Une Deneuve "pas très parisienne" à Lyon pour recevoir le prix Lumière

C'est une Catherine Deneuve "très française" mais "pas très parisienne" qui est à Lyon vendredi pour recevoir le Prix Lumière. Une actrice qui a le goût de l'aventure, un amour inconditionnel pour les réalisateurs et qui n'hésite pas à écorner l'image de Cannes ou Paris.

Vêtue d'un chemisier décolleté à pois, Catherine Deneuve, 72 ans, s'est prêtée au jeu de la masterclass. Dans le public, une foule d'anonymes énamourés mais aussi des Gilbert Melki, Marina Hands, Régis Wargnier, Emmanuelle Bercot et même Marina Paredes, la muse d'Almodovar.

Il aura fallu attendre huit ans pour que le Festival Lumière honore une femme, qui plus est actrice. Deneuve succède ainsi à Martin Scorsese.

Dans l'écrin du théâtre des Célestins, elle explique ses choix: "C'est avant tout l'histoire et les metteurs en scène". "L'idée, c'est quand même de se laisser faire", "de s'abandonner un peu."

Citant Truffaut, Demy, Lars Von Trier, elle assume: SON réalisateur, celui qui la connaît le mieux, s'appelle André Téchiné. Elle apprécie tout particulièrement "Ma Saison préférée": "J'ai beaucoup aimé la relation avec Daniel Auteuil, de frère/sœur".

Ne parlant presque jamais des autres acteurs, Catherine Deneuve égrène plutôt sa relation avec les metteurs en scène. Concédant simplement à l'AFP que "son actrice fétiche" était Marylin Monroe.

Avant un film, elle ne travaille pas beaucoup le personnage mais relit le scénario, s'imprègne de l'histoire. Elle se réserve pour le tournage, qui nécessite "une concentration assez immédiate".

"Pas engagée" politiquement

Cette cinéphile invitée d'honneur d'un festival dédié aux films classiques, confie voir "pas mal de films français et asiatiques". "J'aime rentrer dans une salle de cinéma et m'installer dans le noir, dans cette atmosphère, avec des gens que je ne connais pas. (...) J'ai la chance d'habiter un quartier où il y a beaucoup de cinémas", explique-t-elle.

"Ça me serait difficile de vivre ailleurs qu'en France. Je suis très française, je suis pas très parisienne mais très française. Vous dites Saint Laurent, la couture, la sophistication, c'est vrai que ça fait partie de ma vie mais ce n'est pas l'idée que je me fais de moi", poursuit-elle.

Et elle aime bien "se moquer aussi" de tout cela. D'ailleurs, elle a trouvé "assez amusant" de lire pour Arte les tweets désopilants de Loïc Prigent ("J'adore la mode mais c'est tout ce que je déteste").

Après Paris, c'est à Cannes d'en prendre pour son grade. Elle se souvient notamment de cette avant-première de "La Grande Bouffe". Elle accompagnait l'équipe, et particulièrement Marcello Mastroianni, père de sa fille Chiara.

"J'étais assez ahurie de la violence, il y a une femme qui a craché sur Ferreri (le réalisateur, ndlr). C'est un film dérangeant mais en même temps Cannes, c'est très particulier parce qu'à la fois c'est les gens de cinéma et, en même temps, c'est le public de la ville de Cannes."

"Ils sont quand même particuliers", les Cannois, "c'est très différent, la Côte d'Azur", continue-t-elle avant que Thierry Frémaux, directeur de l'Institut Lumière de Lyon et également délégué général du festival de Cannes, la coupe, mi-amusé mi-inquiet: "Vous le tweetez pas, ça".

Il tente ensuite de la lancer sur le terrain de la politique. Mais Catherine Deneuve ne dira rien de ses intentions en cette année présidentielle. "Je me suis engagée pour l'avortement, contre la peine de mort mais on ne peut pas dire que je sois vraiment une femme engagée." "Je ne me suis jamais engagée pour des politiques mais pour des causes."

"Vous n'êtes pas très Donald Trump?", rebondit le réalisateur Bertrand Tavernier. Non, "à part la mèche", ironise-t-elle.