Keira Knightley n'a rien contre les concours de beauté, et pourtant..

Keira Knightley à la première de "Misbehaviour"
3 images
Keira Knightley à la première de "Misbehaviour" - © Gareth Cattermole - Gareth Cattermole/Getty Images

Rencontre avec l'actrice britannique Keira Knightley qui joue dans "Misbehaviour", le film de Philippa Lowthorpe, sur la compétition de Miss Monde 1970, une compétition qui verra non seulement un affrontement entre les conceptions différentes sur la condition féminine, mais également, l'apparition de la première Miss Monde noire.

pour lire la critique du film 

L'interview de Keira Knightley

La traduction

Ayrton Touwaide : Qu'est-ce qui vous a intéressé dans cette histoire qui s'est passée, il y a déjà 50 ans ?

Keira Knightley : Je pense que ce qui m’a intéressé tout de suite en lisant ce script, c’est d’abord que je ne connaissais absolument rien du tout de cette histoire, et ensuite, j’ai été très intéressée de voir cette conversation sur le féminisme et l’intersection entre racisme et privilèges. Et c’est vraiment ce dont on discute aujourd’hui. Donc, j’ai lu le script sur cette histoire qui est arrivée il y a 50 ans, et je me suis dit : Waow, c’est fascinant et ça semble complètement d’actualité, parce que nous n’avons toujours pas de solution.

Et ce que j’aime beaucoup dans ce film, c’est que vous pensez que vous allez voir l’histoire d’un certain point de vue, et en fait non, l’histoire raconte deux points de vue opposés, avec toute leur complexité. Il n’y aucun sermon, d’aucun côté, et je crois que c’est ça qui fait la force de cette histoire.

Vous interprétez à nouveau un personnage fort et engagé dans un film basé sur une histoire vraie, qu’est-ce qui vous attire dans ce genre de projet ?

Pour moi, c’est un grand privilège d’apprendre à connaître ces histoires, et être embarquée pour quelques mois dans un sujet que je trouve intéressant est une des choses que je préfère dans mon métier. Dans ce projet-ci, je joue le rôle d’une personne qui a vraiment existé, j’ai passé du temps avec Sally Alexander, j’ai parlé avec elle de cette période, ses opinions, ce qu’elle lisait à l’époque, comment elle vivait, et c’était très excitant !

Les concours de beauté de nos jours restent très controversés, mais comme on le voit dans le film, ils servent aussi à donner du pouvoir aux femmes, quelle est votre opinion sur ce sujet ?

Je ne suis pas sûre que c’est une manière de donner du pouvoir aux femmes, je pense que ça peut certainement leur donner des opportunités. Et c’est l’un des messages de ce film : il y a cet aspect de "marché au bétail", où les femmes sont considérées comme des objets. Elles sont mises en compétition en fonction de leur apparence, mais elles peuvent gagner l’opportunité de voir le monde, d’expérimenter des choses, et peut-être de trouver une carrière. Ce que j’aime aussi dans ce film, c’est cette conversation entre mon personnage, et le personnage de Gugu (Mbatha-Raw, Miss Grenade dans le film, ndr) à la fin, quand elle dit : les petites filles m’auront vue gagner, et donc, elles auront un autre regard sur elles-mêmes, parce que j’ai gagné. Et vous vous dites, oui, bien sûr, voir de la diversité dans les compétitions de beauté est tellement important ! que des filles de partout, de toutes les nationalités, de toutes les couleurs de peau, puissent se voir comme belles, je pense que c’est toujours important. Et pourtant..

Avez-vous ressenti un changement dans l’industrie cinématographique après le mouvement #MeToo, et cette nouvelle place du féminisme dans le monde ?

Je ne peux pas parler au nom de toute l’industrie cinématographique. Mais il est certain que dans les scripts qu’on m’envoie, et le nombre de réalisatrices à qui on donne une chance de travailler, oui, il y a un changement. Ce film a été écrit, réalisé et produit par des femmes. Il se trouve que le prochain film que je ferai a été écrit et sera réalisé par une femme, et celui pour lequel je suis encore en négociation sera réalisé par une femme. Ce n’est pas moi qui dis : je ne veux plus travailler qu’avec des femmes, il se fait que j’ai apprécié ces projets, mais ça ne m’était jamais arrivé auparavant dans ma carrière. Donc, oui, dans cette perspective, il y a eu un changement, et heureusement plus de femmes ont l’opportunité de réaliser des films.  Mais on dit ça et elles sont confrontées à une situation différente : si le premier film d’une femme n’est pas parfait, elle n’aura pas la chance d’en faire un second. Et ce n’est pas le cas pour les réalisateurs. Donc, l’égalité passe par la manière dont plus de voix de femmes sont entendues, mais nous devons donner les mêmes chances aux femmes de trouver leur style de réalisation, que celles qu’on donne aux hommes. Mais on va voir comment ça va évoluer ! le combat continue !

Et c’est là que le film est intéressant, c’est que 50 ans plus tard, on en discute toujours.. Dernière question, quel sentiment voulez-vous faire passer aux spectateurs après la vision du film ?

Ce qui est étonnant dans ce film, et que j’apprécie beaucoup, c’est que c’est un divertissement, et un film grand public. Il y a beaucoup d’humour dans cette histoire, c’est profondément drôle, avec les bombes de fleurs et pistolets à eau mais au cœur de cette soirée comique, il y a une conversation sérieuse. Donc, ce que j’espère, c’est que vous irez au cinéma, et que vous aurez une soirée très amusante, mais après, si vous allez manger, vous aurez également une très bonne conversation, et ça pour moi, c’est une bonne soirée !