Thierry Frémaux : "Une sélection ancrée dans le réel, dans l'actualité"

Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes
Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes - © Copyright Philippe QUAISSE - Copyright Philippe QUAISSE

Le délégué général du Festival de Cannes Thierry Frémaux estime dans un entretien à l'AFP que si la sélection 2014 est "ancrée dans le réel, voire dans l'actualité", il ne s'agit pas d'un choix d'organisateur, mais d'artistes.

Q: En dehors des documentaires sur l'Ukraine ou la Syrie, certains films de la compétition évoquent aussi des sujets graves, guerre militaire ou sociale. Pourquoi?

R: On dit toujours que le Festival de Cannes est engagé politiquement. Or ce n'est pas nous qui le sommes, ce sont les artistes. Ce sont les films eux-mêmes et la sélection finale qui finissent par donner une couleur à la sélection. Mais je dirais que oui, c'est une sélection assez ancrée dans le réel, dans l'actualité mais cette actualité, ce réel, c'est le nôtre. On n'est pas que spectateur de cela. Même le film de Nuri Bilge Ceylan sur la solitude touche car il interroge nos conditions là où on est.

Ce sont aussi des films d'adultes venant d'auteurs qui prennent le cinéma comme un moyen de parler à des gens adultes et intelligents et qui ne considèrent pas le spectateur comme un être abruti et décérébré.

Q: Jean-Luc Godard en compétition, c'est une fierté?

R: Je suis très ému de l'accueillir. C'est un cinéaste qui aura sa place dans l'histoire du cinéma aux côtés d'Orson Welles, de Stanley Kubrick, de John Ford, d'Akira Kurosawa et de Federico Fellini. Et lui est toujours là!

C'est pour tous un privilège formidable que de pouvoir vivre un Festival de Cannes dans lequel Jean-Luc Godard vient montrer son nouveau film (...), qui donne quasiment envie de quitter la salle de cinéma pour aller vivre. Il pose sur les choses, sur les êtres, sur nos vies, sur l'actualité, les livres, un regard tellement important qu'on se dit qu'on ne fait pas assez attention à nos propres vies.

Il est très rare que je me prononce d'emblée à la sortie d'un film mais celui-là, non, je l'ai fait tout de suite.

Q: Il y a moins de films américains cette année, un choix ou une raison conjoncturelle?

R: Il n'y avait pas pour le cinéma américain et il n'y pas dans les sorties annoncées dans les semaines qui viennent d'objets de cinéma qui pouvaient éventuellement prétendre à nous être montrés.

Les Américains étaient très présents l'an dernier. Ils ne le sont pas cette année. C'est très bien! Il y a deux films américains dont celui de Tommy Lee Jones et je suis content qu'il nous fasse l'amitié de revenir.

Il y a trois films français (Jean-Luc Godard est suisse!), trois canadiens. Je suis content aussi de la fidélité des Dardenne, de Loach, de Leigh mais aussi très fier de ces jeunes pousses du cinéma mondial ou des jeunes entrants en compétition comme Sissako et Dolan. J'espère que ce voyage-là, l'opinion cannoise le fera avec nous.

 

AFP Relax News

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