droits réservés

Dans "Mme Mills, une voisine trop parfaite", Sophie Marceau (également réalisatrice du film) joue le rôle d'Hélène, une éditrice de romans à l’eau de rose qui mène une vie rythmée par le travail.  Son quotidien va être bouleversé par l’installation d’une nouvelle voisine, Madame Mills, Cette vieille américaine excentrique va prendre rapidement une importance insoupçonnée dans la vie d’Hélène. Mais les apparences sont trompeuses. De fait : c'est Pierre Richard qui l'incarne.

Nous sommes à peine le vingt-deux février et on vous voit déjà à l’affiche de deux films. Que se passe-t-il ?

Oui, il y avait " Le petit Spirou " juste avant aussi. Et puis il va y avoir en septembre " Les vieux fourneaux " avec Eddy Mitchell et Roland Giraud. Je ne sais pas ce qu’il se passe.


Une coïncidence de sorties ou bien c’est vous qui mettez le paquet ?

Une coïncidence. Moi je ne cherche rien. Je dis oui, mais je ne cherche pas.


Vous êtes constamment appelé ?

Cette fois-ci oui. Cette année, je ne m’y attendais pas. L’an dernier au mois d’août, mon agent me dit que Sophie Marceau va m’envoyer un scénario. Je l’ai lu avec plus d’attention parce que c’était Sophie Marceau. Des fois je mets trois semaines avant de me mettre à lire, là j’ai mis trois jours.


Vous avez été immédiatement emballé par le scénario ou bien un peu inquiet quand même ?

Je n’étais pas inquiet, ça m’amusait beaucoup au contraire l’idée de jouer ce rôle : dans les trois quarts du film je joue une femme qui est en fait… un homme et un escroc. Je n’avais pas du tout prévu ce que ça impliquerait : deux heures de maquillage tous les matins, moi qui suis un impatient et que l’on ne maquille jamais beaucoup pour un film. Et puis ça fait trente ans que j’ai une barbe, et là dès le matin on me demande d’arriver rasé.


Vous retrouver imberbe alors que vous n’avez plus l’habitude…

Oui, ça fait drôle. Mais ça m’amusait beaucoup.

Comment on aborde le fait de se transformer en femme ?  On se dit quoi ? On travaille l’attitude, une gestuelle particulière…

Oui on travaille une gestuelle particulière, évidemment. Je me débrouillais très bien avec la gestuelle des bras, des mains, le haut du corps. Le plus difficile c’était la démarche. Ils ont essayé de me mettre des hauts talons mais impossible de marcher. Je me tordais les pieds, je ne sais pas comment les femmes font… beaucoup de femmes portent des hauts talons. Moi j’ai fait un pas et je me suis tordu la cheville. Ils se sont vite aperçus que ce ne serait pas possible donc je porte des escarpins. Après il y a un travail avec la voix : je la montais le plus haut possible, et je devais ajouter un accent américain en plus…

 

Une combinaison de beaucoup d’éléments.

Oui mais c’est drôle. Ça fait trente ans que je fais des films où on me dit : " surtout tu restes comme tu es ". Là, même quand j’apparais en homme dans le film, je porte des perruques qui me changent complètement le visage, puisqu’en tant qu’escroc je dois me changer le visage quand je change de client.

 

Finalement le déguisement c’est quelque chose de tout à fait insolite et nouveau pour vous.

C’est très agréable d’être quelqu’un d’autre.

 

Est-ce que ça a amélioré votre empathie, votre sympathie pour les femmes ?

J’en ai toujours eu. Les autres s’amusaient beaucoup quand j’arrivais sur le tournage car je n’étais pas une petite mémère qui avait toujours la même robe. J’avais des robes extravagantes, parfois multicolores, avec des tas de perruques différentes. C’est très amusant pour un acteur. Dire que ça a amélioré mon point de vue… je ne peux pas me plaindre d’avoir eu du harcèlement sexuel. Là, je me serais peut-être rendu compte de ce que c’était.

Finalement c’est dans la déconne pure que vous vous sentez le plus à l’aise.

Dans ?


Dans la déconnade pure.

Oui mais encore fallait-il, et c’était l’objectif de Sophie, que le spectateur y croit. Je ne devais pas être trop extravagante… Mon objectif, c’était que Sophie Marceau dans le film croit vraiment que je suis femme et surtout pas un travesti.

Dans " La ch’tite famille ", vous vous lâchez complètement aussi.

C’était différent. J’interprétais un garagiste. Dany (Boon) me faisait faire ce que je jouais il y a trente ou quarante ans : des gags visuels burlesques. A côté de ça il y a quand même une scène très émouvante avec lui, et puis cette chanson à la fin qui est démente.

 

Chanter du Johnny c’est quelque chose d’unique.

Surtout chanter du Johnny en ch’ti. " Que je t’aime… " est une chanson que tout le monde connaît, mais chantée en ch’ti c’est différent. On s’amusait.

 

Revenons à " Mme Mills ", un petit commentaire sur le travail de Sophie Marceau, à la fois partenaire de jeu mais aussi réalisatrice ?

Sophie, c’est quand même curieux. Sa carrière est presqu’aussi longue que la mienne vu qu’elle a commencé à quatorze ans. On ne s’était jamais croisés et ça aurait pu être difficile, après quelques conversations au restaurant, de se retrouver sur un plateau de tournage. Mais elle m’a demandé de jouer dans le film, et j’ai dit oui. Elle m’a demandé de répéter un mois avant avec elle et c’est comme ça qu’on a fait connaissance. Je me suis aperçu qu’elle savait vraiment ce qu’elle voulait, je ne la sentais pas flotter dans ses idées, elle était très précise, tant du côté de de la mise en scène que pour me diriger. Tous ses conseils étaient très avisés, et toujours donnés avec gentillesse. C’est une femme absolument adorable. Bien sûr on dit toujours ça des gens avec qui on joue, sauf si on a vraiment un ressentiment envers la personne, mais là ce n’était pas le cas, elle est vraiment adorable tant avec moi qu’avec son équipe. Il y avait une atmosphère de bonheur, de joie, et le plaisir de jouer ensemble. Et j’étais très rassuré par ce que je voyais qu’elle faisait.

Je vous vois toujours jouer avec une énergie, une mobilité extraordinaire. Quelle est votre potion magique ?

Ma potion à moi ? Le vin. Comme dirait Churchill, jamais de sport… Mais ce n’est pas vrai, j’en ai fait beaucoup. Alors non, si on cherche une potion magique, j’aurais envie de dire merci maman. C’est génétique. Je n’ai vraiment rien fait pour être en forme, et je le suis.

 

Est-ce que vous êtes quand même conscient que vous donnez beaucoup d’espoir à pas mal de gens parce que vous voir dans une telle forme moi je trouve ça plutôt encourageant.

C’est ce qu’on me dit tout le temps. Mais j’ai connu des gens qui avaient nonante ans et qui m’en ont foutu plein la vue aussi. Et je me suis dit : si seulement je pouvais arriver comme ça à leur âge… Donc il n’y a pas que moi ! Mais je fais partie du groupe de tête en tout cas.

 

Vos vœux sont exaucés.

Pour l’instant oui. Si je peux donner un conseil c’est " gardez une part d’enfance en vous ! "

 

Evidemment, où avais-je la tête, c’était ça.

Croyez en vos rêves. Tant que vous avez des rêves vous êtes bien. Le jour où vous n’en avez plus…

 

On voit toujours le gamin qui est là derrière. Je le vois dans vos yeux.

Oui. Moins déjà dans mes jambes, j’ai un genou qui m’emmerde. Mais dans mes yeux oui.

 

Dans les Ch’tis je vous ai vu et je me suis dit je serais incapable comme vous de gesticuler, bouger, sauter, dégringoler, tomber, me relever, franchement c’est remarquable.

J’arrive toujours bien à tomber mais je me relève moins bien qu’avant.

 

Dans ce cas, il y a les astuces du montage…

Non, il n’y a pas d’astuces de montage, mais je ne me relève pas aussi souplement que je ne tombe.