"Marguerite et Julien", du grand n'importe quoi made in France

Valérie Donzelli, et ses acteurs Anaïs Demoustier et Jérémie Elkaïm
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Valérie Donzelli, et ses acteurs Anaïs Demoustier et Jérémie Elkaïm - © AFP PHOTO / BERTRAND LANGLOIS

Cannes, mardi 19 mai. Le délégué général du Festival de Cannes Thierry Frémaux a pris le risque de sélectionner cinq films français dans les 19 de la compétition. Risque insensé : après le pénible "Mon Roi" de Maïwenn, voici l’épouvantable "Marguerite et Julien" de Valérie Donzelli.

Valérie Donzelli avait remporté un joli succès avec le très surcoté " La guerre est finie " en 2010, puis avait complètement raté son film suivant, une comédie avec Valérie Lemercier, " Main dans la main ", en 2011. Mais ce n’est pas grave : dans le monde du cinéma français, même quand on rate son coup, on trouve des sous pour continuer sa carrière, si on " a la carte ", c’est-à-dire si on a suffisamment d’amis bien placés dans la profession.

Or donc voici Donzelli qui s’empare d’un scénario que Jean Gruault avait écrit en 1973 pour François Truffaut : l’histoire véridique de Julien et Marguerite de Ravalet, un frère et une sœur qui s’aimèrent jusqu’à l’inceste, et qui payèrent cette union de leur vie au Moyen-âge. La réalisatrice n’a pas gardé grand’ chose du scénario initial, ne voulant pas verser dans la reconstitution historique. Elle a préféré glisser vers le conte symbolique, et a voulu mélanger les époques pour réaliser une histoire d’amour intemporelle.

L’intention est peut-être louable, mais il faut une imagination visuelle digne d’un Fellini ou d’un Peter Greenaway pour relever un défi de cette ampleur. Or que voit-on à l’écran ? Un spectacle de patronage, comme si l’accessoiriste du film avait rassemblé un bric-à-brac insensé, où des vieilles calèches côtoient des berlines, des radios-transistors des robes de princesses dans des décors médiévaux…

Résultat : ce n’est jamais poétique, c’est toujours grotesque. L’interprétation n’arrange rien : Jérémie Elkaïm, habituel complice de Donzelli, promène son regard de chien battu pendant tout le film, tandis qu’Anaïs Demoustier rejoue l’amoureuse transie qu’elle a déjà composée dans d’autres films, et peine à se renouveler. Il est vrai que le duo n’est pas servi par les dialogues, tellement " neuneus " qu’ils en deviennent vite horripilants.

Comment un tel " machin " arrive-t-il en compétition ? C’est un mystère. Mais c’est surtout un non-sens.

Sicario

 

" Sicario ", au Mexique, signifie " Tueur à gages ". Le film suit Alejandro, un mercenaire (Benicio Del Toro) engagé par un chef de la CIA (Josh Brolin) pour traquer et éliminer au Mexique un baron de la drogue. Mais les méthodes violentes et illégales d’Alejandro heurtent les convictions de Kate, une jeune recrue du FBI (Emily Blunt) engagée pour servir de couverture officielle à ses agissements…

" Sicario " est signé Denis Villeneuve, cinéaste québecois à qui l’on doit deux films très forts, " Incendies " avec Lubna Azabal et " Prisoners " avec Hugh Jackman. Thriller réaliste, au casting solide et à la photo signée par le grand Roger Deakins (" Skyfall " et la plupart des films des frères Coen), " Sicario " se suit avec plaisir, mais jamais avec passion. Sans démériter, Villeneuve filme un scénario bien construit par Taylor Sheridan, m ais auquel il manque ce petit supplément d’âme pour faire la différence. Bref, " Sicario " est un bon film, mais ce n’est pas un grand film.

 

Hugues Dayez