Les critiques d’Hugues Dayez à Cannes : « Titane » Palme d’Or, le désolant triomphe du cinéma creux et tape-à-l’œil

Ce samedi soir, à la surprise générale, la réalisatrice française Julia Ducournau est devenue la deuxième femme à remporter la Palme d’Or du festival de Cannes, 28 ans après la néo-zélandaise Jane Campion et sa " Leçon de piano ". Avec son film " Titane ", Ducournau va faire couler beaucoup d’encre.

" Titane ", c’est quoi ? C’est l’histoire abracadabrante d’une tueuse en série qui, pour échapper à la police, se déguise en garçon et trouve refuge chez un sapeur-pompier, Vincent Lindon, qui veut croire qu’il s’agit de son fils disparu depuis des années… Jusque-là, le scénario est plutôt intéressant. Mais la réalisatrice Julia Ducournau, qui adore le cinéma de genre, a voulu ajouter une touche fantastique : son héroïne fait l’amour avec une voiture, tombe enceinte, et au lieu de perdre les eaux, a des fuites d’huile.

A lire aussi : Les critiques d’Hugues Dayez à Cannes :"Titane", deuxième long-métrage de Julia Ducournau

 

 

C’est bien simple : au BIFFF, le Festival du Film fantastique de Bruxelles, " Titane " déclencherait l’hilarité générale, et ce scénario, que même Stephen King – qui a quand même signé " Christine ", la voiture tueuse – ne commettrait pas même dans ses rêves les plus fous, permet à Julia Ducournau de décrocher le trophée le plus convoité du 7e art : la Palme d’Or. Il y a trois ans, on avait espéré qu’une autre femme, la Libanaise Nadine Labaki, décroche cette Palme avec son beau drame " Capharnaüm " ; hélas, il n’en fut rien.

 

De l’avis de nombreux critiques, il y avait un grand film qui se détachait du lot dans la compétition 2021 : c’était " Un héros " d’Asghar Farhadi. Le cinéaste iranien a déjà plusieurs fois concouru à Cannes, et déjà gagné des prix. Mais cette année, le jury présidé par Spike Lee avait l’occasion en or de couronner une œuvre majeure du cinéma contemporain en décernant à Farhadi la Palme d’Or. Il ne l’a pas fait, lui donnant le grand prix du jury, ex aequo avec un film finlandais attachant mais anecdotique : " Compartiment n°6 ".

C’est bien simple : la victoire de " Titane " face à " Un héros " de Farhadi, c’est comme si Luc Besson avait triomphé devant Ingmar Bergman, comme si le cinéma tape-à-l’œil avait battu le cinéma d’auteur, beau et profond. Et ça, c’est solidement déprimant.

A lire aussi : Le Festival de Cannes dévoile le palmarès de sa 74e édition