“The Remains : après l’Odyssée” : que reste-t-il des migrants naufragés  ?

Le documentaire de Nathalie Borgers s'intéresse à ce qui se passe après les naufrages des bateaux de migrants.

Qu'est-ce que cela signifie quand une embarcation de migrants fait naufrage, comme cela arrive si souvent en Méditerranée ? Devant ce fait d'actualité récurrent, les chiffres peinent à représenter la tragédie humaine, ce que ces morts et ces vies brisées signifient. Désireuse de mettre des noms, des visages et des histoires sur les chiffres, la cinéaste Nathalie Borgers est partie à Lesbos, Samos, mais aussi à Vienne pour savoir ce qu'il reste de ces naufrages. Fruit de ses recherches «The Remains : après l'Odyssée» propose de multiples réponses.

La cinéaste prend d'abord la question d'un angle très pragmatique. Que reste-t-il d'un point de vue physique ? Dépourvu de voix-off, le documentaire répond par l'image, nous laissant entrevoir des montagnes de gilets de sauvetage, qui donnent une petite idée de la catastrophe. Mais pour Nathalie Borgers, la question est aussi de savoir ce qui arrive aux corps de ceux qui se sont noyés dans la Méditerranée. Trop souvent, les autorités des pays limitrophes ne daignent pas faire l'effort de repêcher les personnes qui gisent au fond de la mer, privant les proches des défunts des corps qui leur permettraient de faire leur deuil.

C'est à une famille atrocement touchée par cette situation que le film s'intéresse particulièrement : celle de Farzat Jamil, un kurde syrien de 28 ans, qui a reçu l’asile à Vienne. En cherchant à le rejoindre, la plupart des membres de sa famille ont disparu dans un naufrage, et leurs corps n'ont jamais été repêchés. La cinéaste filme la vie quotidienne des membres survivants, leur tristesse sans fin, leurs témoignages, leurs démarches administratives pour retrouver les disparus. C'est un spectacle éprouvant : nous sommes au cœur de leur intimité, même lors des retrouvailles poignantes de Farzat avec son père et ses soeurs.

La réalisatrice va-t-elle trop loin lorsqu'elle avance sa caméra pour mieux saisir l'émotion de ces personnes dont la vie a été brisée ? La question se pose, mais dans un même mouvement, elle articule leur expérience avec une sensibilité et un respect remarquable. Plus important encore, son film leur donne un espace précieux où ils peuvent s'exprimer et interpeller.

 

Le film est à découvrir à Flagey à partir du 14 juillet.

THE REMAINS - international trailer from NAVIGATOR Film on Vimeo.