"The Dissident", l'histoire d'un assassinat

Dans son nouveau documentaire, Bryan Fogel explore en détail l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, et ses multiples ramifications.

 

Scandale international, crise diplomatique, tragédie intime : l'impact qu'a eu le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi peut difficilement être exagéré. Il était inévitable qu'un documentaire sur l'affaire voie le jour. C'est Bryan Fogel, réalisateur du film oscarisé sur le dopage sportif "Icarus", qui s'est attelé à cette tâche compliquée, en évoquant à la fois les circonstances de l'assassinat, le contexte politique qui entoure celui-ci, et la vie de l'homme qui en a été victime. Un vaste projet documentaire qui ne tient pas toujours la route.

Le choix le plus saisissant du réalisateur est de retracer l'assassinat du journaliste comme s'il s'agissait d'un thriller. De sa disparition suspecte dans le consulat saoudien d'Istanbul, jusqu'aux nombreuses révélations qui désignent le prince héritier Mohammed Ben Salmane comme responsable de son exécution, la vie et la mort de Jamal Khashoggi sont mises en scène dans une ambiance tendue, soulignée par une musique soutenue et un montage rythmé. D'abord captivant, "The Dissident" devient poussif à force d'effets de manche. Comme s'il n'avait pas suffisamment confiance en l'importance de son sujet, Bryan Fogel n'a de cesse d'inventer des stratagèmes (parfois absurdes) pour garder notre intérêt. C'est le cas par exemple de ces scènes en images de synthèses qui illustrent le duel informatique entre la monarchie d'Arabie Saoudite et ceux qui lèvent la voix contre celle-ci.

Le problème vient peut-être du fait que le sujet a déjà été traité en long et en large par les médias. Les preuves réunies dans "The Dissident" sont importantes, et jettent une lumière nécessaire sur l'affaire et la situation politique en Arabie Saoudite, mais le film n'offre guère de révélations à celles et ceux qui ont suivi les événements en 2018. La seule exception est peut-être le sujet du documentaire lui-même, Jamal Khashoggi. Le film s'attarde vraiment sur le travail et la vie de ce journaliste qui a pendant de longues années été du côté du pouvoir, jusqu'au jour où ses opinions et ses combats ont fait de lui un dissident aux yeux de la monarchie, et même de sa famille. Personnage contrasté, il est une figure que le long-métrage ne sait pas toujours comment aborder, mais qui mérite qu'on s'y intéresse.

 

"The Dissident" est sorti dans les salles belges le 30 juin.