"The Walk": la traversée des Twin Towers, plus vraie que nature

C'est une traversée légendaire qu'a recréée avec un réalisme saisissant le réalisateur américain à succès Robert Zemeckis dans son dernier film, "The Walk", celle du Français Philippe Petit, passé entre les Twin Towers de New York sur un fil, un matin de 1974.

"Why? Pourquoi? C'est la question que les gens me posent le plus", explique, en ouverture du film, le personnage de Philippe Petit, interprété par l'acteur américain Joseph Gordon-Levitt.

Pourquoi ce jeune homme de 24 ans a-t-il décidé, le 7 août 1974, de tendre un câble entre ce qui était, à l'époque, les deux plus grandes tours du monde, et d'effectuer la traversée, sans sécurité, à 416 mètres de hauteur?

"Je ne peux pas répondre à cette question, pas avec des mots", répond Philippe Petit dans le film, qui sort en Belgique  le 14 octobre.

A l'instar du documentaire "Le Funambule" ("Man on Wire") primé aux Oscars en 2009, Robert Zemeckis narre le parcours de ce jeune homme né en Seine-et-Marne, à l'énergie et au charisme hors du commun.

Troubadour, magicien, poète, jongleur, mais surtout funambule, il a entraîné dans son sillage un groupe hétéroclite de toutes origines et nationalités, devenus des soutiens inconditionnels de son projet fou.

"Quand j'ai eu connaissance de cette histoire, je n'arrivais pas à croire qu'elle était vraie. (...) Mais ce qui m'a vraiment accroché, c'est la passion de Philippe, à laquelle je m'identifiais totalement", a raconté Robert Zemeckis à l'issue d'une projection au Museum of Modern Art (MoMA) de New York, lors d'un entretien avec le conservateur Dave Kehr.

Il aura fallu près de dix ans au réalisateur pour que le projet aboutisse.

"C'est difficile de faire des films qui ne rentrent pas dans une case", a-t-il expliqué.

'Pas un acteur normal'

Joseph Gordon-Levitt incarne avec sensibilité la personnalité irradiante de Petit, un rôle dans lequel il s'est beaucoup investi.

Il a ainsi travaillé d'arrache-pied son français mais surtout appris à marcher sur un fil grâce à un stage intensif de huit jours seulement sous la direction de Philippe Petit lui-même.

"Ce n'aurait pas été possible avec n'importe qui", explique Philippe Petit à l'AFP. "Et justement, Joseph Gordon-Levitt n'est pas un acteur normal, il n'est pas n'importe qui. Il met son corps et son âme au service du travail d'acteur."

Robert Zemeckis démarre son film ventre à terre, retraçant la formation du jeune Petit avec rythme et fantaisie à la manière de Jean-Pierre Jeunet avec "Amélie Poulain".

Le récit, souvent bavard, s'essouffle ensuite mais la dernière demi-heure emporte tout sur son passage. Seul compte "The Walk", car c'est bien de cela qu'il s'agit.

Il n'existe qu'une poignée de clichés de Philippe Petit sur son fil et aucun film le montrant en train de traverser. La scène telle que Zemeckis la montre, est donc inédite.

Elle met en présence Petit et les deux tours jumelles, les autres héroïnes du film, par leur présence magnétique à l'écran mais aussi parce qu'elles sont tombées, en 2001.

L'espace de deux heures, Robert Zemeckis fait revivre ce mythe en 3D en usant des effets spéciaux avec grande justesse, sans se laisser déborder par les possibilités qu'offre désormais la technologie.

"Je sentais que c'était quelque chose qui devait être fait en film, qu'un film pouvait l'appréhender d'une manière inégalable par aucun autre média", a expliqué Robert Zemeckis.

"Ca m'a transporté totalement", explique Philippe Petit. "J'étais au bord de mon siège et j'avais les mains moites parce qu'à ce moment-là, et à d'autres moments de la traversée, c'est tellement bien reproduit que vraiment, je me revois sur le fil ce jour-là."