"The Riot Club", la face cachée d'Oxford

The Riot Club

 

Au XVIIIème Siècle, Lord Riot était un aristocrate brillant, cynique et libertin. Depuis plus de deux cent ans, le " Riot Club " perpétue sa mémoire et ses " valeurs ". Ce club très fermé comprend dix jeunes étudiants de l’université d’Oxford, tous bien nés, tous très riches, qui s’adonnent aux guindailles les plus excessives et les plus luxueuses… Arrive à Oxford Miles, jeune garçon qui ne fait pas partie de cette caste friquée mais qui est, malgré tout, approché pour intégrer le Club. Miles rejoint ses condisciples du " Riot " pour une soirée qui s’annonce mémorable : un grand dîner à l’étage d’un pub, à l’issue duquel, tels des rockstars, les membres du club s’apprêtent à tout casser – puisque rembourser les dégâts n’endommage pas leurs portefeuilles… Mais rien ne va vraiment se dérouler comme prévu.

" The Riot Club " est adapté d’une pièce à succès de Laura Wade. L’origine théâtrale est palpable : le huis-clos du dîner de la deuxième partie, émaillé de surprises qui ont effectivement tout de " coups de théâtre " qui semblent un peu fabriqués. Mais les questions morales posées par le film – l’argent peut-il tout ? – sont intéressantes, et la tension dramatique est bien là, soutenue par une distribution truffée de jeunes talents (Sam Claflin, Max Irons, le fils de Jeremy Irons…) Le film ne manque donc pas d’atouts.

Wild

 

A 26 ans, Cheryl Strayed voit sa vie partir en vrille : dévastée par la mort d’une mère qu’elle adorait, déboussolée par une séparation difficile, engloutie dans la drogue et les relations sexuelles sans lendemain… Alors, d’un coup de tête, elle décide de se lancer seule dans le " Pacific Crest Trail ", une randonnée pédestre de plus de 1500 kilomètres à travers les Etats-Unis. Il faut affronter des températures extrêmes, les affres de la solitude mais aussi parfois des mauvaises rencontres. Armée d’un gigantesque sac à dos, Cheryl se lance dans l’aventure pour se retrouver…

A l’écran, sous la caméra du Québecois Jean-Marc Vallée (" The Dallas Buyers Club "), Reese Whiterspoon incarne Cheryl Strayed. Elle ne démérite pas, s’investit à fond dans le rôle… Et pourtant, le film échoue à nous faire ressentir le froid, la faim, la durée exténuante du périple. Pourquoi ? Parce que le scénario, écrit pourtant par le spirituel Nick Hornby, émaille la randonnée de Cheryl de multiples flashbacks qui éclairent le spectateur sur le passé de la jeune fille, ses relations avec sa mère ou son boyfriend… Si le portrait de Strayed s’en trouve enrichi, c’est au détriment de la puissance dramatique : paradoxalement, la jeune femme affronte la solitude, et à cause de ces flashbacks, on la voit rarement seule face à elle-même. " Wild " est un film sur le retour à la vie rude, mais il semble avoir peur de son sujet : il ose rarement le silence, le vide, l’angoisse existentielle… Bref, c’est un rendez-vous manqué avec un sujet au départ prometteur.

Inherent Vice

 

" Magnolia ", "Boogie Nights ", " There will be blood ", " The Master " : ces quelques films ont suffi à installer Paul Thomas Anderson parmi les grands Auteurs du cinéma américain actuel. Pour son nouveau film, le cinéaste a jeté son dévolu sur un roman contemporain de Thomas Pynchon. Dans le Los Angeles de 1970, un détective privé très porté sur des substances diverses mène son enquête sur la disparition d’un milliardaire. Une enquête touffue, pleine de chausse-trappes…

Quand on voit " Inherent vice ", on se dit que l’Histoire du cinéma est jonchée d’adaptations impossibles de romans inadaptables : " Au-dessous du volcan " de Malcom Lowry par John Huston ; " Le festin nu " de Burroughs par David Cronenberg, " Las Vegas Parano " de Hunter Thompson par Terry Gilliam… Toute une littérature " sous alcool " ou " sous acide " qui a inspiré des films opaques, confus, impénétrables. " Inherent vice " vient allonger cette liste pénible : perdu dans une intrigue sinueuse, le spectateur se désintéresse vite de tous ces personnages plus déjantés les uns que les autres. Et Joaquin Phoenix, en détective camé jusqu'aux yeux, cabotine à souhait. Espérons qu’après ce caprice, Paul Thomas Anderson revienne à des sujets plus accessibles et plus passionnants.

 

Hugues Dayez