Tout sauf sages, les enfants et les adolescents crèvent l'écran à Cannes

L'actrice belge Fantine lors du photocall de "Happy End", lundi 22 mai.
L'actrice belge Fantine lors du photocall de "Happy End", lundi 22 mai. - © LOIC VENANCE / AFP

N'hésitant pas à voler la vedette aux têtes d'affiche, les enfants et les adolescents sont très présents dans les films présentés à Cannes où ils sont au mieux intrépides, au pire inquiétants voire psychopathes. Tour d'horizon.

Le diable dans la peau

Blonde, chétive... et glaçante, Fantine Harduin incarne Eve, dans Happy end de Michael Haneke (en compétition), une enfant mal aimée, errant dans une maison bourgeoise trop grande pour elle et à qui personne ne prête attention. Des pensées sombres hantent pourtant cette adolescente au physique d'enfant qui se révélera magistrale face à son grand-père de cinéma, Jean-Louis Trintignant. 

Dans Mise à mort du cerf sacré, cauchemar aux faux airs de tragédie grecque de Yorgos Lanthimos (en compétition), c'est d'une voix monocorde et, semble-t-il, inoffensive que Martin, un adolescent (Barry Keoghan), va annoncer à Steven (Colin Farrell) qu'il doit choisir lequel de ses proches va mourir... sous peine de perdre toute sa famille. 

Habitée

Une fillette de huit ans, Lise Leplat Prudhomme, sans expérience d'acteur, porte sur ses épaules une bonne partie de Jeannette, l'enfance de Jeanne d'Arc de Bruno Dumont (Quinzaine des réalisateurs), une comédie musicale sur un texte poétique et ardu de Charles Péguy.

Sur des chorégraphies de Philippe Découfflé, dans les dunes du nord de la France, cette enfant aux cheveux châtain et aux yeux bruns que le réalisateur décrit comme "sauvage et primesautière" incarne une figure du roman national français, habitée par la foi et le mysticisme.

"En filmant une petite fille, elle me donne son enfance. Moi, l'enfance de Jeanne d'arc, je la connais pas. Mais Lise porte l'enfance (...). Elle donnait cette part de Jeanne d'Arc que je peux pas avoir", a expliqué le réalisateur à l'AFP.

Au-delà du handicap

Frappé par la foudre, Ben (Oakes Fegley) se retrouve sourd du jour au lendemain dans Wonderstruck de Todd Haynes (en compétition). Ce qui ne l'empêche pas de s'enfuir à New York, à la recherche du père qu'il n'a jamais connu. 

Cinquante ans plus tôt, Rose, interprétée par Millicent Simmonds, elle-même sourde, a vécu une aventure similaire. "Le casting des enfants a été la base du travail sur le film", a souligné le réalisateur de ce conte sur la solitude de l'enfance, en compétition, avec Julianne Moore dans la distribution.

Dans Ava de Léa Mysius (Semaine de la critique), la cécité nourrit un récit initiatique sur l'adolescence et l'éveil du corps. Ava, 13 ans, interprétée par Noée Abita, apprend qu'elle va rapidement perdre la vue. Un choc qu'elle va tenter d'accepter, au cours d'un été au bord de l'océan.

Force de la nature

Par amitié pour un cochon génétiquement modifié, avec lequel elle a grandi, la jeune Mija (Seo-Hyun Ahn) va abandonner ses montagnes coréennes et se rendre à New York, pour arracher la bête des mains d'une multinationale dans Okja (en compétition). 

La fable écologiste du Sud-Coréen Bong Joon-ho évoque l'univers du cinéaste japonais Miyazaki (Le voyage de Chihiro), qui met lui aussi des enfants intrépides à l'honneur. 

Dans Sicilian Ghost Story (Semaine de la Critique) du duo Fabio Grassadonia & Antonio Piazza, c'est un baiser dans la forêt avec Giuseppe qui scelle le destin de Luna, 13 ans. Juste après, le garçon disparaît. On apprendra plus tard qu'il a été enlevé par la mafia. 

L'adolescente fougueuse (interprétée par Julia Jedlikowska) n'aura de cesse de le rechercher, frôlant la folie et entrant même en contact avec lui dans un lac à la dimension onirique.