The Searchers, le plus grand western de tous les temps

Le film "The Searchers" est sorti chez nous en salles en été 1956 (le 8 août pour être précis), il y a 65 ans déjà. Emmené par un excellent John Wayne, le chef-d’œuvre de John Ford est considéré comme le meilleur western de l’Histoire. Voici pourquoi…

Une pièce plongée dans le noir. Une porte qui s’ouvre sur un désert au soleil brillant de 1000 feux. La lumière entre. Apparaît alors une dame, de dos, qui sort de la pièce, de la maison. Le contraste entre cette silhouette noire et les couleurs vives de l’extérieur est juste magnifique. Tout comme ce paysage qu’on découvre en VistaVision. Une fois dehors, changement de plan. La dame est filmée de face. Le soleil brille tellement fort qu’elle est obligée de porter une main au-dessus de ses yeux pour mieux voir l’étranger qui arrive sur son cheval. Re-changement de plan, avec là-bas, au loin, un cow-boy poussiéreux à cheval…

Voilà comment débute "La prisonnière du désert" de John Ford ou en vo dans le titre "The Searchers". Des deux titres, lequel choisir ? Les puristes préfèrent le titre en anglais qui insiste sur l’action du film, sur sa quête. Sa traduction française annonce l’objet de cette quête, sa finalité. De l’histoire racontée, c’est bel et bien son comment (l’action, la quête) qui prime plutôt que son (pourquoi (l’objet). Proposé en salles chez nous en été 1956, ce film est considéré par l’American Film Institute (soit l’Institut américain du film) comme LE plus grand western de tous les temps. Donnons-lui raison. À la fois âpre, violent, sanglant, touchant mais aussi drôle et grandiose, ce film concentre à lui seul deux des grands fondements de la nation américaine : la violence dans laquelle elle est née avec le massacre des Indiens et l’incapacité de celle-ci de réinsérer ses héros qui se sont battus pour sa liberté.

Dans ce film, John Wayne incarne Ethan Edwards. Vétéran de la Guerre de Sécession, il rentre enfin chez lui. Enfin non, il rentre chez son frère, sa belle-sœur et ses neveux et nièces. Nous sommes en plein Texas, en 1868. Dès la première scène, on comprend qu’entre lui et cette belle (âme) sœur, il y a davantage que de l’amour fraternel. Voulant se rendre utile, Ethan part à la recherche d’un troupeau chassé par les Indiens. Mais quand il revient à la ferme, il trouve celle-ci complètement dévastée, ses occupants sauvagement assassinés. Seules manquent ses deux nièces, enlevées par les Comanches. Ethan décide de partir à leur recherche. Le voilà prêt à tuer tous les Indiens qu’il croisera sur sa route…

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Des plaines désertiques aux sommets enneigés, John Wayne traque le Comanche dans "The Searchers" © Warner Bros. Pictures

Comme l’AFI nous l’a affirmé, oui, "The Searchers" est le meilleur des westerns. D’abord parce qu’il marque le retour aux affaires du réalisateur John Ford. "La chevauchée fantastique", "La poursuite infernale", "L’homme qui tua Liberty Valence", tout ça c’est lui et tout ça résume parfaitement le western made in America dans toute sa splendeur et ses contrastes. À cette époque, voilà maintenant 6 ans que Ford n’a plus réalisé de western. Son dernier succès reste "Mogambo", un film d’aventures avec Clark Gable, Ava Gardner et Grace Kelly sorti en 1953. Pour son retour dans les plaines arides du Texas (ou presque, vous le lirez plus bas), Ford veut un film parfait (sans un plan de trop), une histoire sombre, un paysage éclairé d’une brillante lumière naturelle et des acteurs au top. Il réunira tous ses désirs au générique de cette "Prisonnière du désert".

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Techniquement, Natalie Wood est bel et bien "La prisonnière du désert" de John Ford © Warner Bros. Pictures

Pour sa mise en scène, Ford privilégie les plans fixes et nous propose de magnifiques tableaux où chaque personnage tient une place particulière, où chaque objet n’est pas là par hasard. Quand il ose le mouvement (comme la scène de début), celui-ci est juste, osé et intelligent. Pour son film, il mélange habilement scène d’actions, drames et moments plus légers. Les silences en disent long sur l’état d’esprit de chacun. Il faut dire aussi que les acteurs choisis par Ford sont loin d’être des novices. Jeffrey Hunter, Vera Miles, Ward Bond et Natalie Wood sont parfaitement bien castés. Quant à John Wayne, il aurait pu/dû recevoir l’Oscar pour son rôle de cow-boy abîmé par la guerre. Un homme marqué par la violence qui ne peut répondre aujourd’hui que par la violence. Raciste, oui, il l’est aussi. Mais le film ne l’est pas. Que du contraire, il dénonce le massacre des Indiens par l’Homme blanc, le colon.

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John Wayne aurait pu/dû revendiquer un Oscar pour son rôle dans "The Searchers" © Warner Bros. Pictures

Ethan est encore obstiné. Sa quête dure 5 ans. Cinq longues années à chasser le Comanche quel que soit le lieu. Ce qui nous amène aux décors naturels incroyables vus dans ce film, des plaines désertiques aux sommets enneigés. Le tout filmé en VistaVision. Ce procédé cinématographique inventé en 1954, avec sa pellicule projetée de manière horizontale, accentue l’effet panoramique, offrant davantage d’espace aux décors naturels. Et quels décors sachant qu’ici, tout a été tourné à Monument Valley (situé à la frontière entre l’Arizona et l’Utah).

Pour son histoire, John Ford a adapté le roman au titre éponyme d’Alan Le May. Un livre inspiré d’un fait réel, celui de l’enlèvement de Cynthia Ann Parker en 1836 au Texas. Une gamine à l’époque des faits, elle deviendra plus tard la femme d’un chef Comanche. Ramenée de force à la maison, elle ne se remettra jamais de ce retour à la civilisation blanche. Chose intéressante, cette histoire a également inspiré le film "Comanche" de George Sherman. Un film sorti peu de temps après "La Prisonnière du désert" de Ford. Mais un (bon) film (de surcroît) qui n’a jamais rencontré le succès qu’il méritait tellement le film de Ford est puissant et parfait.

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Un magnifique plan de début © Warner Bros. Pictures
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Un magnifique plan de fin © Warner Bros. Pictures

Terminant son film comme il l’a commencé, John Ford propose une scène de fin tout aussi visuellement belle que son début. Même pièce plongée dans le noir, même ouverture de porte sur un monde extérieur gorgé de soleil, même silhouette. Enfin non, ici, place à celle de John Wayne, retournant d’où il est venu, dans son désert poussiéreux. Seul à nouveau. Comme le chantait l’autre…

I’m a poor lonesome cow-boy…