Veni, vidi… Venise au Cinéma

Alors que la Mostra, le Festival international du film de Venise, bat son plein, intéressons-nous aux liens qui unissent la Cité des Doges au 7e Art. Quand elle ne propose pas de magnifiques décors, la Reine de l’Adriatique joue un rôle important dans de nombreuses productions italiennes mais aussi internationales.

Imaginée en 1932 comme une déclinaison cinématographique de la Biennale de Venise qui célèbres les arts contemporains, la Mostra est bel et bien le plus vieux festival de Cinéma de la planète. Un festival qui met en avant non seulement des films d'auteurs mais aussi quelques grosses productions. Un festival a récompensé de son Lion d'or (le symbol de la cité lagunaire) de grands succès critiques et publics comme les récents "Nomadland" (également Oscar du meilleur film 2021), "Joker", "La forme de l'eau" ou les plus anciens "Le secret de Brokeback Mountain", "Au revoir les enfants", "Belle de jour". Oui plus que jamais, Venise est une ville qui aime le Cinéma et qui le montre bien.

Mais de son côté, le Cinéma aime aussi Venise et il lui propose des rôles tous aussi beaux que la ville est magnifique. Le premier qui vous vient en tête est peut-être... certainement "Mort à Venise" de Luchino Visconti sorti en 1971. Inspiré par le roman éponyme de Thomas Mann, on y découvre comment, en 1911, Gustav von Aschenbach, un vieux compositeur solitaire, tombe sous le charme du jeune Tadzio. Son physique androgyne trouble littéralement l'artiste qui reste subjugué par tant de beauté. Alors qu'une épidémie de choléra (cachée par les autorité de la ville) aurait dû faire fuir le musicien, ce dernier préfère se laisser mourir sur place en regardant le jeune homme (désolé pour le spoil). Toute l'action contemplative de ce drame rythmé par les compositions de Gustav Malher se déroule sur les plages du Lido (lieu où se tient la Mostra) et son ancestral et luxueux Grand Hôtel des Bains. Un décor mélancolique, suranné aussi, qui sert à merveilles l'abandon de von Aschenbach, idéalement interprété par Dirk Bogarde.

Les premiers réalisateurs qui ont capturé sur pellicule le charme de Venise sont les premiers à avoir tout inventé (c'est bien simple). En 1896, soit un an après la création de leur invention le Cinématographe, les frères Auguste et Louis Lumière ont installé leur caméra sur une gondole mais aussi place Saint-Marc et en face du Ponte Vecchio pour immortaliser ces lieux devenus, depuis, les plus visités de la Vénétie.

Juste comme ça, faites le compte. Depuis 1896, on dénombre plus de 110 films avec Venise pour cadre et/ou personnage principal. Le calcul est vite fait car cela nous donne plus d'un film par an. Parmi ceux-ci il y a tous les longs-métrages qui évoquent la vie de Casanova. Logique non vu que le fameux Giacomo est né à Venise le 2 avril 1725. En Cyclisme on parlerait de régional de l'étape. On a donc vu Venise dans "Casanova" de Lasse Hallström (2005) avec Heath Ledger, "Le Casanova de Fellini" (1976), "Casanova, un adolescent à Venise" (1969) et "Le jeune Casanova" (2002).

L'autre personnage du cru qui lui aussi a connu une certaine gloire devant les caméras, c'est bien entendu Othello. Imaginé par William Shakespeare en 1604, le capitaine Maure de Venise a connu plusieurs adaptations au Cinéma entre 1906 et 1995 (soit une dizaine) même si la plus célèbre reste celle réalisée et jouée par Orson Welles en 1951. Tragédie par excellence sur la jalousie, Othello évoque encore le racisme, l'esclavagisme, la liberté et la manipulation.

Le Cinéma italien a célébré comme il se doit Venise avec des productions diverses. Je ne vais pas toutes vous les citer. Je préfère en effet vous retenir "Nu de femme" de Nino Manfredi (1981). Cette comédie romantique, sexy et élégante nous raconte l'histoire d'un libraire vénitien en plein divorce qui découvre une photo dont la femme nue qu'elle représente ressemble étrangement à Laura son ex-épouse. Le voilà donc parti dans les ruelles de la ville à la recherche de ce modèle qui lui rappelle sa femme.

Certains héros du 7e Art aiment tellement Venise qu'ils y reviennent pour les plus folles aventures. Prenez l'agent secret James Bond. Dans "Bons baisers de Russie" (1963), 007 (Sean Connery) et la belle Tatiana débarquent à Venise après un voyage romantique et périlleux à bord de l'Orient-Express. Venise que Bond (Roger Moore) retrouve dans "Moonraker" à bord d'une gondole transformable en voiture à 4 roues le temps de la garer sur la place Saint-Marc. Il brisera aussi en mille morceaux sa magnifique horloge astronomique. Située à juste titre sur la Tour de l'Horloge au coin de la place Saint-Marc (encore elle), ce chef-d'œuvre de technicité et d'ingénierie est la deuxième horloge la plus connue dans le monde après Big Ben. Quant à Daniel Craig, lui aussi, il visitera Venise aux bras de son éternel amour Vesper Lynd (Eva Green) avant que celle-ci ne le trahisse (aïe, on avait dit plus de spoil) dans "Casino Royale" (2006).

D'autres héros voire des super-héros ont fréquenté Venise comme Indiana Jones dans "La dernière croisade", Spiderman dans "Far from home", Allan Quatermain et l'Homme invisible dans "La Ligue des Gentlemen Extraordinaires".

Le Cinéma français s'est aussi délocalisé en la Sérénissime république de Venise (comme on la surnommait entre 697–1797). Il y a eu en vrac et dans le désordre "Massacre en dentelles" avec notre Raymond Rouleau national, "Ma femme s'appelle Maurice", "Venise n'est pas en Italie" avec Benoit Poelvoorde, "Nikita" de Luc Besson et "Le Guignolo" avec l'incorrigible... l'animal... le magnifique Jean-Paul Belmondo.

Finalement, après tous ces titres, s'il ne fallait en retenir qu'un ce serait "Le Lion de Saint Marc" (le film est disponible en DVD chez Artus Films). Ledit Lion est un film de Pirates. Nous sommes au 17e siècle et Venise est la cible d'attaques répétées de vils pirates. Manrico, le fils du Doge, vient de se fiancer à Isabelle. Alors que son père a tout planifié pour le lancer dans une carrière diplomatique à Paris, Manrico, lui, n'a qu'une envie : libérer Venise du joug des pirates. Il va donc créer le personnage du Lion de Saint Marc, défenseur de Venise et traqueur de pirates, un héros pur ne pas dire un super-héros avec son masque, sa cape et son épée. Sorte de Zorro mais vénitien, renard rusé qui fait sa loi mais sur la lagune et le Grand Canal, avec une gondole noire en guise de Tornado, « Le Lion… » a été réalisé par Luigi Capuano en 1963, avec Gordon Scott dans le rôle-titre. En réalité, ce film d'aventure est la réponse italienne parfaite aux films de Pirates made in USA. Le genre Pirate est apparu en Italie dans les années 40 mais c'est dans les années 60 qu'il a trouvé son apogée. Pirates, corsaires et autres flibustiers ont envahi les écrans avec de belles productions en couleurs et en Cinemascope. Si ce film est une perle, Venise lui offre en magnifique écrin !