"The Screening Room" transforme le salon en salle de projection

Après avoir fondé Napster, Sean Parker tente d'imposer aux Etats-Unis une nouvelle idée avec "The Screening Room"
Après avoir fondé Napster, Sean Parker tente d'imposer aux Etats-Unis une nouvelle idée avec "The Screening Room" - © AFP PHOTO ERIC PIERMONT

Regarder un film dans son salon le jour même de sa sortie au cinéma, cette nouvelle possibilité - totalement légale - fait son chemin aux Etats-Unis. Encore à l'état d'ébauche, cette nouvelle manière de consommer les longs-métrages représente-t-elle l'avenir du 7e art?

L'idée de transformer son salon en salle de projection privée n'est pas tout à fait nouvelle. Les Américains peuvent, depuis 2013, faire venir le cinéma chez eux via l'offre Prima Cinema. Grâce à un boîtier installé dans leur habitation, les abonnés peuvent projeter sur leur téléviseur ou un autre écran les dernières nouveautés. Inutile donc de se déplacer pour découvrir des longs-métrages fraîchement sortis. Mais ce confort a un coût : 35.000$ (environ 31.500€) pour avoir le droit de posséder la box chez soi. Un montant auquel il faut ajouter 500$ (environ 450€) à chaque visionnage de films (600$, soit 540€, pour une version en 3D). Une offre qui n'a pas volé sur surnom de "Netflix pour millionnaires".

"The Screening Room" s'inspire de ce fonctionnement, tout en proposant des tarifs bien plus accessibles à tous. Imaginé par Sean Parker, fondateur de la plate-forme musicale Napster, également passé par Facebook (il est incarné par Justin Timberlake dans "The Social Network"), le projet prévoit de facturer 150$ (135€) le terminal connecté et 50$ (45€) la location d'un film pour une durée de 48h. Même s'il parvient à faire descendre la facture, ce service représente un budget mais peut valoir le coup face aux prix des billets de cinéma, en constante hausse. Car pour 50$, le nombre de spectateurs est uniquement limité à la taille du salon et sa capacité d'accueil. Une proposition qui pourrait intéresser des familles avec plusieurs enfants, par exemple.

L'industrie du cinéma complétement bouleversée

Sur le papier, "The Screening Room" présente donc plusieurs qualités pour les consommateurs. Mais de l'autre côté de l'écran, il peut être perçu comme une menace pour les acteurs de l'industrie. C'est pour cela que Sean Parker s'est associé à un ancien de chez Sony Pictures, qui connaît parfaitement l'envers du décor. Afin de ne pas faire fuir les gros studios hollywoodiens, sans qui son idée tomberait à l'eau, le duo est prêt à leur verser une large part de bénéfices. Sur les 50$ versés à chaque location de films, 20$ leur reviendraient s'ils acceptent de remettre en cause l'exclusivité de leurs oeuvres données aux salles.

Autre problème qui fait frémir la profession : le risque de piratage. Et Sean Parker s'y connaît dans ce domaine puisque Napster avait secoué au début des années 2000 le petit monde de la musique en devenant un pionnier des services de partage de fichiers, principalement musicaux, en pair à pair. Fermée en 2001 car jugé illégal, l'entreprise était alors devenue un site de téléchargement légal de musique. L'homme a donc pensé à tout et propose un boîtier bardé de systèmes censés empêcher toutes les possibilités de piratage.

Selon les premières indiscrétions du site Variety, Disney aurait déjà fermé sa porte au projet, tandis qu'Universal, Fox et Sony étudieraient l'offre.

Une idée transposable en France?

Difficile d'imaginer un jour un projet comme "The Screening Room" s'implanter sur le marché français, tant la chronologie des médias paraît rigide et parfois obsolète (aucune révision n'a été opérée depuis 2009). Pourtant, le calendrier américain n'est pas si éloigné de son homologue hexagonal. Aux Etats-Unis, un film arrive lui aussi sur le marché de la vidéo (DVD, Blu-ray et VOD avec paiement à l'acte) en moyenne quatre mois après sa sortie en salles.

Mais sa souplesse lui permet quelques exceptions, comme celle opérée récemment par Netflix avec le long-métrage "Beasts of No Nation", porté par Idris Elba, sorti au même moment au cinéma et sur la plate-forme de VOD. Une chose impensable en France, où même le fait d'être abonné à Netflix permet de découvrir un film uniquement trois ans après sa sortie.