Woody Allen, l'interview intégrale en français dans le texte

Voici la traduction de l'interview intégrale que Woody Allen a accordé à Hugues Dayez à l'occasion de la sortie du film "You will meet a Tall Dark Stranger".



Hugues Dayez : Quel était le point de départ de ce nouveau film ? Les diseurs de bonne aventure ?  

Woody Allen : Oui, c’était le point de départ. J’ai pensé intéressant d’en faire un film, parce que je connais tant de gens aux USA qui placent leur confiance dans des diseurs de bonne aventure, des voyants, des astrologues, des rebouteux de médecine alternative… Donc j’ai pensé  que ce serait intéressant de m’inspirer de toutes ces croyances.  

J’ai l’impression qu’un de vos plaisirs dans vos derniers films, c’est de travailler chaque fois avec des acteurs différents, et d’essayer de nouvelles collaborations… Ai-je vu juste ?

Woody Allen : Oui, parce que c’est toujours intéressant si vous trouvez quelqu’un de nouveau. Dans ce film-ci, j’ai trouvé Lucy Punch, et c’était vraiment intéressant de la découvrir ! C’est une fille si talentueuse ! Tout le monde connaissait le talent de Josh Brolin, d’Anthony Hopkins, de Naomi Watts ou de Gemma Jones : tous ces acteurs font un travail formidable depuis des années… Mais Lucy est jeune, et j’ai été capable de m’asseoir dans une pièce avec ma directrice de casting et de dire : « Mon Dieu ! Il y a cette fille : elle est si merveilleuse, engageons-la ! » Vous savez, vous ne connaissez pas son nom maintenant, mais après le film, vous le connaîtrez !  

J’ai le sentiment que quand vous ne jouez pas dans vos films, le ton est plus réaliste, moins burlesque…  

Woody Allen : Oui, bien sûr, parce que je suis un personnage de cartoon, je fais des blagues, je suis comme Bob Hope, Charlie Chaplin ou Jerry Lewis : je suis une caricature ! Et si je jouais dans ce film, ce serait étrange, vous attendriez que je sois drôle à chaque minute, et si je ne l’étais pas, vous seriez décu ! Donc, à moins d’avoir une idée de comédie comme dans « Hollywood ending », où je pouvais jouer un réalisateur aveugle, ça je pouvais le faire… Par contre, jouer dans une comédie plus adulte, je ne crois pas que vous voulez me voir dans ce registre ! 

Après quarante films, comment trouvez-vous de nouvelles idées ? Quelle est votre méthode ? 

Woody Allen : Oh, vous savez, les idées me viennent au fil des jours, je les note et je les fourre dans mes tiroirs… Une idée peut surgir en marchant dans la rue, en lisant un article dans le journal… Et quand je me mets à écrire, je ressors tous ces bouts de papier avec des idées. Et beaucoup d’entre elles ne valent rien : elles semblent bonnes juste au moment-même ! Mais certaines d’entre elles ne sont pas mauvaises, elles me font réfléchir et deviennent des scénarios ! 

Vous êtes un réalisateur à succès, beaucoup de cinéphiles adorent votre travail, mais votre humour reste désespéré… 

Woody Allen : Oui, parce que je crois que, dans sa nature profonde, l’humour est un cri désespéré : vous pratiquez l’humour quand vous êtes un looser, vous n’arrivez pas à séduire les filles, vous avez peur que les autres vous fassent du mal, vous avez peur de la vie, vous êtes angoissé, vous avez peur de perdre votre boulot… Ca, ce sont les ingrédients de la comédie, et c’est vrai pour quiconque réalise des comédies ! 

Selon vous, votre meilleur film, c’est toujours le prochain ? 

Woody Allen : Oui ! Je suis toujours déçu quand je termine un film, je pense : « Ah, je l’ai gâché ! » Mais je vais me rattraper avec le prochain, le prochain sera super ! Et puis je le gâche aussi ! C’est ma vie !

Beaucoup d’acteurs m’ont raconté que vous tournez peu de prises, et que vous donnez peu d’indications de jeu… Pourquoi ? Parce que le plus important, c’est de choisir les bons acteurs ? 

Woody Allen : Oui,  vous savez, si j’engage Naomi Watts, Josh Brolin ou Anthony Hopkins, ils lisent mon scénario, ils disent « oh oui, j’aime ça » : ils comprennent ce qu’ils doivent faire ! Ils me disent : « Ok, je vois comment faire ! » Et ils arrivent sur le plateau et jouent. Et ce sont des très bons acteurs ! Parfois, je dois leur dire une petite remarque comme : « déplace-toi par ici, ne parle pas si vite » mais généralement, non ! C’est leur métier ! Ce sont des professionnels ! C’est comme si j’engageais un électricien pour réparer une panne : ces acteurs arrivent, jouent, et ils sont bons ! Je n’ai rien à leur dire ! Et après les gens disent : « Oh, quel directeur d’acteurs ! » Non : je suis un bon employeur. J’engage des acteurs très talentueux, et ensuite, je ne les ennuie pas, je leur fous la paix : je ne les abreuve pas d’indications psychologiques et intellectuelles : non, je les laisse tranquilles ! Et ça marche très bien comme ça ! 

Dernière chose : pour votre nouveau tournage, vous avez engagé Carla Bruni, pourquoi ? 

Woody Allen : Oh, parce qu’elle me semblait convenir tout à fait pour le rôle : j’avais besoin d’une besoin d’une femme intelligente et séduisante qui travaille dans un musée. Quelqu’un a     cité son nom, j’ai dit « oui » : elle a une bonne réputation, elle est charmante, et je la trouve crédible comme conservatrice de musée. C’est une femme intelligente et agréable, j’ai pensé qu’elle serait très bien pour ce rôle !

Hugues Dayez



Hugues Dayez : Quel était le point de départ de ce nouveau film ? Les diseurs de bonne aventure ?  

Woody Allen : Oui, c’était le point de départ. J’ai pensé intéressant d’en faire un film, parce que je connais tant de gens aux USA qui placent leur confiance dans des diseurs de bonne aventure, des voyants, des astrologues, des rebouteux de médecine alternative… Donc j’ai pensé  que ce serait intéressant de m’inspirer de toutes ces croyances.  

J’ai l’impression qu’un de vos plaisirs dans vos derniers films, c’est de travailler chaque fois avec des acteurs différents, et d’essayer de nouvelles collaborations… Ai-je vu juste ?

Woody Allen : Oui, parce que c’est toujours intéressant si vous trouvez quelqu’un de nouveau. Dans ce film-ci, j’ai trouvé Lucy Punch, et c’était vraiment intéressant de la découvrir ! C’est une fille si talentueuse ! Tout le monde connaissait le talent de Josh Brolin, d’Anthony Hopkins, de Naomi Watts ou de Gemma Jones : tous ces acteurs font un travail formidable depuis des années… Mais Lucy est jeune, et j’ai été capable de m’asseoir dans une pièce avec ma directrice de casting et de dire : « Mon Dieu ! Il y a cette fille : elle est si merveilleuse, engageons-la ! » Vous savez, vous ne connaissez pas son nom maintenant, mais après le film, vous le connaîtrez !  

J’ai le sentiment que quand vous ne jouez pas dans vos films, le ton est plus réaliste, moins burlesque…  

Woody Allen : Oui, bien sûr, parce que je suis un personnage de cartoon, je fais des blagues, je suis comme Bob Hope, Charlie Chaplin ou Jerry Lewis : je suis une caricature ! Et si je jouais dans ce film, ce serait étrange, vous attendriez que je sois drôle à chaque minute, et si je ne l’étais pas, vous seriez décu ! Donc, à moins d’avoir une idée de comédie comme dans « Hollywood ending », où je pouvais jouer un réalisateur aveugle, ça je pouvais le faire… Par contre, jouer dans une comédie plus adulte, je ne crois pas que vous voulez me voir dans ce registre ! 

Après quarante films, comment trouvez-vous de nouvelles idées ? Quelle est votre méthode ? 

Woody Allen : Oh, vous savez, les idées me viennent au fil des jours, je les note et je les fourre dans mes tiroirs… Une idée peut surgir en marchant dans la rue, en lisant un article dans le journal… Et quand je me mets à écrire, je ressors tous ces bouts de papier avec des idées. Et beaucoup d’entre elles ne valent rien : elles semblent bonnes juste au moment-même ! Mais certaines d’entre elles ne sont pas mauvaises, elles me font réfléchir et deviennent des scénarios ! 

Vous êtes un réalisateur à succès, beaucoup de cinéphiles adorent votre travail, mais votre humour reste désespéré… 

Woody Allen : Oui, parce que je crois que, dans sa nature profonde, l’humour est un cri désespéré : vous pratiquez l’humour quand vous êtes un looser, vous n’arrivez pas à séduire les filles, vous avez peur que les autres vous fassent du mal, vous avez peur de la vie, vous êtes angoissé, vous avez peur de perdre votre boulot… Ca, ce sont les ingrédients de la comédie, et c’est vrai pour quiconque réalise des comédies ! 

Selon vous, votre meilleur film, c’est toujours le prochain ? 

Woody Allen : Oui ! Je suis toujours déçu quand je termine un film, je pense : « Ah, je l’ai gâché ! » Mais je vais me rattraper avec le prochain, le prochain sera super ! Et puis je le gâche aussi ! C’est ma vie !

Beaucoup d’acteurs m’ont raconté que vous tournez peu de prises, et que vous donnez peu d’indications de jeu… Pourquoi ? Parce que le plus important, c’est de choisir les bons acteurs ? 

Woody Allen : Oui,  vous savez, si j’engage Naomi Watts, Josh Brolin ou Anthony Hopkins, ils lisent mon scénario, ils disent « oh oui, j’aime ça » : ils comprennent ce qu’ils doivent faire ! Ils me di