Brad Pitt et David Ayer en interview pour "Fury"

Il y a eu d'innombrables films sur la Deuxième Guerre mondiale, et donc, en s'emparant de ce sujet, quel sentiment le réalisateur a-t-il voulu inspirer aux spectateurs ?
 

La critique d'Hugues Dayez

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L'affiche du film "Fury" © Tous droits réservés

Dans "Das Boot", Wolfgang Petersen montrait la Seconde Guerre mondiale vue d’un sous-marin. Dans "Saving Private Ryan", Steven Spielberg filmait le Débarquement à hauteur d’homme. Dans "Fury", David Ayer filme la fin de la guerre vécue à l’intérieur d’un tank Sherman.

Avril 1945. Sur le sol allemand, l’armée américaine se bat contre des soldats nazis qui, malgré l’imminence de la défaite, ont l’énergie du désespoir. Et surtout, ils disposent de dernières cartouches redoutables : leurs " panzers " sont bien plus résistants que les tanks " Sherman " qu’utilise l’U.S. Army… A bord d’un de ces tanks, le Sergent " Wardaddy " Collier (Brad Pitt) qui doit accepter dans son équipe le jeune Norman, un " bleu " qui ne connaît rien à la conduite d’un blindé…

Le scénariste et réalisateur David Ayer détient à son actif le script de " Training Day " et la mise en scène de " End of watch ", deux films d’action efficaces mais qui ne brillaient pas par leur originalité. C’est dire qu’on attendait peu de ce " Fury ", d’autant plus qu’ici encore, le scénario reste d’un sage classicisme, avec l’aîné revenu de tout qui va faire l’éducation d’un cadet à peine sorti de l’adolescence… Et pourtant, les bonnes surprises abondent dans ce qui pourrait n’être qu’un énième film de guerre.

D’abord, il y a le choix de la période décrite : alors que le Débarquement a souvent inspiré le cinéma, la période d’après, ce printemps 45 où les combattants des deux camps sont épuisés et pressés d’en finir, a été peu montré dans des films de fiction. Ayer a eu l’intelligence de s’intéresser à cette fin de guerre, et de concentrer l’action de son film sur une seule journée, d’une aube à une autre.

Ensuite, il y ce point de vue : la guerre vue d’un tank. C’est étroit, l’habitacle d’un tank, ça pue les déjections, la sueur et la peur. Ayer fait presque ressentir le sentiment de claustrophobie qui assaille le jeune Norman quand il doit rejoindre le sergent à bord du Sherman.

Et puis, il y a les affrontements entre les chars des deux camps. Là, Ayer signe carrément des scènes d’anthologie ; jamais on n’a vu avec un tel réalisme la difficulté des déplacements des tanks, les tirs, le danger. Ce que Spielberg avait réussi dans la scène du débarquement de " Ryan ", Ayer le réussit aussi dans " Fury " : emmener le spectateur au cœur du combat, montrer la dureté et la lourdeur des affrontements. C’est de ce réalisme que naît la véritable tension dramatique de son film. Grâce à cela, " Fury " est bien mieux qu’un simple film de guerre de plus…

La bande-annonce