"Swallow" : la femme derrière la façade

"Swallow" : la femme derrière la façade
"Swallow" : la femme derrière la façade - © UFO Distributions

Présenté en avant-première au Offscreen Film Festival, le premier film de Carlo Mirabella-Davis marie expertement satire sociale, horreur corporelle et récit d'émancipation.

Dès les premières minutes de “Swallow”, il est clair que quelque chose de malsain est en train de se passer. Ça se joue un peu partout  : dans cette villa luxueuse au modernisme froid, dans l'attitude sans aspérité de cette famille riche, dans ces conversations polies et conventionnelles. Mais surtout, ça se joue sur le visage de cette femme, dont chaque sourire semble être une tentative de convaincre son époux, sa belle-famille et elle-même de son bonheur dans son rôle de femme au foyer.

Récemment mariée au riche hériter d'une grande compagnie, Hunter (Haley Bennett, remarquable) passe ses journées dans leur nouvelle demeure, et s'occupe comme elle peut jusqu'au retour de son époux. Elle regarde la télévision. Elle travaille à la décoration intérieure. Elle prépare le repas du soir. Si ce n'était pour son téléphone, sur lequel elle joue à des jeux chronophages, son quotidien serait identique à celui d'une "housewife" des années 50. Elle présente peu de traits de personnalités particuliers, mais cela ne dérange guère son mari. Au contraire, il paraît complètement satisfait de cette "  épouse modèle  " qui a même le bon goût de tomber enceinte peu après leur mariage.

Et puis elle avale une bille. Pas par accident. Non, cette boule de métal dont elle est apprécie le contact froid dans sa bouche, elle l'ingère volontairement et avec un contentement évident. Sous peu, elle passe à la vitesse supérieure et avale, sous nos yeux pleins d'effroi, une épingle bien pointue, une pile et d'autres objets impropres à la consommation, avec méthode et patience. L'addiction a un nom (pica, un trouble rare mais réel) et brise en éclat l'image dorée entretenue par ce milieu où tout est polissé.

C'est à travers les interstices de nos doigts que certaines séquences se regardent, à la fois repoussé et fasciné par l'improbable spectacle qui se joue à l'écran. Le cinéaste, dont c'est le premier long-métrage, maîtrise parfaitement ses effets au travers d'une mise en scène très rigoureuse. Le cadrage (précis et symétrique), le jeu avec les couleurs (qui évoque les films giallos) et la bande-son (déstabilisante) accentue le sentiment d'angoisse qui se dégage du film, autant dans les scènes qui voient l'héroïne consommer divers objets que dans celles où elle est soumise à une aliénante domesticité.

"Swallow" n'est pas subtile à cet égard, dressant une image délibérément exagérée de ce milieu patriarcal, mais c'est pour mieux en souligner le caractère oppressif et révoltant. Le tour de force du long-métrage est qu'il nous amène à soutenir volontiers sa protagoniste aux habitudes alimentaires peu recommandables. Lorsque la personne qui se cachait derrière sa façade de "femme modèle" se révèle enfin, l'épouvante ressentie à la vision du film se dispute avec l'impression que quelque chose de vrai se libère enfin — un mélange d'émotions inattendu mais bienvenu, et qui fait toute la saveur de cette œuvre audacieuse.

 

" Swallow" sera projeté ce mercredi 11 mars à 21h au cinéma Kinograph à Ixelles.