"Tel père, tel fils", la paternité vue par le Japonais Kore-Eda

"Tel père, tel fils" avait reçu le Prix du jury du dernier Festival de Cannes
"Tel père, tel fils" avait reçu le Prix du jury du dernier Festival de Cannes - © ©All Rights Reserved

Est-on père par le lien du sang ou en fonction du temps qu'un père et son enfant passent ensemble ? Le Japonais Hirokazu Kore-Eda laisse la question en suspens dans "Tel père, tel fils", film délicat et profond.

Le long métrage, qui a remporté le prix du jury du 66e Festival de Cannes en mai dernier, s'ouvre sur une "famille idéale" japonaise : le mari Ryota, obsédé par le travail, est architecte. L'épouse prépare ses repas, peu importe l'heure de son retour, dans leur appartement moderne et bien rangé.

Ils rêvent bien sûr que leur fils Keita, 6 ans, entre dans les meilleures écoles, quitte à lui apprendre à mentir lors de l'entretien de sélection afin d'enjoliver la réalité.

Tout vole en éclats un jour, quand la maternité de l'hôpital apprend aux parents que leur vrai enfant a été échangé par erreur à la naissance avec un autre. Le fils biologique a été élevé par une autre famille, bien plus modeste, mais bien plus drôle. Ryota, père distant et absent, qui ne touche jamais ou presque son enfant, perd une à une ses certitudes.

"Le personnage principal est très fier, très orgueilleux", avait souligné devant la presse à Cannes le réalisateur, papa d'une petite fille de 5 ans. "J'ai voulu susciter un contraste avec l'autre père pour provoquer un bouleversement dans le système de valeurs du personnage principal, qui veut réussir à tout prix." Mais l'objectif "n'était pas de montrer les différentes classes sociales dans la société japonaise", a précisé Kore-Eda.

Si Etienne Chatiliez avait fait du thème de l'échange une drôle et féroce comédie centrée sur des familles très stéréotypées ( "La vie est un long fleuve tranquille"), le cinéaste japonais explore une fois de plus les liens familiaux, comme il l'avait fait précédemment dans "Nobody knows" en 2004, "Still walking" en 2009 ou encore "I wish" en 2011.

"De fils, je suis devenu père"

L'architecte regarde alors ce fils qu'il a élevé depuis sa naissance comme s'il cherchait soudain à voir en lui un étranger pour mieux accepter l'incroyable situation.

Keita ne peut pas effectivement être de son sang puisqu'il n'est pas un battant comme lui. Les choses vont empirer pour lui quand les enfants, à qui l'on cache les raisons de leur déménagement, vont progressivement intégrer le domicile des "vrais parents".

Le cinéaste, qui confie ses propres doutes sur la manière d'être un bon père, compte bien continuer d'aborder le thème dans ses prochains films "jusqu'à ce que j'en comprenne les raisons profondes". "Peut-être que c'est le sujet qui m'est le plus proche actuellement", expliquait Kore-Eda, qui a perdu récemment ses parents. "De fils, je suis devenu père."

Fin novembre, la justice japonaise a ordonné à un hôpital de payer 38 millions de yens (281.000 euros) de dommages et intérêts à un Tokyoïte de 60 ans reconnu victime d'un échange à la naissance, qui lui a valu une vie de pauvre alors que sa famille d'origine était aisée.

Quelque 32 cas entre 1957 et 1971 ont été avérés au Japon, selon les médias locaux.

L'une des explications avancée pour expliquer ces drames réside dans le nombre très élevé d'accouchements au début des années 1950 au Japon. Quelque 1,87 million d'enfants y sont nés en 1953, presque deux fois plus qu'en 2012, alors que la population était moindre et les infrastructures pas aussi modernes.

Aujourd'hui encore, et malgré les dispositifs mis en place (présentation immédiate du nouveau-né à la mère, bracelets scellés pour elle et son enfant), de jeunes mamans ont encore peur de l'erreur.

 

AFP Relax News