"Taxi Téhéran" de Jafar Panahi : "et pourtant, il tourne !"

Hugues Dayez et les sorties de la semaine
Hugues Dayez et les sorties de la semaine - © RTBF

En 2010, le cinéaste iranien Jafar Panahi était condamné par la justice de son pays à six ans de prison et à 20 ans d’interdiction de tourner… Libéré, il n’a néanmoins pas la permission de sortir de son pays. Néanmoins, il a tourné "Taxi Téhéran" qui a remporté l’Ours d’Or au Festival de Berlin.

Taxi Téhéran

 

Le stratagème utilisé par Panahi pour contourner l’interdiction dont il est frappé est le suivant : il a placé trois mini-caméras clandestines dans une voiture, et s’est improvisé chauffeur de taxi. "Puisque je ne peux plus filmer la société iranienne, faisons venir dans ma voiture quelques spécimens de cette société", s’est dit le cinéaste qui filme, sur un mode faussement improvisé, des conversations avec des passagers divers : un vendeur de DVD à la sauvette, deux vieilles femmes superstitieuses, sa nièce à la sortie de l’école, etc.

A la vision de " Taxi Téhéran ", on ne peut s’empêcher de penser que le jury de Berlin a couronné un acte politique plus qu’un film. Et si l’on ne peut s’empêcher de saluer la bravoure intellectuelle de Panahi, on n’est pas obligé par contre de tomber en pâmoison devant son film qui, tourné dans des conditions minimalistes, n’évite ni les répétitions ni le bavardage… Mais oser émettre des réserves sur " Taxi Téhéran " est très " culturellement incorrect " : la presse parisienne huppée ne tarit évidemment pas d’éloges devant le film… Vous avez dit snobisme ?

L’année prochaine

 

Depuis "La vie d’Adèle ", les films décrivant des relations fusionnelles entre deux adolescentes semblent devenir un genre en soi : on a eu " Puppylove ", " Respire "… Voici qu’arrive " L’année prochaine ", premier long-métrage de la réalisatrice belge Vania Leturcq. Elle montre deux jeunes Françaises, Clotilde et Aude, qui s’ennuient un peu dans leur patelin de l’Est de la France. Clotilde a de l’ambition : héritant d’un petit appartement de sa mère défunte, elle s’installe à Paris pour entamer des études de philosophie à la Sorbonne. Mais Clotilde a de l’ambition pour deux : elle inscrit Aude, à son insu, dans une année préparatoire aux Beaux-Arts…

" Peut-on faire le bonheur d’autrui contre son gré ? Peut-on décider à sa place de sa vocation ? " La question du film est rapidement posée. Et une fois qu’elle est posée, toute surprise s’évanouit pour le spectateur, tant l’évolution du duo est prévisible… A sauver dans ce premier film, l’interprétation de Constance Rousseau et surtout de la rousse Jenna Thiam, qui viennent apporter un peu de chair à leurs personnages.

Robin des Bois, la véritable histoire

 

Une parodie de Robin des Bois ? On a oublié de dire au jeune " comique " Max Boublil que c’est une idée usée jusqu’à la corde : Mel Brooks et Terry Gilliam sont déjà passés par là… Boublil – qui semble se trouver irrésistible à chaque plan – accumule les gags plats, vulgaires et dégradants dans cette pantalonnade de bas étage. Il rejoint ici Franck Dubosc et Manu Payet au panthéon des mérules du cinéma français… Au secours !

Et aussi..

Indian Palace, suite royale

 

S’il y a un film à pointer dans les sorties des vacances de Pâques, à côté des immondes ratages de Jamel (" Pourquoi j’ai pas mangé mon père ") et des Studios DreamWorks (" En route "), il y a heureusement un bijou de comédie anglaise.

John Madden a écrit et réalisé une suite à " The Best Exotic Marigold Hotel " (Indian Palace), succès surprise de 2012, et il a réussi à ce que ce numéro 2 soit aussi savoureux que le numéro 1. Des acteurs de génie ( Judy Dench, Maggie Smith, Bill Nighy…) reprennent avec plaisir leurs rôles de retraités anglais qui tentent d’aider un jeune Indien aussi gaffeur qu’attachant ( Dev Patel, désopilant) à développer un vieux palace décrépi à Jaipur. Delightful !

 

 

Hugues Dayez