"Woman" : la condition des femmes dans le monde en moins de deux heures

"Woman" : la condition des femmes dans le monde, en moins de deux heures
"Woman" : la condition des femmes dans le monde, en moins de deux heures - © Hope Productions

Pour leur nouveau film documentaire, Anastasia Mikova et Yann Arthus-Bertrand sont allés dans 53 pays et ont interrogé plus de 2000 femmes pendant plusieurs heures. Leur objectif ? Représenter ce que cela signifie d'être une femme aujourd'hui.

Vaste projet que celui de “Woman”. Envisagé comme “un message d'amour et d'espoir envoyé à toutes les femmes du monde”, le documentaire, qui sort en Belgique le 11 mars, vise l'universalité sur un très large sujet. Mais comme on le sait, l'ambition n'est pas ce qui manque à Yann Arthus-Bertrand et Anastasia Mikova. Le duo avait déjà collaboré sur “Human” en 2015, un film qui n'abordait rien de moins que l'entièreté de l'espèce humaine. Avec “Woman” ils conversent leur approche, nous proposant un montage époustouflant de témoignages et de belles images issus des 4 coins de planète. Leur réalisation, qui donne la parole à des femmes d'origines, langues, religions, convictions et parcours différents, s'impose dès ses premières minutes comme une œuvre d'une diversité remarquable.

Un film soutenu par des ONG et par Total

Évidemment, un tel projet n'a pu être accompli qu'avec des moyens financiers conséquents. Au générique, on relèvera les noms de plusieurs ONG qui ont soutenu le film pendant sa production, mais aussi quelques “mécènes” comme BNP Paribas, Total ou encore Engie qui ont participé au financement du film. Un sponsoring inquiétant pour ce genre de cinéma documentaire “à gros budget” ? Probablement. Mais si leur participation au film a légitimement de quoi faire lever quelques sourcils, “Woman” ne semble que peu affecté par les valeurs de ces grosses multinationales.

Au contraire, le film prend un soin tout particulier à ne pas éviter les sujets difficiles, et se montre, au risque de fâcher quelques spectateurs et spectatrices, d'une ouverture d'esprit bienvenue dans sa définition de ce qu'est une femme, qui inclut notamment les femmes transgenres. Il est clair que le film est motivé par des intentions humanitaires louables, et si on peut lui reprocher d'être occasionnellement consensuel, ce qu'il accomplit se doit d'être salué. “Woman” donne une visibilité à des femmes qui n'en ont pour ainsi dire jamais, et laisse la parole à des personnes dont le récit mérite d'être raconté. Tour à tour émouvant, amusant, choquant et réjouissant, les témoignages qui parcourent le long-métrage offrent un kaléidoscope de ce que cela signifie d'être une femme à de multiples endroits de la planète.

Le porte-voix de multiples conditions féminines

Une frustration demeure néanmoins, puisque de nombreuses intervenantes mériteraient plus de temps à l'écran. C'est la limite de ce film qui, dans sa volonté de recouvrir le champ d'expériences le plus large possible en moins de deux heures, se retrouve dans l'obligation d'écourter d'importants témoignages. La liste des sujets est longue, et en tentant de les aborder tous, le film les traite parfois comme une liste de tâches à accomplir, évoquant des questions aussi diverses que l'excision, la beauté et le travail avec une rapidité et une efficacité déconcertantes.

Partagé entre sa volonté de faire le portrait d'une sororité universelle et les spécificités des expériences de chacune, pris en étau entre sa démarche presque militante et son désir de s'adresser au plus grand nombre, “Woman” s'impose comme une œuvre imparfaite, qui n'arrive pas tout à fait à la hauteur de ses gigantesques ambitions. Ce qui ne signifie pas pour autant que le film ne mérite pas d'être regardé. En sa qualité de porte-voix de multiples conditions féminines, il constitue indéniablement un document important.

La bande-annonce :