"Un illustre inconnu": devenir un autre pour se trouver soi-même

"Nous avons tous fantasmé à un moment sur la vie de quelqu'un d'autre. Sébastien Nicolas, lui, franchit le pas", déclare à l'AFP le cinéaste, dont le film sort en Belgique le 19 novembre. "Et comme il n'a pas d'imagination, il copie."

Dans la cave de son pavillon de banlieue, l'employé d'une agence immobilière (Mathieu Kassovitz) étudie minutieusement les photos des personnes à imiter, modifie son apparence et va même jusqu'à se glisser dans leurs appartements en leur absence.

Le personnage suscite le malaise mais il est surtout tragique. Un jour, le jeu (qui n'en est pas un pour lui) l'oblige à émerger du néant et à plonger dans la vie et les responsabilités, au risque de se perdre définitivement... ou de renaître.

Le héros du film n'usurpe pas l'identité d'un autre pour voler de l'argent ou tromper son entourage (comme Jean-Claude Romand, qui mentit à sa famille pendant près de 20 ans en s'inventant une carrière de grand chercheur) mais pour combler un vide.

Les psychiatres ont un terme pour désigner la pathologie dont souffrent les patients comme Sébastien Nicolas: la dépersonnalisation. L'impression d'être vide, de ne pas avoir d'existence réelle.

Un double idéal

Le film, à mille lieues du "Prénom", le précédent opus de Matthieu Delaporte, ne donne aucune explication au comportement pathologique du personnage principal, et c'est plutôt bien vu.

Il ne dévoile pas son intimité, donnant ainsi l'impression qu'il n'en a pas. Au spectateur d'imaginer l'origine de la faille dans la psyché de Sébastien Nicolas.

Il y a presque 20 ans, Mathieu Kassovitz avait déjà incarné un homme qui s'appropriait la vie d'un autre dans "Un héros très discret" de Jacques Audiard.

Il y était un jeune homme terne rêvant d'actes héroïques, qui quitte sa province en 1944 et parvient à se faire passer pour un héros de la guerre.

Pour l'acteur (remarquable en quadragénaire grisâtre puis en ancien violoniste virtuose), "Un illustre inconnu" pose plusieurs questions qui lui tiennent à coeur: comment faire pour s'intégrer? Comment réagit la société face à quelqu'un qui ne correspond pas à la norme?

A l'image du réalisateur, l'acteur n'a pas cherché à "psychologiser" son personnage. Il dit avoir travaillé sur ce film comme dans un thriller, en mimant par exemple des gestes qui évoquent ceux d'un tueur en série: taper un code secret pour entrer dans la cave où il se grime, minutie extrême dans les gestes, observation presque malsaine de ses futures "victimes" (les personnes qu'il va copier).

Le cas de Sébastien Nicolas est poussé à l'extrême mais Matthieu Delaporte souligne que chacun peut avoir éprouvé les sentiments de son héros. "On vit dans une société de l'hyperconnexion et de l'extrême solitude, où beaucoup se fabriquent un double idéal, via, par exemple, les réseaux sociaux", note le cinéaste.

Après avoir coréalisé "Le Prénom", comédie vacharde et grand succès public en 2012, Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière voulaient explorer un nouvel univers.

Et séparer les rôles: le premier a réalisé, le deuxième a produit, avec Dimitri Rassam.

L'écriture du film est l'oeuvre du binôme, qui travaille ensemble depuis 15 ans et dont la dernière pièce de théâtre, "Un dîner d'adieu", triomphe actuellement à Paris.

 


AFP Relax News