Trainspotting, un trip de 25 ans

Génial, dègue, hallucinant, excellent, rythmé, trash, ce ne sont pas les superlatifs qui manquent pour qualifier le film "Trainspotting" du réalisateur anglais Danny Boyle. Un film sorti le 23 février 1996, il y a 25 ans déjà. Un film qui révéla Ewan McGregor. Un film tout simplement culte pour la Génération X.

"Choisir la vie, choisir un boulot, choisir une carrière, choisir une famille, choisir une putain de télé à la con […] le tout à crédit avec un choix de tissus de merde […] Choisir son avenir, choisir la vie. Pourquoi je ferais une chose pareille ? J’ai choisi de pas choisir la vie, j’ai choisi autre chose. Les raisons ? Y a pas de raisons. On a pas besoin de raisons quand on a l’héroïne."

En quelques mots, le ton est donné. Des mots balancés par Renton, poursuivi par les vigiles du magasin qu’il vient de piller. Et au même moment, le chanteur Iggy Pop nous balance son "Lust for life" dans les oreilles, tube endiablé qui répond ironiquement aux propos de Renton, "je ne me détruis plus les neurones avec de l’alcool et des drogues, je suis un mec nouveau, je le savais déjà avant, à cause de la rage de vivre, mais là j’ai la rage de vivre…"

Ce début de film, vous l’avez encore tous en tête depuis qu’il y a un quart de siècle vous avez découvert au cinéma le film "Trainspotting" de Danny Boyle. Vous qui appartenez à la Génération X, vous qui êtes nés dans les années 70, car ce film c’est LE film de votre génération. On y retrouve toutes les questions que vous vous posiez quand vous avez démarré dans la vie active et que vous vous posez encore peut-être comme quadra-quinqua aujourd’hui. Un détail quand même, votre drogue, contrairement à Renton, elle ne se nomme pas "héroïne" mais "enfant", "amis", "sport" ! ?

Alors pourquoi "Trainspotting" est un film important et si marquant ? D’abord il y a son histoire, celle de potes qui vivent dans un quartier pourri d’Edimbourg, en Écosse. Leur horizon, leur avenir, semble bouché et aussi gris qu’un bulletin météo de la chaîne de télé locale. Mark Renton est au chômage. Sick Boy est fan de Sean Connery. Spud est aussi bête que gentil. Quant à Begbie, son sport préféré, c’est la bagarre. Ils sont tous drogués et/ou alcooliques, une façon comme une autre de passer le temps. Bon, il y a bien Tommy, le sportif de la bande, sain de corps et d’esprit. Mais il va craquer sous la pression des autres et se droguer lui aussi…

Inspiré du roman éponyme de l’auteur écossais Irvine Welsh (publié en 1993), "Trainspotting" ne fait pas l’apologie de la drogue et n’est ni un pamphlet dénonçant ses ravages. Non, tant le livre que le film, ces deux œuvres se situent juste au milieu et alternent les scènes drôles aux plus glauques. Terriblement glauques même. Des scènes et autres situations magnifiées par le cynisme de Welsh (avec son argot so scottish) et par la réalisation de Danny Boyle (dont c’est le deuxième film juste après "Petits meurtres entre amis", déjà une comédie noire, en 1994). Boyle, qui a démarré sa carrière au théâtre, a le sens de la mise en scène. Il sait où placer ses caméras. Il a le sens du rythme aussi et semble tout aussi déjanté que les antihéros de son film. Ça marque et ça plaît.

Outre le fait qu’on y découvre les toilettes les plus salles de l’Écosse, "Trainspotting" c’est aussi une bande-son alternant du rock (avec Lou Reed), du punk rock, de l’électro (Underworld et "Born slippy", on danserait dessus toute la nuit) et quelques hits de la Britpop emmenés par Blur et Pulp. Le magazine américain Entertainment Weekly avait d’ailleurs classé à la 17e position cette BO à l’occasion de la publication de son 100 Best Movie Soundtracks, en 2011. Ça marque et ça plaît là aussi.

3 images
Ewan McGregor sortant des toilettes les plus sales d’Ecosse dans Trainspotting © Channel Four Films

C’est une punition d’être Écossais ! On est les plus nuls des plus nuls […] On a pas été foutus d’être colonisés par une race supérieure, on est gouvernés par des balais à chiottes…

Autre réplique, autre remarque cinglante de Renton joué par Ewan McGregor, véritable révélation du film. Non, il n’a pas que donné la réplique au robot C3PO dans la deuxième prélogie "Star Wars" (Obi-Wan, c’était lui). Tout jeune acteur à l’époque (il était déjà à l’affiche du premier long-métrage de Boyle), Ewan (qui va fêter ses 50 ans le 31 mars prochain) incarne parfaitement l’idée de ce film (et ses spectateurs), souriant et dévasté, drôle et déprimant, suivi et suiveur, fier et honteux, beau et laid. Bref, il est comme tout le monde : perdu et plein d’envies. Ça marque et ça plaît, encore et toujours.

Les autres acteurs du film aussi ont été d’agréables découvertes comme Robert Carlyle alias Begbie le violent. Il marquera encore les esprits en strip-teaseur chômeur dans "The Full Monty", en étant poursuivi par des zombies dans "28 semaines plus tard" et en jouant les méchants face à 007 (Pierce Brosnan) dans "Le monde ne suffit pas". Jonny Lee Miller alias Sick Boy, il incarnera Sherlock Holmes dans la série télé américaine "Elementary".

Donc, si 25 ans après la sortie de "Trainspotting", le monde a changé (même si d’autres crises se sont succédé), les questions posées dans le film restent les mêmes. "Choisir la vie, choisir une putain de télé à la con…" Ok, pourquoi pas ! ? Mais pas pour regarder la suite, à savoir "Trainspotting 2" (sorti en 2017, avec la même équipe) qui n’apporte rien de réellement neuf, sauf peut-être le plaisir de retrouver Renton et les siens, un peu comme dans ces fêtes de famille où l’on revoit un vieil oncle racontant toujours les mêmes histoires drôles ! ?