Matteo Garrone et Kore-Eda Hirokazu, deux habitués de la compétition

Salma Hayek mangeant un coeur de dragron dans le film "Tale of Tales" de Matteo Garrone
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Salma Hayek mangeant un coeur de dragron dans le film "Tale of Tales" de Matteo Garrone - © Tous droits réservés

Jeudi 14 mai. Alors que "Mad Max, fury road", projeté hors compétition, va assurer le spectacle aujourd’hui sur la Croisette, la course à la Palme d’Or commence avec les deux premiers films de la compétition : "Le conte des contes" de l’Italien Matteo Garrone et "Notre petite sœur" du Japonais Kore-Eda. La critique d'Hugues Dayez envoyé spécial à Cannes.

Le conte des contes

 

Matteo Garrone s’est fait un nom à Cannes en 2008 avec " Gomorra ", film-choc sur la Mafia napolitaine, suivi en 2012 par " Reality ", portrait-charge nettement moins abouti sur la télé-réalité. Les deux films ont été couronnés par un Grand Prix du Jury. Il change complètement de genre avec " Tale of tales " (le film est tourné en anglais), librement adapté des contes populaires de Giambattista Basile, écrivain du XVIIème Siècle, devenu figure illustre du patrimoine littéraire italien.

Garrone, aidé par trois scénaristes, s’inspire de trois contes différents. Mais au lieu de réaliser un film à sketches, il a choisi d’entremêler les trois intrigues, qui se déroulent dans trois royaumes différents. Dans le premier, une reine stérile (Salma Hayek) s’aide d’un sortilège pour être enceinte ; elle dévore le cœur fumant d’un monstre sous-marin capturé par son mari. Dans le deuxième, un roi volage (Vincent Cassel) multiplie les conquêtes, jusqu’à se laisser abuser par une vieille femme. Et dans le troisième, un roi égoïste (Toby Jones) se laisse subjuguer par l’élevage d’une puce, qui enfle dangereusement…

Le film se veut un éblouissement esthétique. Au début, on est subjugué par la splendeur de la photographie (signée Peter Suschitzky, le collaborateur habituel de David Cronenberg) et la partition musicale élégante du surdoué Alexandre Desplat. Et, puis, inexorablement, une lassitude s’installe. Parce que Garrone est un créateur d’images plus appliqué qu’inspiré, parce que sa poésie fantastique suinte l’effort et la fabrication. Qui plus est, en choisissant de "zapper " d’un conte à l’autre, il échoue à composer une intrigue cohérente dotée d’une vraie tension dramatique ; son film semble papillonner dans des directions éparses qui se rejoignent artificiellement sur le fil. Enfin, l’emploi de la langue anglaise et d’un casting international, invité dans des décors viscéralement italiens, accentuent l’artificialité – et, en définitive – la vanité de cette ambitieuse entreprise.

Notre petite sœur

 

Kore-Eda est un cinéaste choyé à Cannes : ses films précédents, dont " Nobody knows " en 2004 et " Tel père, tel fils " en 2013, ont eu les faveurs du jury. Explorer la subtilité des liens familiaux est une des préoccupations majeures du réalisateur japonais. Dans son nouveau film, il montre trois sœurs qui, adultes, continuent à vivre ensemble dans leur vieille maison de Kamakura. Quinze ans auparavant, elles ont été abandonnées par leur père. Apprenant la mort de ce dernier, elles se rendent de mauvaise grâce à son enterrement, où elles font la connaissance de leur demi-sœur, Suzu, une timide adolescente que leur père a eu avec une autre femme… Voyant le désarroi de Suzu, les trois jeunes femmes lui proposent de venir vivre avec elles.

Kore-Eda Hirokazu filme le rapprochement de ces quatre personnages par petites touches, en enchaînant des séquences tantôt anodines, tantôt plus graves… C’est délicat et charmant, mais cela reste souvent trop anecdotique pour monter en puissance : "Notre petite sœur " n’a pas la force émotionnelle de ses films précédents. Autrement dit, Kore-Eda déçoit un peu.