Le Festival de Cannes 2021 ou le triomphe du "modèle français"

Après une édition 2020 annulée à cause de la pandémie, le Festival de Cannes s’apprête à démarrer ce soir sa 74e édition, deux mois plus tard que d’habitude car les organisateurs ont attendu le déconfinement… Cela étant, à quoi peut-on s’attendre pour cette édition 2021 ?

Une prédominance des productions françaises

C’est une édition qui va s’ouvrir ce soir avec un film français, une comédie ou plutôt une tragédie musicale intitulée "Annette" signée Léos Carax avec un duo vedette, Marion Cotillard et Adam Driver, et qui se clôturera le 17 juillet avec un autre film français, l’avant-première du nouveau "OSS 117" réalisé par Nicolas Bedos et avec, bien sûr Jean Dujardin.

Entre l’ouverture et la clôture, il n’y aura pas moins de sept films français parmi les 24 titres de la compétition officielle, sans compter des films coproduits par la France comme "Benedetta" du Hollandais Paul Verhoeven, avec Virginie Efira, ou encore "Haut et fort", le nouveau film du Marocain Nabil Ayouch

Cette prédominance française n’est évidemment pas un hasard : c’est une volonté politique du Festival d’affirmer la suprématie de Cannes et du cinéma français en Europe à un moment où les Américains se livrent une concurrence sans merci sur les plateformes de streaming.

Le délégué général Thierry Frémaux a d’ailleurs parlé de "modèle français", affirmant que les tournages des films en France ont continué pendant le confinement, que les spectateurs ont répondu "présent !" dès la réouverture des salles. Donc, si le festival a voulu contre vents et marées se tenir cet été, c’est évidemment pour servir de tremplin promotionnel pour toutes ces productions françaises qui vont sortir dans les prochaines semaines.

Un festival sous haute surveillance

Reste que la pandémie du Covid19 n’est pas terminée. Le festival va donc multiplier les contrôles et les garde-fous. Par exemple, pour les journalistes qui n’ont pas eu de chance avec le calendrier et qui ont eu leur 2e dose de vaccin, il y a moins de quinze jours, il leur faudra passer un test PCR toutes les 48 heures dans un centre établi sur la Croisette. Il faut aussi réserver en ligne à l’avance les tickets pour toutes les séances de presse, histoire d’éviter les files et les cohues…

Cela dit, il y a fort à parier que les journalistes seront moins nombreux, et certains pays aux abonnés absents.

La présence américaine est réduite : il y aura le président du jury Spike Lee, un hommage rendu à Jodie Foster, la venue ce week-end de Matt Damon et de Sean Penn. Mais en règle générale, Hollywood reste prudent et attend plutôt les festivals de Toronto et de Venise en septembre.

Une présence belge massive

Pas moins de cinq longs-métrages belges se retrouvent dans différentes sections du Festival.

Il y a d’abord Joachim Lafosse, qui a déjà souvent présenté des films à Cannes – "A perdre la raison" avait valu un prix à Emilie Dequenne dans la section parallèle "Un certain regard" – et qui, pour la première fois, rejoint la compétition de la sélection officielle, avec un drame intitulé "Les intranquilles" et qui dépeint le quotidien d’un couple où le mari est bipolaire.

Autre film à pointer : un premier film d’une jeune cinéaste, Laura Wandel, "Un monde" qui explore le monde de l’enfance à l’école, et qui est présenté à la section "Un certain regard". Citons encore "Rien à foutre" de Julie Lecoustre et Emmanuel Marre, ou le quotidien d’une hôtesse de l’air d’une compagnie low cost présenté à la "Semaine de la Critique", et "Mon légionnaire" de Rachel Lang, qui fera la clôture de la "Quinzaine des Réalisateurs". Autrement dit, le cinéma belge pourrait bien créer la surprise cette année sur la Croisette.