Tennis et Cinéma, du fond de court qui en dit long

Alors que la planète sportive a les yeux rivés sur Roland-Garros et sur Tipik en télé qui diffuse le tournoi, intéressons-nous à tous ces longs-métrages sur les courts. À commencer par "Cinquième set" avec un excellent Alex Lutz en joueur de tennis vieillissant…

Dans "Cinquième set" de Quentin Reynaud (en salles le 16 juin), Alex Lutz incarne Thomas Edison, un joueur de tennis français prometteur. Hélas, depuis sa demi-finale perdue à Roland-Garros alors qu’il n’avait même pas 18 ans, sa carrière n’a jamais vraiment décollé. Si aujourd’hui, il donne des cours dans l’école de tennis de sa mère, Edison rêve de briller une fois de plus sur la scène internationale. À 37 ans, il n’a pas dit son dernier mot et, même si son genou le fait atrocement souffrir, il décide de passer les qualifications du célèbre tournoi parisien.

Drame Sportif, ce "Cinquième set" revient avec un certain intérêt sur les espoirs et les désespoirs des sportifs. Ce film évoque assez bien cette question difficile : quand faut-il s’arrêter ? Quand on joue sans plaisir ou quand le corps ne suit plus ? Pour y répondre, Alex Lutz propose un très beau jeu, au propre comme au figuré (lui qui a avoué à nos confrères français du Parisien posséder avant ce film "un niveau de mauvais badminton de plage").

De la joie, de la grandeur et des drames aussi, voilà ce que cherche le Cinéma quand il met en scène le Tennis (comme tous les autres sports évoqués sur grand écran). Même s’il est vrai que l’histoire racontée sur pellicule ne dépassera jamais l’intensité d’une rencontre vécue en direct, même s’il n’est jamais évident de réaliser une excellente partie (de la répéter et d’exécuter sans cesse les mêmes gestes à la perfection) pour restituer ses émotions, le Cinéma s’est donc souvent intéressé au Tennis. La preuve avec ce petit tour (non exhaustif) des meilleurs films sur cette pratique sportive. Sans oublier, tous ces acteurs et actrices vues dans les gradins de Roland (pour les intimes) comme Jean-Paul Belmondo mais aussi ailleurs sur un court comme Robert Redford, Ava Gardner ou Charlie Chaplin !

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En septembre 1931, Charlie Chaplin était présent au club de tennis de Biarritz (France) pour taper la balle entre amis © Charlie Chaplin Archives

Au Cinéma, on a souvent évoqué le Tennis à travers des biopics, mot-valise sous lequel se cachent les termes biographical motion pictures ou en français dans le texte, des films biographiques. Dans "Battle of the sexes" sorti en 2017, nous avons pu revivre ce match incroyable organisé le 20 septembre 1973 entre Billie Jean King (lauréate de trois titres du Grand Chelem) et l’ancien numéro un mondial Bobby Riggs, joueur des plus misogynes. Sans rien vous divulgâcher ni du film ni de l’issue de cette rencontre, cette "Bataille des sexes" reste un excellent plaidoyer féministe. Excellent comme ses stars, Emma Stone en Billie Jean et Steve Carell en Bobby.

Dans le même genre (le biopic donc), vous avez "Borg/McEnroe", une rencontre cinématographique à la fois étonnante et déroutante. Étonnante comme la ressemblance de l’acteur suédois Sverrir Gudnason avec Björn Borg. Déroutante comme la non-ressemblance entre l’américain Shia LaBeouf et John McEnroe. Même si, pour Shia, son jeu (d’acteur) reste parfait et qu’il incarne un jeune McEnroe teigneux et touchant. Ce "Borg/McEnroe" revient donc sur la rivalité des deux tennismen qui, en 1980, ont véritablement changé… le cours du jeu.

Dans le Cinéma français, le tennis nous a fait rire avec Jacques Tati dans "Les vacances de Monsieur Hulot" (sorti en 1953) mais aussi et surtout dans "Un éléphant ça trompe énormément" et sa suite "Nous irons tous au paradis". La scène où Mouchy (Marthe Villalonga) vient pourrir la gentille partie de tennis de son fils Simon (Guy Bedos) et de ses potes reste culte. "Mais qu’est-ce que j’ai faiiiiitttt ! ?"

Chez Alfred Hitchcock aussi, on a joué au tennis. Que ce soit dans "Le crime était presque parfait" (1954) ou mieux encore dans "L’inconnu du Nord-Express" (1951). Dans ce film, Guy Haines, un champion de tennis, est abordé dans un train par un inconnu qui lui propose un étrange marché : il supprime sa femme si celui-ci se charge d’éliminer son propre père. Et vous, vous feriez quoi ?

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Farley Granger alias Guy Haines, le champion de tennis vu dans "L’inconnu du Nord-Express" d’Alfred Hitchcock © Warner Bros

Chez Woody Allen, le tennis a servi deux de ses plus beaux films comme "Annie Hall" (qui reçut les Oscars du Meilleur film, du Meilleur réalisateur, du meilleur scénario et de la meilleure actrice, à savoir Diane Keaton, en 1978) mais aussi et surtout "Match point" (2005) avec Jonathan Rhys-Meyers et Scarlett Johansson. Ce drame aux allures de thriller nous raconte comment Chris, un professeur de tennis assez modeste, qui vient d’épouser Chloe, une riche héritière, se lance à corps perdu dans une aventure avec Nola, la petite amie de son beau-frère. Entre désirs, mensonges, cupidité et envies, les bons points se succèdent sans cesse dans ce film. D’accord, leur séduction respective se fait en pleine partie de tennis… de table mais bon, pour le reste, on parle de tennis tout court !

En vrac et dans le désordre, vous avez encore du tennis dans "Élève libre" (2008) à travers lequel le réalisateur belge Joachim Lafosse revient avec énormément de justesse sur la frontière des plus ténues qui sépare transmission et transgression, domination et perversion. Dans "La plus belle victoire" (2004), Paul Bettany, qui incarne un joueur en fin de carrière, tombe amoureux de Kirsten Dunst, une joueuse promue à un brillant avenir, sur les courts de Wimbledon. Dans "Les sorcières d’Eastwick" (1987), le tennis est tout aussi sexy que magique surtout quand il est pratiqué par Jack Nicholson, Cher, Michelle Pfeiffer et Susan Sarandon ! Dans "Les aventures d’un homme invisible" (1992), soit le plus grand succès commercial du grand John Carpenter, si le joueur (l’acteur Chevy Chase) est transparent, on peut le suivre grâce à son bandeau et ses serre-poignets. Et pour terminer, une bonne nouvelle, grâce au film "Total Recall" (1990) de Paul Verhoeven, à l’image de Sharon Stone, on apprend qu’en 2085 (année où se déroule cette histoire), le tennis s’apprendra à la maison avec un prof en hologramme !

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Sharon Stone et sa prof de tennis en… hologramme © Carolco Pictures