"Stop Making Sense" : le meilleur film de concert jamais tourné ?

“Stop Making Sense” : le meilleur film de concert jamais tourné ?
“Stop Making Sense” : le meilleur film de concert jamais tourné ? - © Carlotta Films

35 ans après sa sortie, le concert mythique de Talking Heads revient dans une version remastérisée.

 

Un homme au pantalon trop large s'avance seul sur une scène, une guitare sur les épaules et un lecteur de cassettes à la main. C'est le chanteur de Talking Heads, David Byrne, qui sans se faire prier entame “Psycho Killer”, un des titres les plus mémorables du groupe. Avec ses yeux globuleux et sa gestuelle mécanique, il est un captivant spectacle à lui tout seul. Mais un concert solo, ceci n'est point : il est rejoint dès la deuxième chanson par la bassiste Tina Weymouth, puis par le batteur Chris Frantz pour la suivante. À chaque nouveau titre, des musiciens se rajoutent, si bien que lorsque le mélange explosif de new wave et de funk qu'est “Burning Down the House” démarre, la scène est remplie d'une dizaine d'interprètes. Le spectacle est euphorique, chacun d'entre eux exprimant un plaisir évident d'être là, et de jouer ensemble, alors que la caméra virevolte de l'un à l'autre.

Ces moments de pure joie musicale et visuelle, “Stop Making Sense” en regorge. Tourné sur trois soirées en décembre 1983 par Jonathan Demme, le célèbre film rock est une de ces œuvres qui tiennent presque du miracle, marquant une parfaite union entre le cinéma et le concert. C'est le fruit d'un ensemble de talents qui donnent le meilleur d'eux-mêmes, à commencer par David Byrne, qui en est le chanteur, auteur et chorégraphe principal.

Pendant les 88 minutes du film, il livre une performance intense, prêtant son corps à un spectacle plein de dérision. Ses mouvements saccadés et ses membres élastiques sont presque aussi mémorables que le costume trop large qu'il endosse vers la fin du long-métrage, une parodie jubilatoire de lui-même. Il incarne le paradoxe de la musique de Talking Heads, qui avec ses multiples références à la société de consommation se veut cérébrale, mais trépigne de vie et d'énergie.

Le groupe et leurs invités sont magnifiquement mis en valeur à travers le film, la caméra de Demme s'attardant sur chacun d'entre eux pour mieux saisir leurs interactions et leur manière d'être sur scène. La puissance de “Stop Making Sense” n'est pas de nous faire vivre le concert comme si nous y étions, mais de le dévoiler comme seul le cinéma pourrait le faire. Le réalisateur, à qui l'on doit des oeuvres aussi variés que “Le silence des agneaux”, “Philadelphia” et “Melvin and Howard”, montre un talent inné pour créer des images marquantes, alors que la plupart sont saisies au vol. A-t-il ainsi tourné le meilleur film de concert de tous les temps, comme on en vient souvent à le déclarer ? La question reste ouverte, mais le titre serait en tout cas mérité.

 

"Stop Making Sense" sort dans une version remastérisée et restaurée le 4 décembre 2019 aux éditions Carlotta.