"Still Alice", inoubliable Julianne Moore

Julianne Moore recevant l'Oscar de la meilleure actrice le 22 février 2015
Julianne Moore recevant l'Oscar de la meilleure actrice le 22 février 2015 - © Kevin Winter/Getty Images/AFP

La chronique d'Hugues Dayez. Enfin ! Le 22 février dernier, Julianne Moore remportait enfin l’Oscar de la meilleure actrice. Il était temps : cela fait près de 25 ans qu’elle mène une carrière exemplaire, riche de choix exigeants. Le film qui lui a permis de remporter l’Oscar, "Still Alice", sort ce mercredi.

Still Alice

 

Alice Howland a une vie bien remplie : mère de trois enfants, elle vit avec son mari (Alec Baldwin) à New York, où elle mène une brillante carrière de professeur de linguistique. Un jour, lors d’une conférence, elle perd le fil de sa pensée, cherche ses mots. Un autre jour, elle perd tous ses repères pendant son jogging quotidien… Inquiète, elle consulte un spécialiste et le diagnostic tombe, implacable : elle est atteinte, précocement, de la maladie d’Alzheimer.

Alice sait l’issue de son combat inéluctable, mais elle veut mener ce combat avec toutes ses forces, pour garder sa dignité le plus longtemps possible. Sa principale complice sera sa fille cadette (Kristen Stewart), avec qui les relations sont au départ très tendues, car celle-ci a abandonné tout projet d’études pour faire du théâtre amateur…

" Still Alice " est réalisé avec pudeur par un tandem, Richard Glatzer (décédé il y a quelques jours de la maladie de Charcot) et Wash Westmoreland. Produit dans le circuit du cinéma américain indépendant, " Still Alice " évite les excès des mélos hollywoodiens. Mais ce qui rend le film mémorable, c’est la prestation sublime de Julianne Moore, qui exprime avec une subtilité rare toute la palette des émotions que traverse Alice. Cette actrice d’exception est enfin couronnée à sa juste valeur.

Big Eyes

 

Dans les années 60, à San Francisco, Walter Keane acquiert une célébrité énorme grâce à une série de toiles obsessionnelles : elles représentent toutes des enfants aux yeux immenses, à la fois fantomatiques et mélancoliques. Avant Andy Warhol et sa " Factory ", Keane comprend que les reproductions des œuvres d’art ont plus d’impact que les œuvres elles-mêmes, et les posters de ces " Big eyes " vont se vendre comme des petits pains, s’imposant dans l’inconscient collectif américain. Seulement voilà : Walter Keane n’a jamais touché un pinceau de sa vie, c’était sa femme Margaret, brimée, qui peignait secrètement les toiles…

Tim Burton raconte l’histoire de cette gigantesque imposture dans " Big Eyes ". Pour la première fois, il travaille avec Amy Adams et Christoph Waltz. La pétillante actrice rousse de " American Hustle " incarne avec justesse et sensibilité Margaret, un rôle qui lui a valu un deuxième Golden Globe en janvier dernier. Par contre, Waltz (doublement " oscarisé " grâce à " Inglorious Bastards " et " Django unchained " de Tarantino) en fait des tonnes dans le rôle de Walter Keane, et en rajoute dans le style " escroc-charmeur-machiavélique ". On a donc presque le sentiment que les deux acteurs ne jouent pas dans le même film. D’aillleurs, Tim Burton hésite lui-même entre deux genres : le ton sombre d’un drame d’une femme artiste-peintre bafouée, et le ton léger d’une comédie caricaturale sur une escroquerie majuscule. Le film reste plaisant à regarder, mais se révèle un peu bancal en définitive.

 

 

Hugues Dayez