"Un pays qui se tient sage", une question de violence policière

Dans un documentaire inédit présenté au BRIFF, le réalisateur et journaliste David Dufresne s'interroge sur la légitimité de l’usage de la violence par l’État.

Les images sanglantes, éprouvantes et choquantes s'enchaînent : des coups de matraque, des cris, des explosions, des mains détruites, des visages éborgnés. Impossible de rester indifférent, de ne pas être touchés par ce qu'elles représentent. Tournées en France entre novembre 2018 et février 2020, ces vidéos, souvent filmées par des amateurs, témoignent des affrontements qui ont opposé manifestants révoltés et policiers répressifs pendant cette période. On y voit des débordements en tout genre, mais surtout l'intense violence des forces de l'ordre.

C'est de cette violence qu'a voulu parler le journaliste et cinéaste David Dufresne en réunissant dans son nouveau documentaire les images qui en attestent. Intitulé “Un pays qui se tient sage", son film montre sans ambages des exactions policières qui ont, il faut le dire, reçu le soutien de l'état. C'est là le cœur du problème pour le cinéaste, qui nous confronte à la dangerosité d'une telle situation. En quoi la violence qu'utilisent les policiers serait-elle plus légitime que celle des manifestants ? Jusqu'où l'état peut-il aller pour sa propre protection ? Et qui représente-t-il lorsqu'il le fait ?

Face à ces questions, la position du cinéaste est plutôt évidente – on ne réalise pas un tel film si on approuve les décisions d'Emmanuel Macron. Mais n'allez cependant pas croire que son documentaire est un plaidoyer au point de vue unique. “Un pays qui se tient sage" adopte plutôt la forme d'un débat, puisqu'il réunit une série d'intervenants aux opinions divergentes. Confrontés aux images de violence du documentaire, des sociologues, des mères au foyer, des avocats, des policiers, des écrivains et bien d'autres s'expriment, échangent et se disputent. Certains s'appuient sur des textes philosophiques, d'autres sur leur expérience personnelle. Les avis s'entrechoquent les uns contre les autres, mais aussi contre les images, qui rentrent en conversation avec eux.

Par cette approche qui interroge plutôt qu'elle n'affirme, le film nous invite à nous questionner à notre tour  : sur l'ordre social et sur la légitimité de l’usage de la violence par l’État bien sûr, mais aussi sur les images qui nous sont données à voir. Une vraie et profonde remise en cause donc, qui secoue et perturbe. 

Dans le cadre du BRIFF, “Un pays qui se tient sage” sera projeté au cinéma Galeries à Bruxelles ce dimanche 6 septembre à 15h. Il sortira dans les salles belges le 7 octobre.